Il y avait une Palestine, il y a encore une Palestine

11:23, 10/10/2025, vendredi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Il y avait une Palestine, il y a encore une Palestine

Après deux années de génocide — ou d’anéantissement existentiel — un cessez-le-feu a enfin été signé à Gaza. Nous ressentons une joie mêlée d’amertume.


Amère, parce que 70 000 personnes ont été tuées, dont 25 000 enfants. Des bombes équivalant à des dizaines de bombes atomiques ont été utilisées. Gaza est devenue un champ de ruines. Maisons, écoles, hôpitaux... rien n’a été épargné. Le monde a regardé ce génocide se dérouler, impuissant. Les musulmans, eux aussi, n’ont rien pu faire. Gaza a été abandonnée, isolée, livrée à elle-même.


Et pourtant, une part de joie demeure : les habitants de Gaza vont pouvoir respirer. Les massacres de masse vont, au moins pour un temps, s’interrompre. Les bébés auront du lait, les enfants des médicaments, et ceux qui luttent contre la faim depuis des mois auront de la nourriture. Les Gazaouis resteront à Gaza. Les terroristes se retireront. Peut-être pour un temps, peut-être durablement, les armes se tairont. Voir les enfants et les habitants de Gaza célébrer la trêve dans les rues réchauffe un peu nos cœurs.


Personnellement, j’ai découvert la cause palestinienne en 1982, lors du massacre de Sabra et Chatila à Beyrouth, où 3 000 Palestiniens ont été tués.

Une longue histoire de massacres


Sabra et Chatila n’étaient pas les premiers, et malheureusement pas les derniers.

En 1948, 250 Palestiniens ont été massacrés à Deir Yassin.

La même année : 100 à Abu Shusha, 200 à Tantura, 400 à Lydda, 455 à Deir al-Dawayima.

En 1953, 69 à Qibya ; en 1956, 49 à Kafr Qasim et 400 à Khan Younès.

Dans chacun de ces massacres, des paysans ont été torturés, des femmes violées, des familles massacrées.


Après Sabra et Chatila, il y eut 17 morts à Al-Aqsa en 1990, 29 à Hébron en 1994, 54 dans le camp de Jénine en 2002, 1 500 à Gaza en 2008-2009, 165 en 2012, 2 200 en 2014, 223 en 2018-2019, et 260 lors de l’assaut contre Al-Aqsa en 2021.


Des dizaines de milliers de blessés, des milliers de mutilés.

Pendant ce temps, les sionistes ont continué à grignoter la terre palestinienne, pas à pas.

Aujourd’hui, six millions de Palestiniens vivent en dehors de leur patrie, souvent dans des camps, tandis que ceux restés sur place résistent à l’occupation, à la confiscation, à la discrimination et à toutes les formes d’injustice.


C’est à la lumière de cette histoire courte mais sanglante qu’il faut lire le cessez-le-feu signé hier en Égypte.

L’opération
"Déluge d’Al-Aqsa"
menée par le Hamas le 7 octobre n’est pas survenue par hasard.

Le terrorisme israélien n’a pas commencé après cette date.

Le génocide de Gaza n’est ni le premier, ni le dernier.

Et, malheureusement, le cessez-le-feu non plus.


Résister ou mourir à genoux


Quand on dit
"le Hamas a résisté et a remporté la victoire",
certains esprits pessimistes, depuis leur confort et leur sécurité, rétorquent :
"Mais 70 000 morts"
,
"Mais Gaza est détruite", "C’est une victoire de Pyrrhus".
Mais le Fatah, qui
"reste tranquille"
en Cisjordanie, les Palestiniens y vivent-ils pour autant dans la sécurité et la prospérité ?

Depuis le début, nous disons que la guerre de Gaza est une guerre d’encerclement :

Soit vous capitulez et mourrez lentement, soit vous résistez, quitte à mourir, mais debout, dans la dignité et l’honneur.

Le Hamas a choisi la seconde voie. Malgré les morts et la destruction, il a tenu tête à l’une des armées les plus modernes, soutenue par la moitié du monde et tolérée par le silence de l’autre. Il l’a stoppée, repoussée, contrainte à se retirer. C’est bien une victoire, incontestablement.


Et surtout, le Hamas a réveillé le monde entier face au danger du sionisme. Des États-Unis au Japon, des hommes et des femmes de toutes religions et de toutes origines ont pris conscience de cette menace. Face à la résistance de Gaza, le monde musulman s’est interrogé sur lui-même. Tandis que Gaza mourait, l’humanité s’est réveillée, la conscience s’est redressée.


Les sionistes, partis pour effacer Gaza de la carte, reviennent aujourd’hui avec la marque du
génocide
sur le front. Honteux, déshonorés, isolés, haïs dans le monde entier, ils se retireront, tête baissée. Nul besoin d’analyses profondes, de théories du complot, de spéculations mystiques ou d’arrogance intellectuelle.

Le grand poète palestinien Mahmoud Darwich a tout résumé en une phrase :


Il y avait une Palestine, il y a encore une Palestine.
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