Voile: le CFCM dénonce la stigmatisation des musulmanes par le monde politique
11:56, 01/09/2026, mardi
Yeni Şafak

Thomas SAMSON AFP
Le CFCM condamne les propos assimilant les femmes voilées à l'extrémisme, en pleine offensive du RN pour interdire le voile dans l'espace public.Le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) a publié un communiqué le 1er septembre 2026 pour dénoncer la stigmatisation des femmes musulmanes voilées. Le texte répond à la promesse de Marine Le Pen d'un référendum pour pénaliser le "voile islamiste" dans l'espace public, et à l'annonce d'une amende par le député RN Jean-Philippe Tanguy. Le CFCM juge une telle interdiction anticonstitutionnelle et dénonce une stratégie électorale à l'approche de la présidentielle de 2027.
Le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) hausse le ton. Dans un communiqué publié mardi 1er septembre 2026 à Paris, l'instance demande aux responsables politiques de
"cesser de mettre des cibles dans le dos des musulmans".
Le texte vise en particulier les déclarations qui assimilent les femmes voilées à des adeptes d'une idéologie extrémiste. Il intervient trois jours après une nouvelle offensive du Rassemblement national sur le voile islamique.
Un communiqué qui vise directement le débat sur le voile
Le CFCM
"condamne avec la plus grande fermeté"
les propos qui associent le voile à l'extrémisme. Selon l'instance, la responsabilité politique et morale de ces prises de parole est "engagée".
Ces déclarations exposent des femmes déjà visées par des insultes et des agressions. Le CFCM parle même d'un risque de
"vindicte"
contre elles.Le CFCM rappelle l'origine religieuse du port du voile
L'instance musulmane replace d'abord le débat sur un plan historique. Le port du voile n'est pas, selon elle, une invention idéologique récente.
"Cette pratique est attestée, sous des formes diverses, dans les textes fondateurs des traditions juive, chrétienne et musulmane"
, écrit le CFCM. Elle renvoie ainsi à des motifs de chasteté, de protection ou de simple disposition rituelle.Une instrumentalisation qui ne change rien à la nature du voile
Certains mouvements extrémistes s'approprient parfois ce symbole. Le CFCM le reconnaît sans détour.
Cependant, cette instrumentalisation ne justifie aucune interdiction générale. L'organisation défend donc un principe simple: chaque femme doit rester libre de porter le voile, ou de ne pas le porter.
La proposition du Rassemblement national sur le voile
Ce communiqué ne tombe pas dans le vide. Il répond à une séquence politique précise, ouverte fin août 2026 par le Rassemblement national.
Le 31 août, Marine Le Pen a promis, sur le réseau X, un référendum sur
"l'idéologie islamiste"
. Elle y inclut "la pénalisation du voile islamiste dans l'espace public".
La veille, le député Jean-Philippe Tanguy avait précisé la mesure sur BFMTV. Selon lui, les femmes qui porteraient le voile malgré l'interdiction s'exposeraient à une amende.
Il a comparé cette sanction à celle prévue pour les automobilistes sans ceinture de sécurité. Jordan Bardella, président du RN, a de son côté renvoyé la décision à un futur référendum, en cas de victoire à la présidentielle.
Le CFCM dénonce une stratégie électorale
Le communiqué s'attaque ensuite frontalement au calendrier de ces annonces. La présidentielle de 2027 approche, et le CFCM y voit un lien direct.
L'instance
"s'étonne"
qu'un parti souhaitant gouverner la France fasse du contrôle vestimentaire des femmes une priorité. Elle rappelle par ailleurs les vraies urgences des forces de l'ordre: terrorisme, criminalité, trafic de stupéfiants.Pour le CFCM, cette stratégie détourne le débat électoral. Elle attise
"la peur, la stigmatisation et la division"
, au lieu d'apporter des réponses concrètes aux problèmes du pays.Une interdiction jugée contraire à la Constitution
Sur le fond juridique, le ton du CFCM reste tout aussi ferme. L'instance affirme qu'une interdiction générale du voile violerait plusieurs principes constitutionnels.
Elle cite la liberté de conscience, la liberté individuelle et le principe de laïcité. De plus, elle qualifie une telle mesure de provocation à la haine et à la discrimination envers des millions de citoyens français.
Le rappel historique d'Aristide Briand
Le CFCM convoque un précédent vieux de plus d'un siècle. En 1905, un débat similaire visait l'interdiction du port de la soutane.
Aristide Briand s'y était opposé. Selon lui, une telle mesure exposait la République au
"reproche d'intolérance"
et même "au ridicule"
. Le CFCM y voit un écho direct au débat actuel sur le voile.Des réactions politiques déjà nombreuses
La proposition du Rassemblement national a immédiatement suscité des critiques. Jean-Luc Mélenchon l'a qualifiée d'
"ignoble",
selon des propos publiés sur X.Le gouvernement s'est également montré prudent. Sa porte-parole a évoqué des
"réserves évidentes"
sur la constitutionnalité et l'applicabilité de la mesure.Ce climat de controverse confirme, aux yeux du CFCM, un basculement inquiétant. Le débat public glisse ainsi, selon l'instance, vers une suspicion généralisée envers les citoyens musulmans.
L'instance conclut sur une formule sans ambiguïté. Elle refuse que des millions de musulmans français deviennent
"les otages de stratégies électorales"
, à l'approche de la présidentielle de 2027.A lire également:

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