Colombie : de la Espriella promet la guerre au narcotrafic
10:08, 08/08/2026, samedi
AFP

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De la Espriella promet la guerre au narcotraficAbelardo de la Espriella a pris ses fonctions de président de la Colombie vendredi à Cali, promettant d'affronter "sans répit" le narcotrafic et le terrorisme, selon son premier discours devant les forces armées.
Investiture et promesses de fermeté
L'avocat millionnaire Abelardo de la Espriella, âgé de 48 ans et novice en politique, a pris ses fonctions de président de la Colombie vendredi dans une caserne de Cali, troisième ville du pays, rompant délibérément avec la tradition séculaire qui veut que le serment présidentiel s'accomplisse dans la capitale Bogota. Entouré de plusieurs centaines de soldats en uniforme, de blindés et de deux hélicoptères, ce représentant de la droite dure, successeur du premier président de gauche Gustavo Petro pour un mandat de quatre ans, a immédiatement promis de restaurer
"l'ordre"
et "l'autorité"
dans un pays frappé par la violence des groupes armés.Élu le 21 juin sur un programme de fermeté contre les guérillas et le trafic de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial, le nouveau chef de l'État a juré devant les forces armées de combattre
"sans répit le narcoterrorisme et toutes les organisations criminelles".
Il a par ailleurs affirmé son intention d'éradiquer les plantations de coca, ingrédient essentiel de la drogue, "par tous les moyens",
et d'autoriser l'exploitation du pétrole et du gaz par fracturation hydraulique, marquant ainsi un tournant économique et sécuritaire majeur.Fin du dialogue avec les groupes armés
Dans son premier discours, le président de la Espriella a enterré la politique de négociations de paix menée par son prédécesseur, assurant que
"l'option du dialogue"
poursuivi par Gustavo Petro "est complètement épuisée"
. Laissant deux options aux membres des groupes illégaux, il a prévenu qu'ils devraient soit "se soumettre"
à la loi, soit "affronter la force résolue de l'Etat"
, une rhétorique qui traduit la fin des pourparlers avec les groupes armés.Par ailleurs, celui qui se fait surnommer
"El Tigre"
a annoncé un décret de "gel de la dépense publique"
, la baisse des impôts pour les plus riches et la tenue d'une "bataille culturelle pour restaurer la valeur de la famille".
Toutefois, l'homme politique, qui détient également la nationalité américaine, hérite d'un Parlement profondément divisé où il ne dispose d'aucune majorité claire pour faire adopter ses réformes.Alliance stratégique avec Washington
Doté de la nationalité américaine et allié de Donald Trump, Abelardo de la Espriella a confirmé son intention de rejoindre le Bouclier des Amériques, l'alliance anti-narcotiques pilotée par l'administration américaine pour lutter contre le trafic de drogue. Le département d'État américain a immédiatement salué cette orientation en annonçant dès les premières heures du mandat une aide d'un milliard de dollars pour les politiques de sécurité et l'économie colombiennes, se réjouissant dans un communiqué de travailler
"en étroite coopération"
avec la nouvelle administration afin de garantir la sécurité de l'hémisphère.De plus, la cérémonie d'investiture a rassemblé une dizaine de chefs d'État, notamment ceux d'Argentine, du Chili et d'Équateur, le roi d'Espagne Felipe VI, ainsi que des représentants de la Maison Blanche emmenés par le procureur général des États-Unis et le président de la Fifa Gianni Infantino. Pour garantir la sécurité de ces invités, la ville de Cali, située près de territoires contrôlés par des guérillas à l'origine de la pire vague de violence depuis une décennie, avait été placée sous haute protection avec le déploiement de 11 000 militaires et la mise en place d'un système antidrones sophistiqué.
Défis militaires et risques opérationnels
Le nouveau président a promis d'intensifier les bombardements contre les camps de la guérilla avec le soutien d'Israël et des États-Unis, et de construire des mégaprisons sur le modèle salvadorien pour lutter contre la criminalité. Toutefois, les forces armées colombiennes souffrent d'une
"capacité limitée"
en effectifs et d'un "manque d'équipement"
, a indiqué Renata Segura, chercheuse à l'International Crisis Group, soulignant les contraintes matérielles qui pèsent sur l'appareil militaire.Selon la même experte, le recours à la grosse artillerie contre des groupes
"très enracinés dans les communautés"
pourrait entraîner d'importants "dommages collatéraux"
touchant des civils, une crainte partagée par certains observateurs comme Julian Martinez, avocat et ancien militaire de 38 ans, qui qualifie cette posture de "provocation"
face à des adversaires déterminés. Pour rappel, la Colombie traverse sa pire vague de violence depuis dix ans, tandis que des partisans de la gauche ont manifesté pacifiquement dans les principales villes après avoir perdu les élections par une marge historiquement étroite de moins d'un pour cent des suffrages, Gustavo Petro ayant quant à lui renoncé à assister à la cérémonie de passation.À lire également:

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