La récusation d'une juge plonge le procès Maradona dans l'incertitude

La rédaction avec
16:52, 28/05/2025, mercredi
AFP
La récusation d'une juge plonge le procès Maradona dans l'incertitude
TOMAS CUESTAAFP
Fernando Burlando, avocat des filles de Diego Maradona, au tribunal de San Isidro, en périphérie de Buenos Aires, le 27 mai 2025.

Le procès sur la mort de Diego Maradona en Argentine est sérieusement menacé après la récusation de la juge Julieta Makintach, accusée d’avoir participé secrètement à un documentaire sur le procès, compromettant ainsi son impartialité. Le président du tribunal de San Isidro a suspendu les audiences en attendant de décider si le procès peut continuer avec un nouveau juge ou s’il doit être annulé. La diffusion d'extraits de la série documentaire "Justice Divine", mettant en scène la juge, a provoqué un tollé. Plusieurs avocats, dont ceux représentant la famille de Maradona, dénoncent une atteinte grave à l'intégrité judiciaire. Le procès pourrait être relancé début 2026 avec une nouvelle composition du tribunal. En jeu : la responsabilité de sept professionnels de santé accusés de négligence dans la mort de Maradona en 2020.

Le procès très attendu sur la mort de Diego Maradona a vacillé mardi à San Isidro, dans la province de Buenos Aires, après la récusation de l'une des trois juges du tribunal. Julieta Makintach a été écartée pour avoir secrètement participé à un documentaire consacré à l'affaire qu'elle était censée juger.


Le président du tribunal, Maximiliano Savarino, a ordonné
"la mise à l’écart de la Dr (Julieta) Makintach"
, déclarant que
"des circonstances affectant (son) impartialité ont été prouvées"
. Selon lui,
"ce qui s’est passé et a été vérifié est extrêmement grave".

Conséquence immédiate: l'audience a été suspendue, dans l'attente d'une décision sur la suite de la procédure – reprise avec un nouveau juge ou annulation totale ou partielle du procès.


Le scandale du documentaire "Justice Divine"


L'audience de mardi, censée se concentrer sur les responsabilités de sept professionnels de santé dans la mort de Maradona en novembre 2020, a été entièrement monopolisée par la diffusion d’extraits d’un documentaire en cours de production. Intitulé provisoirement
"Justice Divine"
, le film met en vedette la juge Makintach dans des scènes tournées au sein même du tribunal, parfois à son insu, parfois avec sa pleine coopération.

Dans la bande-annonce, diffusée lors de l’audience, une voix off promettait :
"Une idole, une juge, un procès : la juge derrière D10S"
. D10S, surnom de Maradona, fusionne son numéro de maillot (10) et le mot
"Dios"
, Dieu en espagnol.

Des vidéos de surveillance récemment divulguées à la presse montrent la magistrate de 47 ans déambulant dans les couloirs du tribunal, donnant plusieurs interviews à une équipe de tournage, juste avant le début du procès.

Makintach s’est défendue, affirmant n’avoir rien fait d’irrégulier:
"J’ai simplement donné une interview à une amie d’enfance sur le métier de juge"
, a-t-elle expliqué, ajoutant vouloir
"rapprocher la justice de la société".

Un tollé au sein de la justice et de la famille Maradona


Le procureur Patricio Ferrari a appuyé la demande de récusation, dénonçant une
"trahison de la confiance publique" : "Elle a menti à tous, elle s’est comportée comme une actrice dans une téléréalité, pas comme une juge."

Fernando Burlando, avocat des filles aînées de Maradona, a dénoncé
"une utilisation du mécanisme judiciaire à des fins personnelles",
relevant selon lui
"d'une violation des principes éthiques, moraux et légaux"
. Il a accusé la juge d’avoir plongé la justice argentine "dans le ridicule mondial".

Finalement, la juge Makintach a accepté sa récusation et a déclaré:
"J’espère que le procès pourra continuer sans moi."

Un procès au bord de la nullité


Depuis plusieurs jours, les avocats des parties s’interrogent : faut-il reprendre le procès avec un nouveau juge ou l’annuler entièrement ?


Pour Adrian Tenca, professeur de droit pénal à l’Université de Buenos Aires, l’issue est claire:
"Le procès doit être annulé, même si c’est une honte pour les Argentins qui veulent une justice équitable."

Mario Baudry, avocat de Veronica Ojeda, l’ex-compagne de Maradona, abonde : "Tout ceci est vicié. Le plus sain serait de recommencer à zéro." Il envisage une possible reprise avec un nouveau trio de juges, peut-être en janvier 2026.


Mais un report aussi long pourrait bénéficier aux accusés. Le procès, qui avançait péniblement à raison de deux audiences par semaine, n’a permis d’entendre qu’une seule des sept personnes mises en cause.


Un contexte judiciaire tendu


Les sept accusés – médecins, psychiatre, psychologue, infirmiers – sont jugés pour négligence ayant potentiellement conduit à la mort de Diego Maradona. Celui-ci est décédé à 60 ans, d’un arrêt cardiaque, alors qu’il se remettait à domicile d’une opération au cerveau.


Selon les témoignages entendus jusqu’ici, les conditions de soins à son domicile de Tigre (au nord de Buenos Aires) étaient insuffisantes: matériel médical inadéquat, suivi irrégulier, coordination défaillante. Mais aucun niveau clair de responsabilité ou d’intention criminelle n’a encore émergé.


Les accusés nient toute responsabilité. En cas de condamnation, ils encourent entre 8 et 25 ans de prison.


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