Namibie : feu vert pour extraction marine de phosphate
11:08, 25/08/2026, mardi
AFP

Capture vidéo - avec assistance IA - @NBCDigitalNews X
Des résidents de Walvis Bay ont défilé dans les rues pour protester contre l'extraction de phosphate dans les eaux namibiennes, en Namibie, le 20 août 2026.
Le gouvernement namibien a délivré début août les autorisations environnementales pour un projet d'extraction de phosphate en mer, ouvrant la voie à la première opération commerciale de dragage des fonds marins pour ce minerai, malgré l'opposition des écologistes et des pêcheurs.
Une première mondiale contestée
Les autorités namibiennes ont délivré début août le certificat environnemental requis pour le projet Sandpiper, ouvrant ainsi la voie à la première exploitation commerciale de dragage des fonds marins destinée à récupérer du phosphate.
Ce minerai constitue un composant-clé des engrais utilisés dans l'agriculture moderne, ce qui explique la pression croissante pour exploiter les gisements sous-marins jusque-là intacts.
Toutefois, cette autorisation gouvernementale a immédiatement suscité l'opposition déterminée des organisations écologistes et du secteur de la pêche, qui évoquent des risques majeurs pour les écosystèmes marins et l'économie halieutique locale.
Calendrier et production envisagée
L'entreprise Namibian Marine Phosphate (NMP), détenue à 85% par un groupe minier basé à Oman, a précisé que cette validation administrative ne signifiait pas le début immédiat des activités commerciales sur le site situé à environ 120 kilomètres au large de Walvis Bay.
"NMP ne prévoit aucune opération commerciale immédiate ou urgente"
, a assuré le groupe dans une communication, ajoutant qu'il devait encore finaliser l'obtention de permis supplémentaires pour les infrastructures terrestres indispensables au traitement du minerai. Selon les projections techniques présentées par la société, l'exploitation pourrait générer jusqu'à trois millions de tonnes annuelles de concentré de phosphate, prélevées sur une superficie d'environ 1,7 kilomètre carré par an.
Sur la durée de vingt ans couverte par le certificat, cette activité représenterait l'équivalent de 0,002% des fonds marins namibiens, a précisé NMP dans son communiqué.
Antécédents et précautions
Par ailleurs, il est à noter que la société avait déjà obtenu une licence d'exploitation en 2011, avant que le projet ne soit interrompu en 2013 en raison de préoccupations relatives à son impact sur les écosystèmes et l'industrie halieutique locale, qui génère des millions d'euros pour l'économie namibienne.
Cette interruption avait alors été motivée par les craintes d'atteintes irréversibles aux habitats marins et aux stocks de poissons commerciaux.
Dans ce contexte, l'annonce du feu vert gouvernemental a suscité l'inquiétude des défenseurs de l'environnement, tandis que la Confédération des associations de pêche de Namibie a menacé de contester la validité de cette autorisation devant les tribunaux.
Alertes scientifiques
Les experts soulignent que l'extraction sous-marine de phosphate, matière première de faible valeur nécessitant des volumes massifs pour être rentable, présente des dangers considérables pour la biodiversité marine.
Selon la scientifique Bronwen Currie, les opérations de dragage libéreraient des métaux lourds et des substances toxiques piégés dans les profondeurs sédimentaires, lesquelles pénétreraient ensuite dans la chaîne alimentaire en compromettant les stocks de poissons commerciaux.
"Ce n'est vraiment pas une bonne idée, car cela va libérer des éléments très toxiques depuis les fonds marins, une grande quantité de métaux lourds étant enfouie profondément dans les sédiments"
, a-t-elle affirmé. De plus, elle a dénoncé l'absence de prise en compte de ces dangers dans les études d'impact environnemental actuelles, notamment alors que la Nouvelle-Zélande avait déjà démontré selon elle l'invabilité d'une telle activité tant sur le plan écologique que financier.
Opposition des acteurs concernés
Le spécialiste de l'environnement Peter Cunningham a également mis en garde contre les nuages de sédiments générés par l'excavation, qui pourraient affecter les habitats du littoral rocheux, perturber le frai des écrevisses et endommager les espèces en période de reproduction dans la zone côtière namibienne.
"Cela ne vaut pas la peine pour la Namibie d'expérimenter sur ses fonds marins, en mettant en péril sa vie marine et la dynamique globale des eaux océaniques pour quelque chose d'aussi simple que le phosphate"
, a-t-il affirmé à l'AFP. L'ONG Ocean Conservation Namibia a fermement dénoncé un projet qui menacerait de transformer l'écosystème marin local en zone expérimentale non éprouvée, exposant ainsi les habitats océaniques, la qualité de l'eau et les pêcheries à un risque immédiat.
"Nous ne pouvons pas laisser la Namibie devenir un cobaye de la planète !"
, a-t-elle déclaré après l'annonce de la décision gouvernementale, soulignant que cette extraction n'avait jamais été réalisée à cette échelle nulle part ailleurs dans le monde. En outre, la Confédération des associations de pêche a réitéré son intention de contester juridiquement cette autorisation, arguant que les risques pour l'industrie pêchière namibienne n'avaient pas été correctement évalués.
A lire également:

International
Namibie: comment ce pays est devenu stratégique en Afrique

International
Namibie : Nandi-Ndaitwah s'entretient avec le Premier ministre chinois à Pékin

Technologie
La Namibie rejette la demande de licence déposée par Musk pour la société de satellites Starlink

Société
La Namibie confirme son premier cas de mpox et déclare une épidémie

International
Namibie : l’armée déployée pour lutter contre un incendie dans le parc national d’Etosha, l’un des plus grands d’Afrique

Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.