Erythrée : Addis Abeba déstabilise la Corne de l'Afrique
13:55, 12/09/2026, samedi
AFP

Photo par JEMAL COUNTESS / AFP
Vue d'ensemble de l'avenue Sematat à Asmara, le 6 octobre 2025.Le ministère érythréen des Affaires étrangères a accusé samedi l'Ethiopie de "déstabilise activement la Corne de l'Afrique", dans un contexte de vives tensions entre les deux pays voisins faisant craindre un nouveau conflit, selon un communiqué officiel.
Des accusations de "déstabilisation active"
Selon le communiqué publié samedi par le ministère érythréen des Affaires étrangères, le Parti de la prospérité (PP) au pouvoir à Addis Abeba
"déstabilise activement la Corne de l'Afrique".
Les autorités d'Asmara ont précisé que malgré "une stricte patience stratégique
" observée par l'Érythrée, l'Ethiopie s'est engagée depuis plus de trois ans dans "une escalade incessante de sa rhétorique guerrière".
Le texte dénonce également la remise en cause de traités internationaux et l'hébergement de groupes "subversifs et sectaires"
poursuivant un "objectif explicite de changement de régime en Érythrée".
Un contexte historique tumultueux
Ancienne colonie italienne progressivement annexée par l'Ethiopie dans les années 1950, l'Érythrée a obtenu son indépendance formelle en 1993 après des décennies de lutte armée contre Addis Abeba. Par ailleurs, une guerre particulièrement meurtrière a opposé les deux voisins entre 1998 et 2000, notamment autour de différends frontaliers, faisant des dizaines de milliers de morts et plongeant les deux États dans 18 ans de relations glaciales. Toutefois, les deux pays avaient normalisé leurs relations à l'arrivée au pouvoir d'Abiy Ahmed en 2018, un rapprochement historique qui avait valu au Premier ministre éthiopien le prix Nobel de la paix l'année suivante.
La guerre du Tigré et la dégradation actuelle
Les forces érythréennes ont également appuyé l'armée fédérale éthiopienne durant la guerre du Tigré, mais depuis la fin de ce conflit en novembre 2022, les relations bilatérales sont à nouveau à couteaux tirés. De plus, Asmara accuse régulièrement son voisin enclavé de lorgner stratégiquement le port érythréen d'Assab. En outre, le ministère érythréen a accusé l'Ethiopie "d'héberger, de soutenir et de favoriser activement" les Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan, ces paramilitaires étant engagés depuis 2023 dans un conflit armé contre l'armée régulière soudanaise. L'Ethiopie dément officiellement héberger des combattants des FSR, bien que des sources locales affirment que la frontière commune, difficile à contrôler, constitue une importante voie d'approvisionnement pour ces groupes.
Un ultimatum éthiopien en février
En février dernier, l'Ethiopie avait sommé son voisin de
"retirer immédiatement ses troupes"
de son territoire, dénonçant des "incursions"
de forces d'Asmara ainsi que des "manoeuvres militaires conjointes"
avec des rebelles combattant le gouvernement fédéral. Interrogée par l'AFP, la porte-parole du Premier ministre Abiy Ahmed n'avait pas donné suite aux dernières accusations érythréennes. Pour rappel, l'Érythrée est dirigée d'une main de fer depuis l'indépendance par Issais Afwerki, tandis que l'Ethiopie demeure engagée dans des dynamiques sécuritaires complexes à ses frontières avec plusieurs États de la région.À lire également:

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