France : un hôtelier traîne Google en justice pour faux avis
13:46, 10/10/2026, samedi
AFP

Photo par FINN GOMEZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
Le PDG de Google, Sundar Pichai, arrive à l’Eisenhower Executive Office Building le 29 septembre 2026 à Washington, DC. Le propriétaire du Château de Balleure en Bourgogne, Raoul Salama, comparaît lundi devant le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône pour contraindre le géant américain Google à mieux modérer les avis sur sa plateforme Maps, après huit années de procédure.
Une bataille judiciaire de huit ans
Selon des sources concordantes, Raoul Salama, propriétaire de la maison d'hôtes
"Le Château de Balleure"
située en Bourgogne, a déposé une plainte contre Google lundi devant le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône. Cette démarche intervient après huit années de croisade contre des évaluations frauduleuses apparues sur Google Maps. "Il y a des centaines de milliers d'histoires comme la mienne",
a déclaré M. Salama, affirmant que son établissement visant une clientèle de prestige avait subi deux notes sévères en 2018 et 2020, respectivement de deux et une étoile sur cinq.L'impact économique et la procédure accélérée
"L'impact a été considérable"
, a indiqué le propriétaire, précisant que "une note abaissée de 10%, c'est un chiffre d'affaires réduit de 30%".
Après avoir constaté l'absence de ces clients dans ses registres, M. Salama avait demandé à Google de révéler leurs identités, ce que le groupe avait refusé. Par ailleurs, la Cour d'appel de Dijon a finalement ordonné le 21 juin 2022 la divulgation de ces informations, mais l'exécution a pris un an supplémentaire. Les personnes contactées ont alors avoué ne jamais avoir fréquenté le château, ayant simplement reçu une notification "push"
de Google Maps en passant à proximité.Une problématique massive selon les experts
De plus, l'ampleur du phénomène dépasse largement ce cas individuel.
"C'est un problème massif, bien pire que ce que savent la plupart des gens",
a souligné Kay Dean, ancienne enquêtrice fédérale américaine devenue experte en fraudes numériques. "En 2025, Google a lui-même indiqué avoir retiré 292 millions de faux avis. Selon CQ Researcher (une publication américaine d'analyses de référence, ndlr), jusqu'à 45% des commentaires sur le Net sont considérés comme venant de personnes n'ayant pas essayé un produit ou un service",
a-t-elle ajouté. Selon la même source, "plus de 80% des clients vont consulter Google pour se faire une idée des prestations",
a indiqué Frédéric Hopgood, avocat du plaignant.Défaillances algorithmiques et exigences légales
Toutefois, la défense dénonce les méthodes de modération automatique du géant technologique.
"Il a fallu 3-4 ans pour les faire enlever alors qu'il faut 15 secondes pour cliquer et envoyer un faux avis",
a déclaré M. Salama, jugeant que cela ne respecte pas strictement l'obligation de retrait "promptement"
des avis illicites prévue par la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN). "Et Google incite à cela. Il veut des avis, faux ou vrais, car ils attirent la publicité. C'est complètement pervers",
a affirmé Me Hopgood. "On demande un modérateur humain, pas des algorithmes qui ne servent à rien",
a-t-il précisé, soulignant que des plateformes concurrentes comme TripAdvisor ou Booking ont renoncé à l'intelligence artificielle pour privilégier un contrôle humain. "Ce que Google dit faire et ce qu'il fait vraiment sont deux choses différentes",
a également noté Kay Dean.Vers une jurisprudence française ?
En outre, M. Salama entend
"établir une jurisprudence, comme en Allemagne",
où la justice a récemment condamné Google à vérifier systématiquement les évaluations. "La France est en retard"
, a-t-il estimé. Par ailleurs, "je n'ai pas observé de réelle régression des faux avis sur Google. En réalité, avec l'avènement de l'intelligence artificielle, nous pouvons nous attendre à ce que cela empire",
a prévenu l'expert américaine. Le propriétaire du Château de Balleure se dit déterminé à lutter "pour des centaines de milliers de victimes, les professions libérales, les restaurants, les hôtels...",
tandis que les deux avis litigieux initiaux ont récemment réapparu accompagnés de quinze nouveaux commentaires suspects.À lire également:

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