Le calendrier électoral de Trump, les calculs de guerre de Netanyahu

Kadir Üstün
Kadir ÜstünAuteur Nouvelle Aube
09:16, 04/11/2026, mercredi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Le calendrier électoral de Trump, les calculs de guerre de Netanyahu

Les informations selon lesquelles le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ferait pression sur Donald Trump pour qu'il lance une nouvelle opération militaire contre l'Iran immédiatement après les élections du 3 novembre mettent une nouvelle fois en évidence les divergences entre les priorités stratégiques des deux dirigeants et leurs calculs concernant les coûts politiques d'une telle décision.

Les responsables israéliens démentent l'existence de pressions exercées par Netanyahu.
Cependant, la volonté de Trump d'accorder davantage de temps à la diplomatie montre que les deux dirigeants ne font pas les mêmes calculs.

Netanyahu avait auparavant affirmé qu'il n'entreprendrait aucune action militaire avant les élections américaines, afin de ne pas mettre Trump dans une position difficile.

Mais affaibli par les résultats des élections israéliennes, il cherche désormais à agir rapidement pour renforcer sa position dans les négociations visant à former une coalition.

Il apparaît clairement que Netanyahu ne renoncera pas à sa volonté de poursuivre la guerre tant qu'un changement de régime n'aura pas été obtenu en Iran. Dans le même temps, les pressions liées aux enquêtes pour corruption qui le visent et aux résultats électoraux s'intensifient.

Trump, de son côté, sait que, quels que soient les résultats des élections de mi-mandat, une opération militaire ne lui apporterait guère de bénéfices politiques face à une opinion publique américaine opposée à la guerre.

L'ampleur du fossé qui sépare les calculs de Trump et de Netanyahu pourrait déterminer le sort de la guerre ou de la paix.

Dans cette équation, les pressions exercées par Israël sur Washington pour obtenir une opération militaire reviennent à insister sur la poursuite d'une guerre dont le peuple américain ne veut pas.

Cela signifie que Netanyahu n'hésite pas à mettre en péril les relations avec les États-Unis pour préserver sa carrière politique et défendre ses choix idéologiques.

La position de Netanyahu s'affaiblit


Lors des élections du 27 octobre, le bloc de droite dirigé par Netanyahu a remporté 53 des 120 sièges de la Knesset, sans atteindre la majorité nécessaire pour former seul un gouvernement.

L'opposition conduite par Gadi Eisenkot n'a obtenu que 48 sièges et ne dispose donc pas non plus des moyens de gouverner seule.

Cette situation laisse présager que les prochains mois seront dominés par les négociations en vue de former une coalition ou un gouvernement d'union nationale.

Eisenkot pourrait écarter Netanyahu en formant une coalition avec le bloc arabe, qui s'est distingué en remportant 19 sièges.

Cependant, ses déclarations particulièrement dures à l'égard des Arabes rendent cette possibilité relativement peu probable.

Dans l'hypothèse de la formation d'un gouvernement d'union nationale, Eisenkot pourrait également refuser que Netanyahu conserve le poste de Premier ministre.

Ces différents scénarios montrent que Netanyahu disposera d'options limitées lors des négociations de coalition et qu'il pourrait préférer surmonter cette difficulté en revenant à une logique de guerre aux côtés des États-Unis.

Une nouvelle opération militaire placerait la sécurité nationale au centre de l'agenda politique et pourrait contraindre l'opposition à participer à un gouvernement d'union nationale.

L'argument selon lequel une période de guerre exige un leadership fort pourrait également permettre à Netanyahu de rester Premier ministre, au moins temporairement.

Bien entendu, ce scénario pourrait aussi renforcer l'accusation selon laquelle Netanyahu aurait choisi la guerre pour se maintenir au pouvoir.

Le coût du conflit pourrait alors lui faire perdre encore davantage de terrain politique.

La guerre pourrait donc entraîner des risques pour sa position, mais aussi lui offrir de nouvelles opportunités politiques.

Alors qu'il cherche à élargir ses options sur la scène intérieure, Netanyahu ne considère pas, sur le plan stratégique, que le maintien au pouvoir d'un régime iranien affaibli soit suffisant.

Il affirme que l'Iran reconstruira ses capacités nucléaires et balistiques et défend l'idée qu'un changement de régime constitue la seule solution définitive.

Netanyahu redoute que Trump conclue avec l'Iran un accord prévoyant un allègement ou une levée des sanctions en échange de la réouverture du détroit d'Ormuz.

Il craint que Trump se contente d'une victoire limitée et renonce ainsi aux objectifs plus ambitieux d'Israël.

Le résultat des élections, qui ne lui permet pas de former seul un gouvernement, et la priorité actuellement accordée par Washington à la diplomatie rendent l'option militaire encore plus urgente aux yeux de Netanyahu.

Mais Trump fait un calcul différent.


Pourquoi Trump veut-il attendre ?


Trump sait que l'idée de lancer au plus vite une nouvelle attaque contre l'Iran pour éliminer totalement la menace nucléaire, comme le souhaite Netanyahu, n'est pas particulièrement réaliste.

Selon certaines analyses, les installations nucléaires situées sous le site appelé "mont Pickaxe" ne pourraient pas être détruites, même avec les bombes conventionnelles les plus puissantes de l'arsenal américain. Seule l'utilisation d'une arme nucléaire tactique permettrait de les éliminer.

On ignore si les renseignements faisant état d'une reprise des activités nucléaires dans ces installations relèvent de la propagande de Netanyahu, tout comme on ignore la nature réelle de ces installations.

Il est également évident qu'une opération contre ce site éloignerait encore davantage le régime iranien de la voie diplomatique.

Le régime, qui a jusqu'à présent réussi à survivre, a démontré sa capacité à menacer la sécurité énergétique mondiale.

Cela laisse penser qu'une nouvelle opération, même si elle contraignait Téhéran à davantage de concessions, ne produirait pas nécessairement de résultat politique clair.

Trump doit pressentir qu'un retour à la guerre l'obligerait à faire face à des conséquences imprévisibles et incontrôlables, comme cela s'est produit avec la crise du détroit d'Ormuz.

Il n'est pas difficile d'imaginer que les représailles iraniennes contre les bases américaines et les alliés des États-Unis dans la région seraient particulièrement lourdes et que la hausse des prix du pétrole pourrait devenir incontrôlable.

On sait également que les pressions inflationnistes sur l'économie américaine augmenteraient et que la guerre risquerait de s'étendre à l'ensemble de la région.

Reprendre la guerre contre l'Iran, alors que celle-ci devrait lui coûter un soutien électoral considérable lors du scrutin du 3 novembre, ne ferait qu'alourdir le prix politique d'un conflit déjà impopulaire.

Le fait que Trump envoie des signaux annonçant une attaque majeure tout en laissant du temps aux initiatives diplomatiques menées par l'intermédiaire du Qatar et d'autres médiateurs montre qu'il tient compte de ces risques.

La principale différence entre Trump et Netanyahu réside dans le fait que le président américain souhaite mettre fin à la guerre d'une manière ou d'une autre, tandis que le dirigeant israélien privilégie la poursuite des hostilités jusqu'à la chute du régime iranien.

Plutôt que ce scénario, qui ne semble guère réaliste, Trump préférerait un accord prévoyant la réouverture du détroit d'Ormuz et comprenant des dispositions présentées comme des concessions sur la question nucléaire.

Il se distingue ainsi de Netanyahu, qui considère la poursuite de la guerre comme l'option la plus solide.

Il ne serait toutefois pas réaliste de s'attendre à ce que cette divergence provoque une rupture complète entre les deux dirigeants.

Trump estime en effet qu'il ne pourra obtenir le résultat souhaité qu'en maintenant l'option militaire sur la table.

S'il pense qu'une nouvelle opération peut renforcer sa position dans les négociations, il pourrait décider de la lancer.

Netanyahu considère la guerre comme une condition de sa survie politique et comme le seul moyen d'affaiblir l'Iran. Il continuera donc à exercer des pressions dans ce sens.

Trump, quant à lui, préfère sortir victorieux de la guerre dans laquelle il est engagé.

Ces différences de calcul entre les deux dirigeants détermineront non seulement le sort du conflit, mais aussi l'avenir des relations entre les États-Unis et Israël.

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