La rédaction
11:49, 15/10/2026, jeudi

Azerbaïdjan: un vétéran du Karabagh dénonce l'exclusion de sa fille voilée

Un vétéran azerbaïdjanais amputé d'un bras lors de la seconde guerre du Karabagh dénonce, dans une vidéo, l'exclusion de sa fille voilée de l'école. Il vise la décision n° 309, adoptée le 21 septembre 2026, qui ne mentionne pas explicitement le voile. Entre boycotts, 37 arrestations annoncées et réactions en Türkiye, l'interdiction du voile à l'école en Azerbaïdjan provoque une crise politique et sociale.

Un vétéran azerbaïdjanais amputé d'un bras brise le silence. Sa fille est exclue de l'école à cause de son voile. Dans une vidéo, il interpelle le ministre de l'Éducation et le président Ilham Aliyev. Son témoignage éclaire une crise qui secoue l'Azerbaïdjan et suscite une vive émotion en Türkiye.

Un vétéran du Karabagh interpelle le pouvoir

L'homme a perdu un bras pendant la seconde guerre du Karabagh. Il pose aux autorités une question directe:
"Est-ce pour cela que j'ai sacrifié ce bras ?"
Il affirme l'avoir donné
"pour la patrie".
Sa fille ne pourra plus aller à l'école, explique-t-il, parce qu'elle porte le voile. Il évoque aussi d'autres enfants,
"privés d'école"
et les yeux
"baignés de larmes"
, pour la même raison.
Par ailleurs, il conteste le fondement juridique de ces exclusions.
"Aucun décret ne mentionne le voile"
, assure-t-il. Enfin, il lance:
"Notre sang n'a pas été versé pour que nos enfants restent les yeux en larmes, privés d'école."

Dans la suite de la vidéo, il adresse des invectives religieuses très dures à ses opposants. Nouvelle Aube ne les reprend pas. Son message central reste une protestation contre l'exclusion d'enfants de l'école.

Interdiction du voile à l'école en Azerbaïdjan: que dit la décision n° 309 ?

Le 21 septembre 2026, le Conseil des ministres adopte la décision n° 309. Le Premier ministre Ali Asadov la signe. Le texte modifie la description des uniformes dans les écoles publiques d'enseignement général.

Il interdit les éléments vestimentaires qui
"violent l'uniformité"
de l'uniforme établi. Il vise aussi ceux qui ne sont pas conformes au
"principe séculier de l'enseignement général".

Un texte qui ne cite pas le voile

Plusieurs médias le confirment: le mot
"hijab"
n'apparaît pas dans la décision. Pourtant, des écoles appliquent la règle contre les foulards religieux. Ainsi, ce flou juridique alimente la colère des familles.

Le texte s'inscrit dans un cadre plus large. En juillet, l'Azerbaïdjan a modifié sa loi sur l'enseignement général. Puis, le 6 octobre, une décision n° 325 a fixé des règles vestimentaires pour les enseignants.

Des exclusions sans document écrit

Une mère raconte sa mésaventure à JAMnews. L'école ne lui a remis aucun avis écrit. On lui a simplement répondu que la décision venait d'en haut. Des analystes estiment donc que ces restrictions ne reposent pas sur une loi précise.

Selon un témoin cité par la BBC, des lycéens doivent aussi se raser la barbe. Là encore, le décret n'en dit rien.

Mobilisation et arrestations

Le 12 octobre, le ministère de l'Intérieur annonce 37 interpellations à Bakou. Il accuse les personnes arrêtées de troubles à l'ordre public. Il évoque aussi des dégradations et des départs de feu, sans blessé.

Une procédure pénale est ouverte. La peine maximale atteint trois ans de prison. Parallèlement, des élèves boycottent les cours à Bakou, à Masally et à Djalilabad, selon des vidéos relayées par la presse.

Les autorités défendent leur choix. Elles invoquent la laïcité et l'égalité entre élèves. Toutefois, ni le gouvernement ni le ministère de l'Éducation n'ont expliqué publiquement les raisons de la réforme, d'après la BBC citée par Meduza.

Les repères à retenir

-
21 septembre 2026
: adoption de la décision n° 309 sur les uniformes scolaires.
-
6 octobre
: décision n° 325 sur la tenue des enseignants.
-
12 octobre
: 37 interpellations annoncées à Bakou.
-
Environ 96 %
: part des Azerbaïdjanais qui se disent musulmans.

Un précédent qui n'a rien d'une surprise

Ce n'est pas la première fois. Dès la fin février 2026, des rumeurs d'interdiction du voile circulaient. Fin mars, une interdiction signalée dans une école aurait été annulée, selon OC Media.

De même, des restrictions avaient déjà provoqué des manifestations par le passé. Ainsi, la tension couve depuis des mois. Les nouvelles règles ont simplement mis le feu aux poudres.

Une crise qui dépasse Bakou

Le 3 octobre, des manifestants se rassemblent devant le consulat d'Azerbaïdjan à Istanbul. Ils réclament la fin des restrictions. Cette scène rappelle à beaucoup les interdictions du voile subies en Türkiye, notamment en 1997.

Oktay Saral, conseiller du président Recep Tayyip Erdoğan, juge
"inacceptable"
de priver d'école des élèves voilées. En réponse, le parti au pouvoir à Bakou, Nouvel Azerbaïdjan, dit à Ankara de ne pas se mêler de ses affaires.

Ilham Aliyev a lui aussi mis en garde contre toute ingérence dans le mode de vie azerbaïdjanais. Il n'a pas nommé la Türkiye. Le 23 septembre, à l'ONU, Recep Tayyip Erdoğan avait pourtant évoqué la discrimination croissante envers les femmes musulmanes.

Laïcité contre droit à l'éducation

La Constitution azerbaïdjanaise proclame la laïcité de l'État. Elle garantit aussi la liberté de religion. Dans un pays musulman à environ 96 %, ces deux principes entrent aujourd'hui en collision dans les salles de classe.

Notre position est claire. Aucune laïcité ne justifie de fermer la porte de l'école à une enfant. L'éducation est un droit. Un foulard ne met en danger aucun élève.

Ce contraste interroge aussi sur les priorités de Bakou. Le pays entretient une coopération étroite avec Israël, notamment dans le pétrole et l'armement. Pendant ce temps, des fillettes musulmanes se voient refuser l'accès à l'école.

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