15:09, 22/07/2026, mercredi
Coupe du monde 2026: les Palestiniens de Gaza célèbrent le sacre de l'Espagne
Les Palestiniens de Gaza ont célébré la victoire de l'Espagne en finale de la Coupe du monde 2026, acquise 1-0 face à l'Argentine après prolongation. Rassemblés dans des cafés et devant des écrans géants installés dans les rues détruites, les habitants ont salué le pays qui a reconnu l'État de Palestine en 2024. La défaite de l'Argentine de Javier Milei, allié constant d'Israël, a donné à ce succès une dimension politique immédiate.
La finale de la Coupe du monde de la FIFA 2026, remportée dimanche 19 juillet par l'Espagne face à l'Argentine (1-0, après prolongation), a été suivie et fêtée dans la bande de Gaza. Un sacre sportif que les Palestiniens ont lu comme une victoire politique, tant les positions de Madrid et de Buenos Aires sur la guerre à Gaza s'opposent frontalement.
Des écrans géants dans les rues dévastées de Gaza
Privés d'électricité et d'accès stable à Internet, de nombreux habitants de la bande de Gaza n'ont pas pu suivre la rencontre depuis leur domicile. Ils se sont rassemblés dans des cafés, sur des places publiques et devant des écrans installés au milieu des rues éventrées par les bombardements israéliens, notamment dans le secteur d'al-Faluja, au nord de l'enclave.
Pour des familles déplacées depuis des mois, ces projections collectives ont offert une parenthèse rare. Au coup de sifflet final, les applaudissements, les chants et les youyous ont accompagné le but de Ferran Torres, inscrit à la 106e minute, qui a offert à la Roja son deuxième titre mondial après celui de 2010.
Pourquoi Gaza soutenait l'Espagne
Le choix de la Roja n'avait rien d'anodin. L'Espagne s'est imposée ces dernières années comme l'un des principaux soutiens européens à la cause palestinienne. En 2024, le gouvernement de Pedro Sánchez a reconnu l'État de Palestine, décrété un embargo sur les ventes d'armes à Israël et multiplié les appels à un cessez-le-feu durable ainsi qu'à un accès humanitaire sans entrave à Gaza.
Ce positionnement a été retenu par les habitants de l'enclave.
"Nous soutenons l'Espagne en raison de son soutien au peuple palestinien"
, a déclaré Ahmed Al-Kahlout, habitant de la ville de Gaza, au Quds News Network. Il ajoute: "J'étais un fervent supporter de Messi. Aujourd'hui, je suis supporter de l'Espagne et de Lamine Yamal. Je n'oublierai jamais leur position pro-palestinienne."
Un autre supporter résume le sentiment général: "Nous vous aimons depuis la Palestine. Nous apprécions votre position."
Le jeune ailier Lamine Yamal, dont les prises de position en faveur de Gaza ont été largement relayées dans le monde arabe, est devenu l'une des figures les plus populaires de l'enclave.
Une finale à double lecture politique
Face à l'Espagne, l'Argentine de Javier Milei portait, aux yeux de nombreux Palestiniens, une charge symbolique inverse. Le président argentin s'est imposé depuis son élection comme l'un des alliés les plus zélés d'Israël sur la scène internationale : soutien affiché à la politique menée à Gaza et en Palestine occupée (Cisjordanie), projet de transfert de l'ambassade argentine à Jérusalem, alignement systématique sur Tel-Aviv dans les enceintes multilatérales.
Le contraste a été renforcé par les soutiens affichés depuis Israël. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et plusieurs de ses ministres avaient publiquement pris parti pour l'Argentine avant la finale.
Le Hamas salue une "victoire méritée"
Le mouvement palestinien Hamas a félicité l'Espagne.
"Mille félicitations à l'Espagne pour cette victoire méritée en Coupe du monde"
, a déclaré Basem Naim, membre du bureau politique et ancien ministre de la Santé à Gaza. "Félicitations à la Palestine et à ses soutiens pour leur joie. Si la seule chose que cette victoire a accomplie est de gâcher la fête des sionistes et de leurs relais, cela suffit."
Les réactions internationales ont afflué. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a adressé ses félicitations à l'Espagne pour son sacre mondial, dans la continuité du soutien de la Türkiye à la cause palestinienne et de ses appels répétés à mettre fin à l'offensive israélienne.
Un pseudo cessez-le-feu en toile de fond
Ces célébrations se sont déroulées dans un contexte qui reste dramatique. Malgré le "cessez-le-feu" en vigueur, des Palestiniens continuent d'être tués par des tirs et des frappes israéliennes. Le bilan cumulé de l'offensive israélienne dans la bande de Gaza approche les 73 300 morts, selon les autorités sanitaires locales.
Pour quelques heures, le football aura offert aux Gazaouis un espace de joie collective et le sentiment, rare, que la scène internationale leur renvoyait un signe de reconnaissance.
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