Le Premier ministre britannique est parti. La démission de Keir Starmer n’a surpris personne ; vous l’aviez déjà lu ici au moins à trois reprises. Le sujet ne concerne d’ailleurs pas Starmer lui-même. Tous les occupants du 10 Downing Street — Boris Johnson, Rishi Sunak, Liz Truss — sont tombés à cause des "complications du nouvel ordre mondial"
. Tout cela s’est produit en l’espace de quatre ans. Quel que soit le nouveau Premier ministre du Royaume-Uni, les politiques étrangères de Londres concernant le Moyen-Orient, l’Europe et la Türkiye ne changeront pas. Quant aux relations avec l’Amérique de Trump, nous y reviendrons après les élections de mi-mandat de novembre.
La capitale qui observe le plus attentivement Londres et Berlin est Moscou. Selon les Russes, le "changement"
va se poursuivre : "Le tour du chancelier Friedrich Merz viendra lui aussi."
Cette prophétie russe relève en partie du souhait, mais sa réalisation reste plausible. Comparé au gouvernement Merz, Olaf Scholz et son cabinet étaient bien plus supportables dans leur alignement sur l’Amérique de Biden. (Surtout sa ministre des Affaires étrangères.) Mais eux aussi se battent pour maintenir en vie la vétusté libérale de l’Union européenne. Dans une Allemagne qui se réarme, la progression de l’AfD continue également à s’accélérer.
Moscou observe le retour du dossier ukrainien
Puisque nous parlons de la Russie...
Les signaux annonçant la fin de la guerre entre l’Iran et les États-Unis ne les ont pas particulièrement réjouis
. En revanche, ils étaient satisfaits de voir Washington détourner son attention de la guerre en Ukraine et de ses soutiens. Désormais, ils constatent que Trump recommence à réfléchir à Kiev et au conflit ukrainien. À cela s’ajoute le sommet de l’OTAN qui se tiendra en Türkiye, ce qui les conduit à penser que la guerre en Ukraine pourrait revenir au premier plan. Ils sont particulièrement curieux de savoir ce que Trump dira à Ankara à ses alliés et au monde au sujet de ce conflit. Il faut également noter que la guerre avec l’Iran a créé entre la Russie et la Chine une certaine froideur — non décisive mais perceptible. Pékin continue publiquement d’encourager la poursuite des discussions entre Washington et Téhéran afin qu’elles ne perdent pas leur dynamique. Lorsqu’on interroge le Kremlin, celui-ci répète que "le processus de négociation est très long, semé de risques et vulnérable aux attaques israéliennes".
Cela relève aussi quelque peu du souhait. D’un côté, l’échec des négociations réduit la concentration occidentale sur l’Ukraine ; de l’autre, un éventuel accord pourrait contenir le premier potentiel de convergence stratégique entre les États-Unis et la Chine. Cela inclut également l’avenir du détroit d’Ormuz et du marché pétrolier. Qui pourrait sérieusement contester l’idée qu’Israël est capable de faire dérailler la guerre avec l’Iran ?
Pour Netanyahu, les élections à venir sont une question de survie politique, étroitement liée à la poursuite du conflit.
D’un autre côté, le fait que l’attention internationale se concentre constamment sur les possibles sabotages de Netanyahu peut également être interprété comme une forme d’encerclement politique.
Nous écrivions déjà le 17 juin : "Cette fois, il faudra peut-être observer l’influence de Trump sur les élections israéliennes prévues en octobre." Les premiers signes commencent à apparaître.
Selon la presse israélienne, "certains responsables de l’administration Trump auraient commencé à prendre discrètement contact avec plusieurs figures de l’opposition avant les élections attendues au plus tard en octobre. Parmi les personnalités approchées figureraient notamment l’ancien Premier ministre Naftali Bennett et l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, dirigeant du parti Yashar"
. (Hürriyet, 22 juin) Nous suivons déjà les informations faisant état de tensions croissantes entre l’administration américaine et Netanyahu, ainsi que l’indignation de l’opposition israélienne face à cette situation. Les discussions vont même jusqu’à évoquer un éventuel embargo sur les armes. Si cette information est exacte, cela signifie que les États-Unis ont commencé à intervenir dans le processus électoral israélien. Mais même si elle était fausse, le tableau général ne changerait pas. Une telle information suffit à provoquer de nouveaux calculs politiques en Israël tout en adressant un avertissement implicite à Netanyahu concernant les négociations avec l’Iran.
C’est précisément pour cette raison qu’il faut examiner avec attention la thèse selon laquelle "les fondements politiques, idéologiques et sociologiques sur lesquels reposait l’alliance spéciale entre les États-Unis et Israël pendant une grande partie du dernier demi-siècle commencent à s’effondrer".
("The End of the U.S.-Israel Alliance", Foreign Policy, 15 juin.) La fin du transatlantisme ?
Dans la presse internationale consacrée aux affaires étrangères et aux enjeux mondiaux, les articles intitulés "The End of..." — "La fin de..." — se multiplient depuis quelque temps.
L’un d’eux, publié également dans Foreign Policy avant le sommet de l’OTAN, évoquait "la fin du transatlantisme". ("The End of Trans-Atlanticism", Foreign Policy, 15 juin.)
Même si ces analyses arrivent parfois avec un temps de retard, elles contiennent une part de vérité. La première est que la divergence entre les États-Unis et l’Europe ne provient pas des dirigeants actuels mais d’un problème profond et structurel. Autrement dit, même si Trump ou les dirigeants européens quittaient leurs fonctions demain, cette séparation ne disparaîtrait pas.
"L’OTAN peut survivre, mais elle ne représente plus une communauté politique et idéologique commune.
" Savez-vous comment cette situation s’est produite ? Les États-Unis et l’Europe ont perdu leurs "valeurs communes"
. Plus exactement, ils les ont eux-mêmes discréditées. Cela a détruit la confiance aussi bien des membres de l’alliance que du reste du monde dans le discours occidental sur les valeurs et les principes.L’Europe ne veut plus dépendre des États-Unis. Elle ne souhaite toutefois pas rompre ses liens avec eux. Elle cherche plutôt à redéfinir cette relation. Cela ressemble à une approche qui privilégierait les relations avec l’Italie, l’Espagne, l’Irlande, l’Allemagne, le Canada ou le Royaume-Uni plutôt qu’avec l’Union européenne en tant qu’institution. Le mot "plutôt"
ne signifie pas l’abandon de l’UE, mais la fin de sa priorité. Cependant, cette nouvelle relation ne reposera plus sur l’idée selon laquelle les deux parties seraient les partenaires naturels d’une même civilisation. Elle avancera uniquement là où les intérêts concrets se croisent. Avec le temps, ce fonctionnement deviendra la norme.
Dire que "le transatlantisme est mort"
ne signifie pas que les relations sont terminées. Cela signifie simplement qu’elles deviennent des relations ordinaires. Cela veut dire que le cadre politique, idéologique et moral qui les définissait s’est effondré. Si l’alliance n’est plus capable de se présenter comme un "projet civilisationnel"
et qu’il ne reste que les intérêts, alors le "destin commun" a pris fin. Que reste-t-il alors ?
La Türkiye devrait regarder l’OTAN sous cet angle.
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