Face à l'inflation, les Nigériens contraints de changer leurs habitudes de consommation

09:58, 16/01/2025, jeudi
AFP
Face à l'inflation, les Nigériens contraints de changer leurs habitudes de consommation
BOUREIMA HAMAAFP
Vue générale d'un vendeur de céréales au marché de Dar-es-salam à Niamey, le 9 janvier 2025.

Au marché Wadata de Niamey, balayé par la poussière de l'harmattan, Rakia Abdou négocie âprement le prix de son sac de riz, une céréale essentielle devenue hors de portée de nombreux ménages nigériens en raison de l'inflation historique qui frappe le pays.

"Les prix des denrées locales baissent, mais ceux des produits importés restent encore élevés"
, déplore cette mère de cinq enfants.

Près d'un an après la levée des sanctions par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), qui protestait contre le renversement du président civil Mohamed Bazoum en 2023, la valse des étiquettes continue de ruiner le quotidien des 26 millions de Nigériens.

Les sanctions ont
"complètement perturbé les circuits d'approvisionnement"
dans ce pays enclavé, et les
"difficultés (créées) au niveau des importations"
ont fait augmenter
"le coût de nombreux produits, particulièrement alimentaires",
a expliqué l'économiste Abdallah Souleymane, interrogé sur la télévision nationale.

Selon l'Institut national de la statistique (INS), l'inflation a atteint
"un sommet historique de 15,47 % en juin 2024",
avant de refluer à la fin de l'année. Elle devrait néanmoins
"rester élevée"
sur la période 2025-2026, à 5,4 %, selon les projections de la Banque mondiale (BM).

Détours risqués


Selon des syndicats nigériens, cette inflation est surtout alimentée par la fermeture de la frontière avec le Bénin voisin, qui abrite le port le plus proche par lequel transitait 80 % du fret destiné au Niger, pays enclavé.


Niamey refuse d'ouvrir sa frontière avec le Bénin, qu'il accuse d'accueillir des bases où s'entraîneraient des terroristes, ce que Cotonou nie.


Pour éviter l'asphyxie, le Niger s'est tourné vers d'autres sources de ravitaillement, principalement le port de Lomé au Togo, obligeant les milliers de camions à faire de longs détours et à traverser l'est du Burkina Faso, secoué par des attaques terroristes meurtrières.

Le cheminement par ces nouvelles routes engendre un surcoût, répercuté sur les prix des produits de première nécessité.


"Nous passons deux à trois mois pour venir à Niamey, nous supportons beaucoup de frais, et il y a les risques d'attaques malgré les escortes militaires",
confirme Idrissou Issoufou, chauffeur ghanéen habitué des convois, qui n'hésite pas à parler de
"calvaire".

Si la frontière avec le Bénin demeure officiellement fermée, le passage des marchandises via le fleuve Niger, qui sépare les deux pays, n'est pas totalement à l'arrêt.

"Du Bénin, nous faisons entrer des produits au Niger sur des embarcadères par le fleuve, mais cela nous revient très, très cher",
se plaint Salamatou Gna, une commerçante béninoise à Niamey.

Changement d'habitudes


Avant,
"avec 10.000 FCFA (15 euros), on pouvait remplir son panier. Aujourd'hui, avec la même somme, on aperçoit le fond du panier", a
pprouve Hadjia Hadjara, une autre résidente de la capitale.

Dans sa famille,
"il n'est plus question de préparer deux repas copieux par jour",
ajoute-t-elle.

"Pour s'adapter, les Nigériens ont changé carrément leurs habitudes alimentaires et consomment plus les mets traditionnels",
constate Mahaman Nouri, de l'Association des droits des consommateurs (ADDC) du Niger.

"Je connais beaucoup de gens qui ne mangeaient pas de pâte de maïs, mais ils s'y sont adaptés. Il faut revenir aux produits locaux",
développe-t-il.

Pour les vêtements, les habits sur mesure ont cédé la place aux fripes.


Afin d'adoucir le coût de la vie, le régime militaire au pouvoir depuis juillet 2023 a, de manière inédite, baissé de 50 % les frais de consultations et soins médicaux pour tous, et réduit également le prix de l'essence, du gasoil, du ciment et de certains droits de douane.

Il a également organisé des distributions gratuites de vivres aux plus pauvres et des ventes promotionnelles de céréales pour
"casser les prix"
sur les marchés.

Les exportations de céréales sont par ailleurs interdites, notamment vers le Nigeria, afin de prévenir des pénuries dans ce pays où la junte a fait de la souveraineté une priorité.


Selon Han Fraeters, responsable des opérations de la Banque mondiale pour le Niger,
"l'économie nigérienne a fait preuve de résilience, en partie grâce à l'intervention proactive des autorités",
notamment pour assurer le paiement des salaires des fonctionnaires.

Malgré ce contexte difficile, l'institution internationale, qui a repris ses aides, prévoit une croissance du PIB de 6,5 % en moyenne sur 2025-2026, soutenue notamment par la production agricole et les exportations de pétrole.

Mais si l'inflation persiste, l'extrême pauvreté pourrait atteindre
"49,9 % d'ici 2026",
prévient-elle.


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