VivaTech: la patronne de la start-up kényane Amini plaide pour une IA plus concrète
17:19, 12/06/2025, jeudi
AFP

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Kate Kallot, fondatrice d'Amini, utilise l'IA et les technologies spatiales pour construire la première infrastructure de données environnementales en Afrique, transformant les images satellites en outils pour les agriculteurs, les décideurs politiques et les entreprises soucieuses du climat.À contre-courant de la course à la superintelligence artificielle menée par les géants de la Silicon Valley, la start-up kényane Amini AI entend résoudre les problèmes concrets des pays émergents, a déclaré sa directrice générale Kate Kallot, en marge du salon VivaTech à Paris.
Diminuer le coût d’assurance des récoltes pour les agriculteurs africains grâce à la surveillance climatique ou avertir les producteurs laitiers au Maroc de la raréfaction des sources d’eau causée par le changement climatique : voici quelques exemples d’usages concrets exposés sur le site d’Amini.
Une IA ancrée dans les territoires
"Il y a une immense opportunité pour les économies émergentes de se tourner vers des innovations pratiques basées sur l’IA, plutôt que vers la recherche fondamentale, sur laquelle se concentrent les États-Unis et l’Europe"
, estime Kate Kallot.Avec 6 millions de dollars de financements et une équipe de 25 personnes, Amini construit l’infrastructure de données qui permettra aux entreprises du Sud global de développer leurs propres applications d’intelligence artificielle. La dirigeante ambitionne d’en faire
"le système d’exploitation du Sud global".
"Il reste beaucoup de travail à faire pour bâtir une infrastructure numérique permettant à ces pays de passer d’un système analogique à une économie numérique préparée pour l’IA"
, insiste-t-elle. Amini travaille déjà avec la Barbade, l’Inde, le Népal, le Cambodge, et a signé un protocole d’accord avec la Côte d’Ivoire.Opportunités locales et souveraineté numérique
De nombreuses grandes entreprises américaines du numérique sous-traitent dans des pays comme le Kenya ou les Philippines, exploitant une main-d’œuvre bon marché pour l’étiquetage de données, tâche essentielle au développement de l’IA.
"Ces régions sont remplies de talents numériques, jeunes, anglophones, diplômés en informatique, mais en manque d’opportunités"
, constate Kate Kallot. Pourtant, ces territoires sont encore perçus comme de simples consommateurs de technologies, non comme des centres d’innovation.L’Afrique, sous-équipée en data centers
Ce déficit d’opportunités se reflète aussi dans le traitement des données. Seulement 1 % des centres de données mondiaux sont situés en Afrique, alors que le continent représente près de 19 % de la population mondiale, selon Xalam Analytics (2024). Moins de 2 % des données africaines y sont traitées.
"Nous sommes encore dans un environnement très pauvre en données. Tant que cela n’est pas corrigé, nous ne pourrons pas adopter les systèmes développés par les géants du secteur"
, alerte-t-elle.Frugalité technologique et souveraineté
Face aux ambitions de Microsoft ou de Huawei, qui investissent massivement dans les infrastructures numériques du Sud, Kate Kallot appelle à des initiatives locales et mutualisées.
"Avant, bâtir une infrastructure pour votre pays signifiait construire une route ou un hôpital. Aujourd’hui, cela signifie construire un centre de données"
, affirme-t-elle.Elle met en garde contre les risques de dépendance technologique, qui pourraient entraîner un
"effacement de notre système de valeurs et de notre culture"
.Mais ce manque d’infrastructure peut aussi stimuler des innovations frugales, sobres en énergie.
"Les développeurs de ces régions créent des solutions brillantes avec peu de ressources. Il faut les soutenir et leur offrir une plateforme pour se déployer"
, conclut-elle.À lire également:

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