Manifestations en Europe et dans les Balkans: la jeunesse descend dans la rue
17:15, 22/10/2026, jeudi
Yeni Şafak

JULIEN DE ROSA AFP
Manifestants et étudiants défilant place de la République à Paris le 22 octobre 2026 contre la vie chère.Depuis un mois, les manifestations en Europe s'étendent de la France à l'Albanie. Lycéens, étudiants et locataires dénoncent la vie chère, le logement et les services publics. L'ONU s'inquiète d'un usage excessif de la force. À Tirana, la jeunesse réclame le départ d'Edi Rama. En Serbie, les étudiants marchent vers les législatives du 25 octobre. La solidarité avec la Palestine reste, elle aussi, bien vivante.
Depuis un mois, les
manifestations en Europe
se multiplient. Des lycéens, des étudiants, des locataires et des syndicalistes occupent la rue dans plusieurs pays. À Paris, à Bruxelles ou à Tirana, la tension monte chaque jour. En revanche, Belgrade prépare un scrutin décisif.Pourquoi les manifestations en Europe s'étendent-elles ?
Tout commence à Paris, le 17 septembre. Des enseignants d'un lycée du sud-est de la capitale dénoncent alors un manque de personnel. Les élèves les rejoignent, puis la contestation gagne le pays entier.
Ensuite, la colère change d'échelle. Elle vise désormais le coût de la vie, le logement et les services publics. Selon
Euronews
, les prix alimentaires ont grimpé de 34 % dans l'Union européenne entre août 2021 et août 2026.Ces mouvements ne forment pas une mobilisation unique, rappelle Euronews. Pourtant, ils partagent un constat : les salaires ne suivent plus les prix.
France: émeutes, couvre-feux et violences policières
Le 17 octobre, des centaines de milliers de personnes ont défilé en France. Beaucoup ont marché dans le calme. Cependant, des pillages et des incendies ont éclaté dans plusieurs villes.
Selon Euronews, environ 1 500 commerces ont été endommagés. L'hôtel de ville de Limoges est parti en flammes. L'office de tourisme de la place Bellecour, à Lyon, a connu le même sort.
Emmanuel Macron a condamné des violences sans retenue et promis des poursuites. Ensuite, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé aux préfets des couvre-feux
"partiels et très localisés"
. Paris, Lille, Lyon et Nice sont concernés.Les interpellations, elles, inquiètent. D'après la presse citée par
l'ONU
, plus de 2 400 personnes ont été arrêtées. Le Haut-Commissaire Volker Türk s'alarme d'un recours "inutile et excessif"
à la force, y compris contre des enfants.Le poids de la mémoire coloniale
Sur la statue de Marianne, place de la République, des militants d'Extinction Rebellion ont déployé un gilet jaune géant. Leur banderole rappelait le 17 octobre 1961, quand la police a
noyé des Algériens
dans la Seine. Ce symbole relie la colère sociale d'aujourd'hui à l'histoire coloniale de la France.La suite: l'"acte II" des gilets jaunes
Lundi 19 octobre, des étudiants ont bloqué l'entrée du
Louvre
. Les gilets jaunes, eux, annoncent un "acte II" pour samedi 24 octobre. D'après l'ABC, les manifestants ont promis d'intensifier leur action.Belgique, Italie, Portugal, Espagne : le même malaise

NICOLAS MAETERLINCK / BELGA AFP
Manifestations à Bruxelles, le 17 octobre 2026.En Belgique, des lycéens face à l'austérité
Début octobre, entre 30 000 et 50 000 personnes ont défilé à Bruxelles et à Liège. Le 17 octobre, près de 200 arrestations ont eu lieu, dont plus de 25 mineurs, d'après la presse citée par l'ONU. Pour le ministre de l'Intérieur, Bernard Quintin, c'est de la
"violence pure et simple".
En Italie, "Facciamo come in Francia"
Depuis le 5 octobre, des lycéens italiens manifestent devant leurs écoles avec
ce mot d'ordre
. Le 17 octobre, des heurts ont éclaté à Milan, à Turin et à Bologne. Des blessés sont à déplorer, et des dizaines de personnes ont été interpellées à Milan.Au Portugal et en Espagne, la crise du logement
Mardi 20 octobre à l'aube, la police portugaise a démantelé deux campements, à Lisbonne et à Porto. Au moins 55 militants ont été arrêtés, selon l'ONU.
En Espagne, la mort de Maricarmen Abascal, 87 ans, a cristallisé la colère. Une société d'investissement l'avait expulsée de chez elle après avoir augmenté son loyer de 230 %. Après le rejet de sa réforme du logement, Pedro Sánchez a convoqué des élections anticipées le 29 novembre, rapporte l'ABC.
Albanie: la révolte des flamants roses face aux matraques
Dans les Balkans, Tirana vit une contestation de plusieurs mois. Elle est née en juin contre un complexe de luxe à Zvërnec, lié à la famille
Kushner-Trump
. Depuis le 13 octobre, les étudiants exigent la démission du Premier ministre Edi Rama.Mercredi 21 octobre, la révolte étudiante est entrée dans son neuvième jour. Le syndicat de l'enseignement supérieur a annoncé un boycott des cours. De plus, 1 350 enseignants ont signé un texte réclamant un gouvernement de transition.
La répression est lourde. Les forces de l'ordre ont tiré des balles en caoutchouc, utilisé des gaz lacrymogènes et déployé leurs unités spéciales. Reporters sans frontières a recensé au moins 28 cas de violences contre 23 journalistes entre le 13 et le 19 octobre. Par ailleurs, le chef de la police a suspendu sept agents.
Edi Rama refuse de partir. Il attribue les troubles à une guerre hybride, mais Moscou rejette ces accusations. De leur côté, les étudiants répondent:
"Pas de démission, pas de dialogue !"
Enfin, la cause palestinienne s'invite dans ce combat. En août, la flottille Global Sumud, en route vers Gaza, a fait escale à Vlora en soutien aux manifestants. Selon ses animateurs, un même architecte, Jared Kushner, relie les deux dossiers.
Serbie: les étudiants marchent vers les urnes
En Serbie, la rue se transforme en campagne électorale. Plusieurs colonnes d'étudiants ont rejoint Belgrade à pied avant un grand meeting, ce jeudi 22 octobre, place Slavija. À
Novi Sad
, 1 500 marcheurs ont couvert plus de 40 kilomètres en une journée.Les législatives anticipées se tiendront le 25 octobre. La liste étudiante est créditée de 44,5 % des intentions de vote, devant le parti d'Aleksandar Vučić, au pouvoir depuis 2014. Un retraité croisé en chemin redoute pourtant des incidents le jour du vote.
Tout est parti de l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad, le 1er novembre 2024. Cette tragédie avait fait 16 morts.
Palestine: la rue européenne n'oublie pas Gaza
Pendant ce temps, la solidarité avec la Palestine continue de mobiliser. Le 10 octobre, une journée mondiale d'action a donné lieu à des cortèges à Paris, à
Bruxelles
et dans d'autres villes. Les organisateurs exigent la fin de l'occupation, la protection de l'UNRWA et le droit au retour des réfugiés.Leur
appel
dénonce aussi le nettoyage ethnique en Palestine occupée (Cisjordanie) et à Jérusalem. De plus, il réclame des sanctions contre Israël.Les autorités compliquent pourtant ces rassemblements. À Paris, le préfet de police a interdit la manifestation du
7 octobre
, à la demande du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Selon lui, cette date très symbolique pourrait faire percevoir le rassemblement comme une provocation. Au Mans, la préfecture a imposé des restrictions, mais près de 120 personnes ont défilé.Ce choix interroge. Le droit de manifester pacifiquement ne souffre pas de géométrie variable, comme le rappelle l'ONU.
Ce qu'il faut retenir
Partout, la jeunesse réclame un avenir digne. Les gouvernements répondent trop souvent par la matraque et les couvre-feux. Pourtant, l'ONU leur demande un dialogue sur l'éducation, le logement et les inégalités.
Le week-end du 24 octobre dira si la colère retombe.
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