17 octobre 1961: 65 ans après, Abdallah Zekri appelle à commémorer le massacre de Paris
10:54, 19/10/2026, lundi
Yeni Şafak

Ouariane M. AAFP
Mémorial du 17 octobre 1961 à Paris.Soixante-cinq ans après le massacre du 17 octobre 1961 à Paris, Abdallah Zekri, vice-président du CFCM, appelle à une commémoration avec ferveur. Il rappelle la répression d'une manifestation pacifique d'Algériens, l'unité nécessaire de la diaspora, le bilan toujours contesté et l'impunité de Maurice Papon. L'article revient aussi sur les reconnaissances officielles de 2012 et 2021, jugées insuffisantes par de nombreux militants.
Soixante-cinq ans plus tard, le 17 octobre 1961 reste une blessure ouverte. À l'occasion de la date anniversaire, Abdallah Zekri a publié un communiqué. Le vice-président du CFCM et président de la communauté française des Mozabites y appelle à une commémoration
"avec ferveur"
dans toute la France. Son message rappelle un fait simple. Ce soir-là, en plein Paris, la police a réprimé dans le sang une manifestation pacifique d'Algériens.Que s'est-il passé le 17 octobre 1961 à Paris ?
En octobre 1961, la guerre d'indépendance algérienne dure depuis près de sept ans. Le préfet de police de Paris, Maurice Papon, impose alors un couvre-feu. Il vise uniquement les Algériens.
Pour protester, la Fédération de France du FLN appelle à manifester le 17 octobre. Quelque 30 000 personnes défilent pacifiquement, selon l'AFP. Hommes, femmes et enfants bravent ainsi l'interdiction.
La répression est d'une rare violence. Selon Abdallah Zekri, la police a pourchassé et abattu des manifestants. Elle en a même jeté certains vivants dans la Seine. Par ailleurs, les forces de l'ordre ont arrêté près de 12 000 personnes. Elles les ont ensuite enfermées dans des centres de détention.
Le communiqué d'Abdallah Zekri: un appel à la ferveur
Abdallah Zekri est recteur de la Mosquée de la Paix. Il préside aussi le Collectif des Mozabites en Europe. Les Mozabites forment une communauté berbère du M'zab, dans le sud de l'Algérie.
Dans son communiqué, il réitère son appel à célébrer le 17 octobre. Il présente cette date comme une étape majeure de la lutte pour l'indépendance. Selon lui, elle doit se situer à la hauteur des sacrifices consentis.
Le souvenir, explique-t-il, ne doit pas s'arrêter à la douleur. En effet, il faut rappeler que les Algériens de France ont toujours pris part aux combats pour la souveraineté de leur pays. Cette diaspora a donc payé un lourd tribut.
Le responsable insiste aussi sur l'unité. La communauté algérienne en France doit rester solidaire de son pays, écrit-il. Cependant, il précise que le lien joue dans les deux sens : le pays a besoin d'elle, comme elle a besoin de lui.
Enfin, il rend hommage aux victimes. D'après lui, elles ont consenti au sacrifice suprême pour que les Algériens vivent dans la dignité, la tolérance et le respect de l'autre.
Un bilan toujours contesté
Le nombre exact de victimes reste inconnu. L'écart entre les estimations est pourtant immense. Certains historiens parlent de 200 morts. L'État français, lui, n'en reconnaît pas plus de 10, selon le communiqué.
Pourtant, la version officielle a déjà évolué. En 2021, l'Élysée a évoqué
"plusieurs dizaines"
de victimes, dont les corps ont fini dans la Seine. Par ailleurs, certains militants craignent que le bilan atteigne plusieurs centaines de morts.Cet écart illustre des décennies de déni. Pendant longtemps, les autorités ont minimisé le drame ou l'ont passé sous silence. C'est pourquoi la bataille des chiffres reste centrale pour les familles et les historiens.
Maurice Papon n'a jamais répondu de la répression de 1961
Abdallah Zekri rappelle un fait troublant.
Maurice Papon n'a jamais fait l'objet de poursuites pour ce crime.
Pourtant, il commandait la police parisienne ce soir-là.L'histoire l'a rattrapé plus tard. En 1998, la justice française l'a condamné pour complicité de crimes contre l'humanité. Ces faits concernent la déportation de Juifs de Bordeaux sous l'Occupation.
Ainsi, l'homme qui a dirigé la répression de 1961 n'a jamais comparu pour celle-ci devant un tribunal. Cette impunité alimente, pour beaucoup, un sentiment d'injustice.
De 2012 à 2021: une reconnaissance officielle tardive
La France a mis plus d'un demi-siècle à regarder ce passé en face. En 2012, François Hollande a rendu hommage aux victimes. Sa déclaration, très brève, affirme que
"la République reconnaît avec lucidité ces faits".
En 2021, Emmanuel Macron a fait un pas de plus. Il a jugé les crimes commis sous l'autorité de Papon
"inexcusables pour la République"
. De plus, l'Élysée a admis que les autorités ont longtemps caché et nié cette tragédie.Macron est le premier président français à assister à une cérémonie en mémoire des victimes, selon l'AFP. Il n'a toutefois présenté ni excuses formelles ni discours public.
Cependant, de nombreux militants jugent ces avancées insuffisantes. Ils réclament la reconnaissance d'un
"crime d'État"
. Pour eux, la mémoire du 17 octobre 1961 reste donc un combat inachevé.Pourquoi commémorer le 17 octobre 1961 en 2026 ?
Cette date appartient à l'histoire de France autant qu'à celle de l'Algérie. Elle rappelle que la violence coloniale ne s'est pas arrêtée à la Méditerranée. Elle a frappé au cœur de la capitale française.
Commémorer, c'est d'abord honorer les victimes. C'est aussi exiger vérité et justice. En effet, tant que le bilan reste contesté, la mémoire reste incomplète.
Cette mémoire résonne enfin avec l'actualité. Des peuples affrontent encore l'occupation et la répression coloniales. C'est le cas des Palestiniens, à Gaza comme en Palestine occupée (Cisjordanie). Rappeler le 17 octobre 1961, c'est donc aussi refuser l'oubli des violences d'État.
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