Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, icône de la révolte lycéenne
13:34, 10/10/2026, samedi
AFP
Photo par SIMON WOHLFAHRT / AFP
Le maire de Saint-Denis et membre du parti de gauche La France insoumise (LFI), Bally Bagayoko, pose pour des photographies à son arrivée sur la place de la Bastille au début d’une manifestation s’inscrivant dans une journée nationale d’actions à l’appel des lycéens, qui depuis des jours réclament de meilleures conditions d’apprentissage lors de protestations ponctuées de violents affrontements, à Paris, le 8 octobre 2026.Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et figure montante de La France insoumise, est devenu l'un des visages du mouvement lycéen français après ses interventions entre manifestants et forces de l'ordre, selon des constats sur le terrain.
Une figure montante de la gauche radicale acclamée par les jeunes
Selon des témoignages recueillis sur le terrain, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis au nord de Paris et élu montant de La France insoumise (LFI), a vu sa notoriété grimper en flèche auprès des lycéens mobilisés depuis mi-septembre. Jeudi dernier, les jeunes manifestants rassemblés place de la Bastille à Paris ont scandé son prénom aux cris de
"Bally, Bally"
tandis que l'élu d'origine malienne de 53 ans enchaînait les selfies avec des adolescents en liesse. Devant les caméras de télévision, il a adressé une demande solennelle au président Emmanuel Macron, l'appelant à "présenter ses excuses aux familles dont les enfants ont été blessés"
par les forces de l'ordre depuis le début de la mobilisation lycéenne en France.Interventions physiques et diffusion virale
Deux jours avant cette scène d'enthousiasme, l'édile en costume-cravate avait déjà fait parler de lui en tentant de remettre en place des jeunes qui lançaient des projectiles devant un lycée de sa ville, notamment en cherchant à arrêter physiquement ceux qui faisaient tanguer une voiture. Quelques heures plus tard, il s'interposait de nouveau, cette fois à Paris, entre des manifestants et les forces de l'ordre en criant
"Arrêtez! Reculez! Arrêtez de pousser!".
Ces images ont rapidement fait le tour du monde, au point d'être repostées par Kirill Dmitriev, influent conseiller du président russe, qui a décrit Bally Bagayoko comme le "Robespierre de la Révolution française 2.0".
Par ailleurs, le basketteur français star Victor Wembanyama a également publié sur X à l'adresse du maire le message suivant : "T'es un bon wlh", utilisant l'abréviation de l'argot "wallah".
Un parcours ancré dans les quartiers populaires
Ancien entraîneur de basket et éducateur ayant grandi en cité, Bally Bagayoko entretient un lien étroit avec les quartiers défavorisés et leur jeunesse, ayant lui-même été scolarisé dans le même lycée que certains des manifestants actuels. Selon Jules, un élève interrogé par l'AFP, l'élu
"vient de quartiers comme nous, il nous comprend, il nous défend",
ajoutant qu'il sait comment réagit la police car il a connu "ce genre de choses" et qu'elle cherche "juste à nous provoquer pour qu'on réagisse".
En outre, le maire garde le souvenir douloureux de 1991, année où son ami Stéphan Villaret a été tué par la chute d'un panneau de basket rouillé dans la cour de leur établissement scolaire, un drame qui marque son engagement pour la sécurité des jeunes. Toutefois, l'intéressé insiste sur le fait que "c'est la jeunesse qui doit rester l'icône et le symbole important de cette révolution citoyenne",
comme il l'a précisé dans un entretien accordé à l'agence vendredi.Controverse sur la violence et réactions politiques
La semaine dernière, Bally Bagayoko a déclenché une tempête politique en affirmant au milieu de lycéens en grève que "
la violence, à un moment donné, peut être légitime",
avant de nuancer immédiatement : "Chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux".
Ces propos lui ont valu un signalement par le préfet de police de Paris Patrice Faure, qui a saisi la justice pour "des faits présumés de provocation à commettre un délit",
une procédure que l'élu estime avoir été "complètement désavouée par les images et les faits".
De plus, Eric Ciotti, maire de Nice et allié du Rassemblement national (RN, extrême droite), est allé jusqu'à demander sa "révocation",
tandis que Bally Bagayoko défendait ses déclarations en soulignant qu'il "agit bien pour apaiser".
Remise en cause de la doctrine policière
Dans ce contexte de tensions, l'élu réitère sa volonté de
"réinterroger la doctrine d'intervention"
des forces de l'ordre, alors que plusieurs mineurs ont été gravement blessés depuis le début du mouvement lycéen. "Quand on a des enfants en face de soi, on ne les traite pas comme des adultes et on ne leur tire pas dessus à bout portant, on ne leur casse pas la mâchoire",
a-t-il affirmé avec fermeté. Élu dès le premier tour en mars dernier, il a par ailleurs engagé un processus de désarmement de sa police municipale à Saint-Denis, une mesure symbolique de son approche. Selon la même source, il critique également "la lâcheté avec laquelle certaines formations politiques ont préféré faire le choix du silence",
estimant que "par son silence, le président vient confirmer à nouveau ce sentiment de mépris, de déclassement auquel ces lycéens sont confrontés".
Pour rappel, Bally Bagayoko a été élu maire de Saint-Denis en mars 2024 dès le premier tour sous l'étiquette de La France insoumise et avait rapidement annoncé sa volonté de désarmer la police municipale de sa ville, située en Seine-Saint-Denis.
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