France : répression policière contre les lycéens dénoncée

La rédaction avec
17:31, 10/10/2026, samedi
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France : répression policière contre les lycéens dénoncée
Photo par LOIC VENANCE / AFP
Des élèves défilent derrière une banderole sur laquelle on peut lire « École sans argent, pays sans avenir », tandis que des milliers d’élèves protestent contre les conditions d’apprentissage dans le cadre d’un mouvement national à Nantes, le 9 octobre 2026.

Les interventions policières contre les lycéens mobilisés suscitent de vives critiques, un syndicaliste CGT dénonçant la priorité accordée à la répression plutôt qu'au dialogue, tandis que le gouvernement annonce des mesures d'urgence, selon Anadolu.

Selon Anadolu, Mathieu Moreau, professeur de français et d'histoire affilié à la CGT, a vivement critiqué vendredi la réponse policière aux mobilisations lycéennes, estimant que les autorités devaient privilégier le dialogue plutôt que la force. Il s'exprimait lors d'un rassemblement devant la préfecture du Val-d'Oise à Cergy, au nord-ouest de Paris, où plusieurs dizaines de personnes s'étaient réunies à l'appel de diverses organisations syndicales, politiques et associatives pour dénoncer les interventions musclées.

"C'est le 2ᵉ rassemblement qu'on fait à la préfecture avec toutes les organisations politiques, syndicales et associatives parce qu'on voulait au départ dénoncer la répression policière qui s'est abattue sur le mouvement lycéen"
, a-t-il déclaré. Le syndicaliste a particulièrement évoqué les interventions controversées survenues à Saint-Ouen-l'Aumône et à Argenteuil, deux communes du département où les forces de l'ordre sont intervenues lors de blocages lycéens.

Dialogue et revendications

Mathieu Moreau a souligné que les revendications des élèves rejoignaient largement celles des organisations syndicales du secteur éducatif, notamment sur les conditions d'apprentissage, les moyens accordés aux établissements et le fonctionnement du système scolaire.
"On voulait soutenir ce mouvement lycéen qui rejoint pour beaucoup les revendications qui sont celles des organisations syndicales, notamment dans l'éducation"
, a-t-il expliqué.
Toutefois, il a estimé que le traitement policier et médiatique tendait à éclipser les revendications légitimes des lycéens au profit des incidents et des dégradations.
"Il y a eu une volonté très rapidement d'envoyer en premier les forces de l'ordre avant d'écouter les revendications légitimes des lycéens",
a-t-il affirmé. Il a reconnu que des actes de dégradation avaient eu lieu, précisant :
"Il y a eu ensuite, effectivement, des actes de dégradation et ça, tout le monde condamne",
tout en distinguant ces violences des actions pacifiques initiales.

Extension du mouvement

Le mouvement né à la mi-septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil s'est progressivement étendu à de nombreux établissements du pays, touchant désormais également l'enseignement supérieur. Selon la même source, la manifestation du 6 octobre a rassemblé plus de 266 000 personnes à l'échelle nationale, tandis que celle du 8 octobre a réuni 71 500 manifestants, dont 24 500 à Paris. De plus, des blocages ont été signalés à Sciences Po Paris, à l'École normale supérieure, à Sorbonne Université et à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

L'université Paris Nanterre a ainsi annoncé la fermeture préventive de ses locaux du 8 au 10 octobre après des blocages empêchant l'accès aux bâtiments des campus de Nanterre, Ville-d'Avray et Saint-Cloud. Par ailleurs, l'université Paris-Panthéon-Assas a également été touchée jeudi lorsqu'une centaine d'étudiants ont bloqué leur établissement en solidarité avec les lycéens, selon l'hebdomadaire Politis. Le ministère de l'Éducation nationale faisait état vendredi matin de 141 établissements encore fermés, tout en soulignant que plus de 96 % des lycées restaient ouverts.

Annonces gouvernementales

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mercredi que le budget de l'Éducation nationale pour 2027 atteindrait 64 milliards d'euros, soit une hausse de 1,2 milliard, et a présenté cinq chantiers prioritaires incluant le remplacement des enseignants et l'amélioration des bâtiments. Toutefois, Mathieu Moreau estime que ces annonces ne constituent pas une réponse nouvelle aux revendications des élèves, affirmant :
"Ce n'était pas une augmentation décidée pour améliorer cette situation".
Il a précisé que ces crédits étaient déjà prévus pour financer la réforme de la formation des enseignants, ajoutant :
"Donc ce n'est pas une réponse à la mobilisation, c'est juste quelque chose qui existait déjà".

De son côté, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé jeudi soir le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants dans plus de 500 lycées à compter du vendredi 9 octobre. Le dispositif prévoit également l'attribution d'heures supplémentaires aux établissements ainsi que la possibilité pour les recteurs de procéder à des recrutements d'urgence, le coût de ces mesures étant évalué à plusieurs dizaines de millions d'euros. Par ailleurs, une consultation auprès des lycéens a été ouverte, 66 000 élèves y ayant déjà contribué selon le ministre.

Poursuite de la mobilisation

Mathieu Moreau considère que les difficultés rencontrées par les lycéens s'inscrivent dans une dégradation générale des conditions d'enseignement, illustrée par un
"livre noir des lycées"
dénonçant l'abandon des établissements par les conseils régionaux.
"Il y a besoin justement d'un plan vraiment d'urgence pour l'éducation, à la fois dans le bâtimentaire, mais aussi dans le fonctionnement de l'éducation globalement",
a-t-il insisté. Il appelle ainsi à une réponse dépassant les seules mesures ponctuelles pour remédier aux difficultés structurelles du système scolaire.
Une nouvelle journée de manifestations est prévue mardi 13 octobre, tandis que le gouvernement devrait présenter ses premières décisions à la fin du mois. "
Le gouvernement doit répondre aux revendications",
a-t-il affirmé. Pour rappel, l'exécutif a suspendu l'utilisation des grenades assourdissantes dans les manifestations étudiantes après qu'un adolescent de 15 ans a perdu une main lors d'affrontements à Lens, et des enquêtes ont été ouvertes sur certaines interventions policières.
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