16:46, 07/10/2026, mercredi
Al Ghazali à Creil: l'acharnement contre une école musulmane
Le groupe scolaire Al Ghazali de Creil est fermé depuis le 30 septembre 2026 par arrêté préfectoral. Plus de 250 élèves, du CP à la terminale, sont déscolarisés. L'État invoque la sécurité et des obstructions au contrôle. La direction conteste, produit des constats d'huissiers et dénonce cinq contrôles en douze mois. Élèves, parents, enseignant et avocat témoignent. Le tribunal administratif, saisi en référé, doit trancher.
Le groupe scolaire Al Ghazali de Creil (Oise) est fermé depuis le 30 septembre 2026. Le préfet a signé un arrêté de fermeture administrative pour six mois. Ainsi, plus de 250 élèves, du CP à la terminale, se retrouvent sans école.
La direction dénonce un traitement différencié. En effet, elle compte cinq contrôles inopinés en douze mois. Elle a donc saisi le tribunal administratif en référé. Notre reportage recueille la parole des élèves, des parents, d'un enseignant et de l'avocat du groupe.
Al Ghazali à Creil: une fermeture décidée du jour au lendemain
Le contrôle décisif date du 22 septembre 2026. Des agents de la préfecture et du rectorat d'Amiens se sont présentés sans prévenir. Une semaine plus tard, le préfet Jean-Marie Caillaud signait l'arrêté.
La mesure s'applique dès le 30 septembre. Elle touche 258 élèves, dont environ 110 dans le premier degré. Les familles disposent de quinze jours pour inscrire leurs enfants ailleurs.
Le choc est immense pour la communauté éducative. Par ailleurs, la mairie reçoit de nombreux appels de parents désemparés. Trouver plus de deux cents places en pleine rentrée relève du casse-tête.
L'école musulmane Al Ghazali, une institution vieille de quinze ans
L'établissement a ouvert ses portes en 2011. Il se présente comme l'un des premiers établissements privés à référence musulmane de la région. Il est hors contrat et regroupe une école, un collège et un lycée.
Ses responsables assurent suivre les programmes de l'Éducation nationale. De plus, ils ajoutent des cours de langue arabe et des enseignements culturels. Nasif Mosaheb, membre de la direction, met en avant les résultats aux examens.
"Aujourd'hui, les résultats montrent que les enseignements dispensés au sein de notre établissement sont vraiment conformes à ce que demande l'Éducation nationale"
, affirme-t-il.Un ancien élève va plus loin. Il a fait toute sa scolarité sur place, de la primaire au collège. Selon lui, le taux de réussite au brevet et au bac tourne toujours autour de 100 %.
Cinq contrôles en douze mois: "un traitement différencié"
L'avocat du groupe, Sefen Guez Guez, détaille la chronologie. Selon lui, l'école a subi
"5 contrôles inopinés coup sur coup"
en un an. Certains se sont déroulés avec des équipages de police, dans un établissement scolaire.Cette accumulation nourrit sa thèse.
"Il y a un traitement différencié qui est aujourd'hui parfaitement documenté"
, martèle-t-il. Il juge que l'on dépasse le simple "sentiment d'impression".
La direction ne refuse pourtant pas la vérification. Nasif Mosaheb le rappelle:
"On ne s'oppose pas au contrôle."
Il réclame seulement d'être "traité comme tout le monde"
, sans traitement de faveur.Le contraste avec le dossier Bétharram
L'avocat compare ce cas à celui de Bétharram. Cet établissement catholique du Béarn a été au cœur d'un scandale de violences. Or, d'après lui, sa direction a été prévenue
"plus de 3 mois avant l'inspection".
Al Ghazali, en revanche, a vu les contrôles s'enchaîner sans délai. Le contraste interroge. C'est pourquoi la défense parle d'une inégalité de traitement entre établissements.
Ce que reproche l'État, et ce que répond l'école
Il faut aussi exposer la version des autorités. Selon la préfecture, la délégation a essuyé plusieurs refus d'accès à des locaux. Elle y voit une tentative de dissimuler des élèves non déclarés.
Le dossier mentionne aussi des manquements à la sécurité. La commission départementale de sécurité aurait demandé des travaux avant le 2 juin. Deux classes fonctionneraient en outre dans la mosquée voisine, sans autorisation.
Ces éléments restent des accusations de l'administration. La défense les conteste fermement. Sefen Guez Guez affirme détenir des constats d'huissiers prouvant que le bâtiment est
"parfaitement aux normes".
Il décrit des salles climatisées et des enfants
"bien reçus".
Il propose même aux autorités de revenir constater sur place. Faute de décision de justice, aucune version n'est tranchée à ce stade.Élèves, parents, enseignant: la communauté éducative témoigne
Les premiers concernés sont les enfants. Leurs mots sont simples, mais ils pèsent lourd.
Une élève arrivée récemment espère une réouverture. Elle vient de s'attacher à l'école. Un élève de CM1 dit aussi qu'
"il faudrait rouvrir l'école".
Un ancien du groupe parle d'un lieu
"dans [son] cœur".
Il ne comprend pas pourquoi on fermerait une école qui réussit. Ces voix rappellent une réalité: 250 jeunes sont aujourd'hui déscolarisés.Un parent d'un enfant de 6 ans, en CP, témoigne à son tour. Selon lui, l'école n'a jamais fait l'objet d'alertes de sécurité depuis 2011. Il vante l'absence de harcèlement et le suivi pédagogique.
Il attend que
"justice soit faite"
pour que les enfants reprennent "dès demain à 8h30"
. Un professeur d'histoire-géographie, en poste depuis 2020, se dit lui aussi "profondément étonné"
. Il n'a jamais constaté de problème de sécurité et garde confiance dans la justice.Une "diagonale" qui vise les écoles musulmanes
Pour l'avocat, l'affaire dépasse Creil. Il cite Avicenne à Nice, Al-Kindi à Lyon, Averroès à Lille et désormais Al Ghazali. Il voit se tirer
"une diagonale"
sur ces groupes scolaires musulmans.Il rappelle un déséquilibre. Les établissements musulmans sont bien moins nombreux, rapportés à la population, que les catholiques. Selon lui, l'enseignement catholique tire 95 % de son financement public, contrairement au réseau musulman.
Ce chiffre est avancé par la défense. Il mérite d'être vérifié. Cependant, il pose une vraie question : les mêmes règles s'appliquent-elles à tous les établissements ?
Ce qu'il faut retenir
Le groupe scolaire Al Ghazali est fermé pour six mois par décision préfectorale. L'État invoque la sécurité et des obstructions au contrôle. La direction répond par des constats d'huissiers et dénonce un acharnement.
Le tribunal administratif, saisi en référé, doit maintenant trancher. En attendant, 250 élèves attendent de retrouver leurs classes. La décision de justice dira si la fermeture était proportionnée.
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