Albanie : nouvelle mobilisation contre le Premier ministre
10:09, 24/10/2026, samedi
AFP

Artur Widak / NurPhotoAFP
Les tensions restent vives dans le centre administratif de la capitale albanaise, alors que des groupes locaux se préparent pour la manifestation nationale de grande envergure prévue samedi.Des milliers de manifestants ont convergé samedi vers Tirana pour exiger la démission du Premier ministre Edi Rama, au terme d'une semaine marquée par des violences et un retour au calme précaire, selon des sources concordantes.
De Zvernec aux rues de la capitale
Selon des sources concordantes, la mobilisation a débuté fin mai lors de l'apparition de barbelés sur les plages de Zvernec, à 150 km au sud-ouest de la capitale, pour protester contre un projet touristique lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Ce projet immobilier dans une zone naturelle protégée où nichent des flamants roses a été présenté pour la première fois en 2024. Par ailleurs, étudiants et lycéens ont rejoint le mouvement à la mi-octobre, à l'occasion de la rentrée scolaire, semblant ainsi donner un nouvel élan à une contestation qui dure depuis plus de 130 jours.
Une semaine de violences
Les appels à manifester se multiplient sur les réseaux sociaux et via des tracts distribués dans la rue, tandis que certains bâtiments publics de la capitale ont baissé leurs volets ou verrouillé leurs entrées derrière de larges tôles. De plus, le gravier a été substitué aux pavés sur des trottoirs du centre-ville et de nombreux feux de signalisation voient leurs fils pendouiller, arrachés pour désactiver les caméras de surveillance. Selon les autorités, les violences survenues depuis le 13 octobre ont fait plus de 300 blessés et des banques et ministères ont été pris pour cible par des manifestants, tandis que les forces de l'ordre ont fait usage pour la première fois de balles en caoutchouc.
Les voix de la contestation
"Il y a beaucoup de colère"
, résume Sidorela Vatnikaj, une militante de 27 ans interrogée par l'AFP, qui parle d'une "révolution"
. "Ce n'est pas seulement une affaire d'étudiants ou de luttes environnementales, mais aussi une question d'État de droit et d'État de justice"
, a-t-elle affirmé. Par ailleurs, Asim, un étudiant de 20 ans souhaitant garder l'anonymat, a expliqué qu'il participait car rien ne fonctionnait réellement dans le pays, déplorant que les postes ne soient pas attribués au mérite mais uniquement via des connexions gouvernementales.Répression et menaces de fichage
Toutefois, le Premier ministre socialiste Edi Rama, au pouvoir depuis 2013, dénonce désormais
"une guerre hybride"
, une violence "orchestrée par des mains entraînées à cet effet et alimentée de l'extérieur, par des acteurs étrangers"
. M. Rama a publié une liste d'une quarantaine de personnes, désignées par leurs initiales mais avec leurs photos, qu'il présente comme ayant participé aux violences. Par ailleurs, il a évoqué sa volonté d'établir un fichier des participants violents dans un "registre spécifique" pour éviter qu'ils ne se rendent dans des pays de l'UE.Contexte économique et démographique
"Nous ne sommes pas des criminels"
, rétorque Arta Lita, 18 ans. "Nous voulons simplement une vie meilleure pour nos parents, pour nous-mêmes",
a-t-il ajouté, évoquant "un avenir dans notre pays qui croule sous le poids de la corruption". Les manifestants dénoncent également les conditions d'enseignement et le manque de perspective, alors que plus de 1,5 million d'habitants ont quitté l'Albanie depuis la fin du communisme en 1990. Selon le dernier classement (2025) de l'organisation Transparency International, le pays occupe la 91e place sur 182 pays évalués, tandis que le salaire moyen brut avoisine les 930 euros dans ce pays des Balkans qui aspire à rejoindre l'Union européenne.A lire également :

International
Manifestations en Europe et dans les Balkans: la jeunesse descend dans la rue

International
Albanie: un incendie au ministère lors de manifestations étudiantes