17:58, 16/02/2026, lundi

L’histoire oubliée des camps israéliens après 1948

Entre 1948 et 1950, des milliers de Palestiniens ont été internés dans des camps mentionnés dans des archives israéliennes comme "concentration camps". Les documents analysés par l’ONG Zochrot indiquent qu’au moins 82 % des 5 950 détenus recensés étaient des civils. Travail forcé, expulsions massives et loi martiale jusqu’en 1966 : retour sur une page méconnue de l’histoire israélo-palestinienne.

En 1948, au moment de la création de l’État d’Israël et de la Nakba, des camps sont mis en place pour interner des Palestiniens. Des documents administratifs et militaires israéliens de 1948-1949 mentionnent l’expression
"concentration camps"
. Ces archives déclassifiées ont été analysées notamment par l’ONG israélienne Zochrot.

Le terme
"camp de concentration"
désigne historiquement un lieu d’internement collectif de civils détenus sans jugement, en dehors du droit commun. Ces camps apparaissent dans un contexte de transformation démographique et territoriale majeure, marquée par l’exode de centaines de milliers de Palestiniens.

Des milliers d’internés entre 1948 et 1950


Entre 1948 et 1950, entre 8 000 et 12 000 Palestiniens sont internés dans au moins huit sites principaux, parmi lesquels Ijlil, Atlit, Sarafand, Tel Litvinski et Umm Khalid, ainsi que plusieurs centres temporaires.


Selon les archives israéliennes, sur 5 950 détenus recensés, au moins 82 % étaient des civils enfermés sans procès ni statut juridique formel. Le Comité international de la Croix-Rouge précise que ces hommes, majoritairement âgés de 15 à 55 ans, n’avaient
"sans aucun doute jamais fait partie d’une armée régulière"
, tandis que les
"véritables combattants"
étaient
"systématiquement abattus".

Les conditions de détention sont décrites comme extrêmement dures. La Croix-Rouge évoque notamment le camp d’Umm Khalid, ancien village palestinien détruit puis entouré de barbelés, où les détenus vivaient dans une grande promiscuité, avec des pénuries et un manque d’hygiène.


Travail forcé, expulsions et contrôle militaire


Les archives et témoignages évoquent également le recours au travail forcé sans rémunération. Les détenus affectés aux travaux recevaient davantage de nourriture que ceux qui refusaient.


Tewfic Ahmed Jum'a Ghanim, détenu à Tel Litvinski, rapporte:
"Quiconque refusait de travailler était abattu. Ils disaient que la personne avait essayé de s’échapper."

Selon Zochrot, certains camps auraient également servi à des opérations de propagande et à des activités de renseignement. L’historien Hillel Cohen mentionne des interrogatoires, des pressions et des tentatives de recrutement.


À partir de 1949, sous la pression du Comité international de la Croix-Rouge, des libérations commencent. Toutefois, selon les archives israéliennes et les travaux de Zochrot, entre 75 et 80 % des internés sont expulsés vers Gaza, la Cisjordanie, le Liban, l’Égypte ou la Jordanie.


Ceux qui restent sont placés sous contrôle militaire. Les Palestiniens citoyens d’Israël vivent sous un régime de loi martiale jusqu’en 1966.


Aujourd’hui encore, au moins 9 250 Palestiniens sont détenus par Israël, dont une part importante en détention administrative, sans inculpation ni procès, renouvelable indéfiniment selon des organisations de défense des droits humains. Ces organisations dénoncent des conditions de détention qu’elles qualifient de graves, incluant violences, isolement et mauvais traitements.


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