Albanie : heurts lors d'une manifestation contre la corruption à Tirana
19:42, 24/10/2026, samedi
AFP

Armend NIMANIAFP
Des manifestants s’affrontent avec la police antiémeute lors d’une manifestation nationale contre le gouvernement – appelée par le mouvement de protestation mené par des étudiants pour réclamer un meilleur soutien à l’éducation et la démission du Premier ministre, dans le centre de Tirana, le 24 octobre 2026.Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Tirana pour dénoncer la corruption et les conditions d'études, provoquant des heurts avec les forces de l'ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau, selon des sources concordantes.
Des heurts éclatent devant le ministère de l'Éducation
Munis de masques chirurgicaux et scandant des slogans réclamant la démission du Premier ministre Edi Rama, plusieurs milliers de manifestants, majoritairement des jeunes femmes, se sont rassemblés samedi après-midi dans la capitale albanaise.
"On est là pour une seule raison: on ne veut pas construire nos rêves ailleurs",
a affirmé Rosela Mira, étudiante en première année de médecine à Tirana, ajoutant : "Je souhaite avoir un avenir ici".
À peine une demi-heure après le début du rassemblement fixé à 14h00 devant le ministère de l'Éducation, des tensions ont éclaté lorsqu'un groupe de protestataires a lancé des projectiles sur l'édifice. Les forces de l'ordre ont riposté en déployant des canons à eau et en tirant des gaz lacrymogènes ainsi que des balles en caoutchouc, selon des journalistes présents sur les lieux. Par ailleurs, des unités d'intervention spéciale et des contingents de police anti-émeute ont été positionnés aux abords des bâtiments officiels.

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Tirana, AlbanieDes revendications éducatives et économiques
Le mouvement de contestation, entamé il y a plus de 130 jours, a trouvé un nouvel élan à la rentrée scolaire mi-octobre avec l'adhésion de lycéens et d'étudiants dénonçant la précarité des conditions d'études. Une lycéenne a ainsi décrit des classes surchargées accueillant
"40 élèves par classe",
tandis que d'autres dénoncent l'exode massif ayant vu plus de 1,5 million d'Albanais quitter le territoire depuis la chute du communisme en 1990. De plus, les manifestants dénoncent un projet touristique controversé lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump, prévu dans une zone naturelle protégée de Zvernec à 150 km au sud-ouest de Tirana.Sans leader identifié, les protestataires réclament l'annulation pure et simple de ce projet immobilier ainsi que la révision des lois sur les aires protégées et les investissements stratégiques. Dans ce contexte, Fabiola Nikaj, étudiante en troisième année de droit, a indiqué que de nombreux jeunes devaient cumuler plusieurs emplois pour subvenir aux besoins de leurs parents aux retraites maigres, précisant que les 100 euros promis par le gouvernement ne servaient
"juste à acheter quelques livres".
Alma Lama, présidente des syndicats unis de l'éducation albanaise, a souligné le
"ras-le-bol"
généralisé des enseignants qui estiment que personne ne "prend en compte nos revendications". Les pancartes brandies par les professeurs du secondaire et les universitaires affichaient des messages tels que "Pas de violences", "transparence" ou encore "démocratie en danger", notamment sur des trottoirs partiellement vidés de leurs pavés, vestiges des affrontements précédents.Le Premier ministre dénonce une "guerre hybride"
Le Premier ministre socialiste Edi Rama, au pouvoir depuis 2013, a diffusé samedi matin une vidéo sur les réseaux sociaux pour appeler au calme tout en condamnant les violences qualifiées
d'"intolérables".
Il a affirmé que les troubles constituaient "une guerre hybride", une violence "orchestrée par des mains entraînées à cet effet et alimentée de l'extérieur, par des acteurs étrangers"
. Dans le même temps, il a publié une liste de quelque quarante individus, identifiés par leurs initiales et photographies, présentés comme les instigateurs des débordements.Toutefois, les tentatives de récupération politique du parti démocrate, principal parti d'opposition dirigé par Sali Berisha, ont été repoussées par les étudiants qui refusent toute instrumentalisation partisane. Ainsi, alors que l'opposition avait appelé à un rassemblement distinct à la mi-journée aboutissant à l'incendie des coussins rouges disposés par Rama comme invitation au dialogue, les manifestants ont scandé dans l'après-midi :
"Rama en prison, Berisha en prison"
, tenant l'ensemble de la classe politique pour responsable de la crise.
AFP
La mobilisation ne faiblit pasPour rappel
Les manifestations ont débuté de manière pacifique il y a plus de quatre mois, les protestataires défilant quotidiennement devant les bureaux du Premier ministre pour réclamer son départ. Selon les données officielles, l'Albanie ne compte aujourd'hui plus que 2,3 millions d'habitants, avec un salaire moyen brut d'environ 930 euros mensuels, ce qui alimente la défiance des jeunes générations face à leurs perspectives d'avenir sur le sol natal.
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