Alors que le dossier iranien se referme, où Israël ouvrira-t-il le nouveau front ?
13:08, 16/06/2026, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français

Vous direz :
"Encore la guerre ?"
Peut-être la guerre, peut-être une lutte de pouvoir. Même si les États-Unis et l’Iran parviennent à un accord, le dossier n’est pas encore clos. Une fenêtre de 60 jours s’est ouverte pour les négociations nucléaires. Mais le Liban saigne encore. L’administration de Tel-Aviv, qui n’a pas atteint son objectif en Iran, pourrait se tourner vers la provocation, notamment sur des dossiers qui concernent directement Türkiye, afin de reconstruire sa dissuasion. Face à cela, certaines mesures doivent être prises pour réduire l’espace de manœuvre d’Israël. Il est trop tôt pour dire : "Tout est terminé."
Il faut analyser les opportunités et les menaces.Le processus de Türkiye sans terrorisme face au deuxième choc
OUI, NOUS AVONS SURMONTÉ LE DEUXIÈME CHOC
Alors que toutes les cartes étaient rebattues, le processus de Türkiye sans terrorisme devait bien sûr être affecté. De fait, il y a eu un ralentissement. En expliquant la décision prise, Karayılan, l’un des dirigeants de l’organisation, avait déclaré :
"Alors que des missiles volent de tous côtés, nos seules garanties sont nos armes."
L’attaque contre l’Iran a été le deuxième plus grand choc subi par le processus de Türkiye sans terrorisme après l’intégration des FDS à Damas. Nous pouvons dire que, comme pour le dossier syrien, ce deuxième choc est en train d’être surmonté sans accident, hormis un bref retard. Mais l’incertitude demeure dans la région, il faut agir vite.(Note : Pour passer à l’étape législative du processus, on attend le rapport de terrain du MIT, les services de renseignement turcs. Pour cela, l’organisation doit déposer les armes à un niveau jugé
"satisfaisant"
et présenter une feuille de route concernant celles qui restent en sa possession. La semaine dernière, j’avais entendu dire que le rapport de terrain pourrait être achevé dans un délai de deux semaines. Dans ce cas, ce rapport est imminent.)LE RENSEIGNEMENT AMÉRICAIN PRÉPARE UNE CONTRE-MANŒUVRE
La guerre a, d’une certaine manière, renforcé le processus de Türkiye sans terrorisme et ouvert la voie à sa régionalisation. Il était négatif qu’Israël convainque Trump en lui disant :
"Armions les Kurdes contre l’Iran et soulevons-les."
Mais ils n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient. Bafel Talabani, en particulier, a adopté une attitude froide et raisonnable. Il l’a fait en concertation avec Ankara. La nomination d’un gouverneur turkmène à Kirkouk est le premier résultat positif de la guerre. L’administration Barzani, elle, donne une mauvaise image dans ce processus qui a commencé avec les FDS.(Note : Les Israéliens disent que ce projet de "soulèvement" a échoué parce que le président Erdoğan a convaincu Trump. C’est une manière de dire : "Ce n’est pas ma faute." Or le renseignement américain se prépare à faire porter à Netanyahu la responsabilité de l’échec en Iran. Les journalistes du New York Times, Haberman et Swan, auraient "mis la main" sur les enregistrements de la Situation Room où Trump a tenu une réunion secrète avec son cercle rapproché ; ces enregistrements seraient publiés dans un livre intitulé Regime Change. Les enregistrements contiendraient les échanges de Trump et de son équipe sur la question des "groupes kurdes". Il est avancé que le vice-président Vance, le secrétaire d’État Rubio, le directeur de la CIA et des commandants américains auraient réagi en disant : "C’est impensable, c’est une exagération d’Israël.")
Ramener Gaza et le Liban au centre de l’agenda régional
L’AGENDA DOIT REDEVENIR GAZA
Israël a lancé cette guerre pour faire disparaître la possibilité d’un État palestinien. Le Conseil de paix pour Gaza constituait un développement sérieux. Avec le début de la guerre, l’agenda s’est déplacé vers l’Iran. Pendant ce temps, Israël a élargi son expansionnisme en Cisjordanie. Israël voudra maintenir son occupation au Liban, poursuivre sa pression sur la Syrie, compromettre la paix avec l’Iran et empêcher que l’attention se reporte sur Gaza. Avec l’essoufflement du dossier iranien, la première chose que les pays de la région devront faire sera de se concentrer à nouveau sur le dossier de Gaza.
Une autre manœuvre doit venir au Liban. Les négociations menées par le Hezbollah avec le gouvernement libanais sur le dépôt des armes doivent être soutenues. Le mandat de la FINUL, la force de l’ONU déployée au Liban, arrive à expiration. Ankara menait des contacts pour une nouvelle présence militaire internationale centrée sur la sécurité du Liban. Les Européens ne prennent pas d’initiative sur ce dossier. Türkiye, l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Pakistan, le Qatar… La Coordination régionale assumera-t-elle une responsabilité à ce sujet ?
Le Liban ne doit pas être abandonné à la merci d’Israël.
Il faut des solutions et des initiatives créatives sur ce dossier.(Note : Les États-Unis veulent que l’administration de Damas assume des responsabilités au Liban. Il existe à Damas des acteurs qui soutiennent ce projet. Le fait que la brigade de Qamichli — ancienne FDS — ait été envoyée à Damas pour y être formée a même été relié à cette évolution sur des comptes locaux de réseaux sociaux. Or Al-Charaa s’oppose clairement à cette demande. Damas doit se concentrer sur sa propre stabilité.)
ISRAËL VA DEVENIR PLUS AGRESSIF
La guerre a créé une grave crise de confiance entre le Golfe et l’Iran. Cette relation doit être réparée. Si l’Iran poursuit ses politiques agressives passées avec la psychologie du
"j’ai tenu bon face aux États-Unis et à Israël"
, de nouvelles vagues apparaîtront, sur lesquelles Israël pourra surfer. Dans la situation actuelle, la guerre a coupé à la racine toute possibilité de rapprochement entre les pays du Golfe et Israël. Ces acteurs parlent davantage avec Türkiye. La Coordination régionale s’est renforcée. Mais, dans le même temps, les fissures au sein du Golfe se sont aussi approfondies. L’écart entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’est creusé.Le projet ferroviaire Arabie saoudite-Türkiye, que j’ai évoqué la semaine dernière sous le titre "Des menottes de fer à la coordination régionale" et qui, à long terme, contournera le détroit d’Ormuz, est le deuxième fruit concret de la guerre contre l’Iran. Les médias israéliens interprètent ce projet sous l’angle suivant :
"Israël a été exclu du projet régional."
Ils n’ont pas tout à fait tort. Des développements similaires sont aussi attendus dans le domaine de l’énergie. L’ouverture des ressources irakiennes, syriennes et du Golfe vers les marchés mondiaux via Türkiye, par exemple… Tout cela est possible et urgent.Israël observe de près tout ce qui se passe. Il pense être laissé hors-jeu alors que la région se reconfigure. Pour empêcher cela, il résistera au Liban et continuera de menacer la Syrie. Il pourrait également déclencher certaines crises. Le premier terrain est la Corne de l’Afrique. La visite en Israël du président régional du Somaliland, M. Abdullahi, précisément dans ce contexte, est remarquable — et honteuse. La
"tentative de soulèvement"
survenue récemment en Somalie n’est pas indépendante de ces développements. Le deuxième terrain de crise qu’Israël pourrait déclencher est la Méditerranée orientale. Vous savez déjà que la partie grecque de Chypre et la Grèce sont montées dans la barque de Netanyahu.
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