Israël : un vaste réseau de propagande antimusulmane découvert dans 30 pays
10:15, 04/11/2026, mercredi
Yeni Şafak

Nouvelle Aube
Le rapport indique que la campagne a atteint 800 millions d'impressions publicitaires dans 30 pays.Une enquête internationale révèle l'existence d'une vaste campagne de désinformation liée à des acteurs basés en Israël, visant les musulmans et les migrants dans 30 pays.
Menée entre octobre 2023 et octobre 2026, cette opération aurait généré jusqu'à 831 millions d'expositions publicitaires, pour un budget estimé à 8,2 millions de dollars. Les chercheurs ont identifié l'utilisation de vidéos produites par intelligence artificielle, de publicités ciblées et de contenus racistes diffusés sur les réseaux sociaux.
Un vaste réseau de propagande numérique visant les musulmans et les migrants a été mis au jour à l'issue d'une enquête menée pendant trois ans par deux chercheurs spécialisés dans la désinformation et les manipulations en ligne.
L'étude, intitulée Manufacturing the “Great Replacement” (La fabrication du “Grand Remplacement”), a été réalisée par Marc Owen Jones, professeur associé à l'université Northwestern au Qatar, et Sohan Dsouza, spécialiste des technologies et du renseignement en sources ouvertes (OSINT).
Publiée le 29 octobre 2026, elle documente une campagne d'influence active d'octobre 2023 à octobre 2026, touchant des audiences en Europe, en Amérique du Nord et du Sud, en Asie et au Moyen-Orient.
Le rapport fait état de 533 millions d'expositions publicitaires documentées dans 30 pays. En tenant compte des publicités absentes des archives consultées, les chercheurs estiment que ce chiffre pourrait atteindre 831 millions.
Le coût publicitaire de l'opération est évalué à environ 6,12 millions de livres sterling, soit 8,2 millions de dollars, sur la base des estimations les plus élevées.
Les chercheurs considèrent cette opération comme l'une des plus importantes campagnes de manipulation et de désinformation numérique documentées à ce jour.
Intelligence artificielle et publicités ciblées pour diffuser des discours islamophobes
L'enquête révèle que les responsables de la campagne ont eu recours à plusieurs formats de communication pour propager des contenus hostiles aux musulmans et aux migrants.
Des publicités payantes sur les réseaux sociaux, des vidéos générées par intelligence artificielle, des chansons et des parodies de jeux vidéo ont été utilisées pour diffuser des messages racistes et islamophobes.
Ces contenus visaient également à alimenter des discours hostiles au Qatar et à l'Iran.
Une partie de la campagne reposait sur la théorie du
“Grand Remplacement”
, une théorie complotiste d'extrême droite affirmant que les populations européennes seraient progressivement remplacées par des populations immigrées, notamment musulmanes.Les messages diffusés présentaient ainsi l'immigration et la présence musulmane en Europe comme des menaces pour les sociétés occidentales.
Les publicités ont été diffusées sur plusieurs plateformes numériques, notamment Facebook, YouTube et TikTok, dans le but de toucher différents publics.
L'analyse des réactions aux contenus révèle également leur capacité à susciter des discours islamophobes.
Sur un échantillon de 406 commentaires publiés en 2024 sous des publicités Facebook ciblant le Royaume-Uni, 61 % soutenaient des opinions hostiles aux musulmans.
L'analyse de 2 560 commentaires YouTube a toutefois montré des réactions plus partagées : 28 % soutenaient les messages diffusés, tandis que 42 % s'y opposaient.
Des indices techniques pointent vers des acteurs basés en Israël
L'enquête met également en évidence plusieurs éléments reliant cette opération à Israël.
Les chercheurs ont notamment identifié une adresse IP israélienne utilisée lors de modifications sur Wikipédia associées à la campagne, ainsi que des métadonnées de vidéos comportant des noms de fichiers en hébreu.
Les horaires de production des contenus et les changements de fuseau horaire observés dans les fichiers numériques correspondent également à une activité menée depuis Israël.
Ces éléments conduisent les auteurs à estimer, avec un degré de confiance modéré à élevé, que la production d'une partie de la campagne était basée en Israël.
L'enquête souligne toutefois que ces indices ne permettent pas d'identifier avec certitude les commanditaires ou les financeurs de l'opération.
Les chercheurs ont également relevé que les contenus publicitaires étaient parfois diffusés à des périodes correspondant à des échéances électorales dans plusieurs pays européens.
En France, notamment, les publicités ont contribué à diffuser des messages hostiles à l'immigration et à l'islam auprès d'un large public.
Cette opération illustre l'ampleur des campagnes de manipulation menées sur les plateformes numériques, où la publicité payante et les contenus générés par intelligence artificielle permettent de diffuser massivement des discours racistes et islamophobes.
Le rapport met ainsi en lumière un réseau international dont les activités ont touché des millions d'internautes sur trois continents pendant près de trois ans.
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