En Guyane française, les tortues marines en danger malgré des pontes en hausse
11:04, 05/11/2023, dimanche
AFP

Crédit photo: STRINGER / AFPTV / AFP
La Guyane française a vu cette saison une chute drastique des naissances de tortues marines, "du jamais vu", selon un expert, malgré une augmentation globale des pontes, qui ne suffit pas à contrer les effets de la pression humaine et du changement climatique.
Le département français situé en Amérique du Sud est un haut lieu de reproduction des tortues marines mais le déclin de ces reptiles reste fort sur les quinze dernières années.
"Comme il faut 1.000 œufs pondus pour un individu adulte, c'est ce stade qui est le plus critique pour la reproduction de l'espèce"
, estime Laurent Kelle, directeur du WWF Guyane. Selon lui,
"l'enjeu est de protéger les individus adultes dans l'eau"
. Le dernier rapport du Réseau tortues marines de Guyane pointe
"des pontes en hausse, mais des menaces encore nombreuses".
Les tortues luths, les plus menacées, ont pondu deux fois plus avec 1.715 nids recensés contre 828 en 2022. Les tortues vertes montrent également des chiffres
"encourageants"
avec 1.945 nids recensés contre 1.727 l'année dernière, selon le bilan 2023 publié fin octobre.Sur les deux, trois dernières années, nous assistons à une hausse des pontes.
Pourtant,
"sur une temporalité plus longue -la plus importante car les tortues vivent longtemps-, on distingue une forte diminution ces quinze dernières années de la tortue verte et une quasi-disparition de la luth"
, avertit l'expert. Les populations de cette imposante tortue ont reculé de 90% dans la région des Guyanes et ont frôlé l'extinction en 2020 avec 160 pontes recensées dans le département français.
A l'ouest, la plage d'Awala-Yalimapo était pourtant
"le plus gros site de ponte"
au monde dans les années 1980 avec des dizaines de milliers de pontes. Selon le WWF, il y a urgence à agir, notamment pour les luths.
Leur situation est si critique qu'une écloserie a été inaugurée en mai. Ce dispositif, qui mime des conditions naturelles et devrait durer
"au moins trois ans"
, a permis l'émergence d'un cinquième des luths nées cette année dans la réserve naturelle de l'Amana, créée en 1998 pour sauvegarder cette espèce emblématique de la Guyane.Hécatombe
À l'est, aussi, sur le littoral de l'agglomération de Cayenne, malgré une augmentation des pontes cette saison, le nombre des naissances est particulièrement faible, du
"jamais vu"
, s'inquiète Benoît de Thoisy, président de l'association Kwata, qui oeuvre pour la conservation des tortues marines.Avec un tel volume de pontes,
"nous aurions dû voir quotidiennement des émergences (naissances, ndlr). Or, pendant des semaines, nous n'en avons pas vu une seule"
, déplore-t-il. Une saison de ponte est morte dans le sable, il manque des milliers de tortues.
Cette hécatombe serait due à des taux de mortalité très importants pendant la période d'incubation des œufs. La chaleur, particulièrement élevée cette année sous l'effet du phénomène El Niño, couplé au réchauffement climatique global, en serait responsable.
Dans la zone de l'ouest transfrontalière avec le Suriname, la pression humaine sur les tortues est forte.
Cette saison, 55 nids ont été braconnés et quatre individus interpellés. Mais ce sont surtout les captures accidentelles des pêcheurs illégaux,
"responsables de 30% des échouages"
d'après le Réseau tortues marines, qui représentent la plus grande menace. Une zone de non-pêche a bien été instaurée il y a vingt ans dans l'estuaire du Maroni
"mais elle n'est pas respectée faute de surveillance suffisante"
, dénonce Laurent Kelle. On espère qu'il y aura plus de contrôles pour la saison 2024.
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