Pacte de la Mecque: le Parlement turc ratifie l'alliance avec Riyad et Islamabad
12:43, 06/11/2026, vendredi
Yeni Şafak

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Le parlement turc ratifie l'alliance avec Riyad et Islamabad, dans la nuit du 5 au 6 novembre 2026.Le Parlement turc a ratifié le pacte de la Mecque dans la nuit du 5 au 6 novembre 2026, par 279 voix contre 119. Signé le 7 août avec l'Arabie saoudite et le Pakistan, l'accord instaure une défense collective pour dix ans. Un second vote sera nécessaire pour tout déploiement de soldats turcs. L'opposition dénonce des obligations floues, tandis qu'Ankara parle d'un pacte purement défensif. Reste à voir ce qu'il changera pour la cause palestinienne.
Le Parlement turc a ratifié le pacte de la Mecque dans la nuit du 5 au 6 novembre 2026. Le texte a recueilli 279 voix pour et 119 contre. Au total, 398 députés sur 592 ont voté.
Cette décision referme un dossier ouvert le 7 août. Ce jour-là, le président Recep Tayyip Erdoğan, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ont signé l'accord. Désormais, Ankara peut appliquer cette alliance de défense à trois.
Pacte de la Mecque: un vote net à la Grande Assemblée nationale
L'AK Parti, le MHP et le CHP ont voté pour. En revanche, le Yeni Parti, le DEM, l'İYİ Parti et le groupe Yeni Yol ont voté contre. Selon Al-Monitor, le Yeni Parti est la deuxième force du Parlement.
Par ailleurs, 194 sièges sont restés sans vote. La coalition d'Erdoğan dispose de la majorité, et une majorité simple suffit pour ratifier un traité, rappelle le Hürriyet Daily News.
La procédure a duré 16 jours. Le gouvernement a transmis le texte au Parlement le 20 octobre. Ensuite, la commission des affaires étrangères l'a adopté le 27 octobre, après environ cinq heures de débat. Le CHP avait déjà voté pour à ce stade, selon Euronews Türkçe.
Enfin, la séance plénière a commencé le 4 novembre avec l'adoption du premier article. Les deux autres articles du projet de loi ont suivi, puis l'ensemble a été voté.
Ce que prévoit le pacte de la Mecque
L'accord compte 16 articles. Il repose sur une clause de défense collective : une attaque armée contre l'un des trois pays vaut attaque contre tous.
L'article 1 prévoit
"tous les moyens nécessaires"
pour écarter les menaces contre l'intégrité territoriale des signataires. L'article 2 impose une assistance immédiate à l'État attaqué. Toutefois, chaque pays choisit l'ampleur et la nature de son soutien après une évaluation des besoins. Reuters rapproche cette clause de l'article 5 de l'OTAN, rapporte Al Jazeera.Les articles 3 à 6 organisent la coopération pratique. Ils couvrent l'industrie de défense, le renseignement, le soutien logistique, l'entraînement conjoint et la lutte contre le terrorisme. De plus, un comité réunira les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des trois États.
D'autres pays pourront rejoindre l'alliance, avec l'accord des trois fondateurs. La Syrie étudie déjà cette possibilité, selon son ministre des Affaires étrangères, Asaad al-Chaibani, cité par le Times of Israël.
Une durée de dix ans et un secrétariat à Riyad
Le pacte court sur dix ans, d'après le texte soumis aux députés. Ensuite, chaque pays pourra se retirer. Par ailleurs, le secrétariat siégera en Arabie saoudite. Le secrétaire général, nommé pour trois ans à tour de rôle, sera pakistanais la première fois, selon Gazete Oksijen.
Des soldats turcs en Arabie saoudite ? Pas sans un second vote
Ratifier ne veut pas dire déployer. Pour envoyer des troupes à l'étranger, l'article 92 de la Constitution exige un vote séparé, explique le journaliste Murat Yetkin. Un député de la majorité a d'ailleurs dit à Reuters que le gouvernement soumettrait un mandat en ce sens, rapporte Middle East Eye.
Le contexte pèse lourd. Depuis début octobre, les Houthis du Yémen multiplient les attaques de missiles et de drones contre l'Arabie saoudite. Riyad a lancé une offensive le 4 octobre, selon Al-Monitor. Les trois pays ont ensuite convenu de préparer un déploiement rapide dans le royaume.
Ankara veut calmer les inquiétudes. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Levent Gümrükçü, décrit un pacte défensif qui ne vise aucun pays. Il ajoute que l'accord complète les obligations de la Türkiye envers l'OTAN, selon TRT World. De son côté, le ministre de la Défense, Yaşar Güler, exclut toute entrée en guerre contre les Houthis.
Les critiques de l'opposition turque
Le Yeni Parti et le DEM redoutent un engrenage. Selon Al-Monitor, ils craignent que la Türkiye soit entraînée dans des conflits régionaux. Ils dénoncent aussi des obligations militaires floues et un contrôle parlementaire insuffisant.
L'opposition a également reproché au pouvoir d'avoir tenu des réunions d'application avant la ratification, indique l'Associated Press. Murat Yetkin juge pour sa part que les garde-fous du pacte sont plus faibles que ceux de l'OTAN.
Le CHP a voté pour, mais avec une réserve. Son député Mehmet Güzelmansur a demandé des règles claires, afin que l'accord n'entre pas en conflit avec les autres engagements internationaux du pays, rapporte Nukta.
Pacte de la Mecque et cause palestinienne: l'enjeu à suivre
Les articles détaillés publiquement ne désignent aucun adversaire. Pourtant, ce pacte naît dans une région où Gaza et la Palestine occupée (Cisjordanie) restent au centre de la colère des peuples.
Un bloc de sécurité entre trois États musulmans majeurs peut renforcer le poids de leurs positions. En effet, la Türkiye dispose de la deuxième armée de l'OTAN et le Pakistan de l'arme nucléaire. L'Arabie saoudite, elle, pèse lourd sur l'énergie et la finance.
Cependant, cette force doit servir le droit. Elle ne doit pas se limiter à régler des conflits régionaux. Le test sera concret : ces capitales transformeront-elles leur poids en pression réelle contre l'occupation et la colonisation ?
Le soutien affiché de l'Organisation de la coopération islamique va dans le bon sens. De même, le président du Parlement turc, Numan Kurtulmuş, a évoqué en septembre un pacte élargi au monde musulman, Iran compris. Reste à voir si cette ouverture se concrétisera.
Ce qu'il faut retenir
Le pacte de la Mecque est désormais ratifié par la Türkiye. Il engage Ankara, Riyad et Islamabad dans une défense collective pour dix ans.
Néanmoins, rien n'est encore joué sur le terrain. Un second vote devra autoriser tout envoi de soldats. Pour les Palestiniens comme pour les peuples de la région, l'essentiel viendra des actes qui suivront cette ratification.
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