Paix Arménie-Azerbaïdjan: un an après, quel bilan ?
15:19, 11/08/2026, mardi
AA

Tobias SCHWARZAFP
Un an après le sommet de Washington, Arménie et Azerbaïdjan saluent leur accord de paix.Washington, Erevan et Bakou célèbrent le premier anniversaire de leur accord de paix signé à la Maison-Blanche. La déclaration commune met en avant le corridor TRIPP, la reprise du transit commercial et de nouveaux partenariats stratégiques américains. L'Arménie et l'Azerbaïdjan rejoignent aussi le "Board of Peace" consacré à Gaza, un mécanisme contesté côté palestinien. Le traité de paix définitif reste toutefois non ratifié et la Türkiye demeure incontournable.
Washington, Erevan et Bakou dressent un bilan élogieux de leur accord. Un an après le sommet de la Maison-Blanche, les trois capitales parlent d'un modèle pour le monde. Sur le terrain, les avancées existent. Mais elles restent fragiles et très largement pilotées par les intérêts américains.
Un an après le sommet de Washington, un bilan revendiqué
Les États-Unis, l'Arménie et l'Azerbaïdjan ont publié lundi une déclaration commune. Ce texte marque le premier anniversaire du sommet organisé par Donald Trump à la Maison-Blanche.
Selon les trois pays, la rencontre d'août 2025 a
"mis fin à des décennies de conflit"
. Elle aurait placé la région "sur la voie d'un avenir plus prospère".
"La vraie paix ne s'obtient jamais en un seul jour"
, précise toutefois la déclaration. Les signataires ajoutent que les démarches arménienne et azerbaïdjanaise constituent "un modèle pour le monde".
Par ailleurs, le texte souligne la stabilité maintenue le long de la frontière commune. Les deux voisins travaillent à la normalisation de leurs relations. Ils avancent aussi sur la délimitation frontalière et sur des mesures de confiance.
Le corridor TRIPP, colonne vertébrale du projet américain
Le principal chantier porte un nom explicite: la Route Trump pour la paix et la prospérité internationales, ou TRIPP. Il s'agit d'un corridor de transit multimodal traversant l'Arménie.
Cette voie doit relier l'Azerbaïdjan aux routes commerciales régionales et internationales. Les trois pays soutiennent en outre la construction d'une ligne de transport d'électricité le long du tracé.
Le corridor s'inscrit dans un ensemble plus vaste: le Corridor du Milieu. Cet axe relie l'Asie centrale au Caucase du Sud, puis à l'Europe via la Türkiye.
Washington a d'ailleurs accordé 201 millions de dollars au Fond Transcaspien. Ce financement vise à attirer l'investissement privé sur cette route stratégique.
C'est pourquoi de nombreux observateurs y voient autant un projet géopolitique qu'économique. En effet, ce corridor réduit la dépendance des flux eurasiatiques à la Russie et à l'Iran.
Des échanges commerciaux relancés entre Bakou et Erevan
La déclaration met aussi en avant des résultats concrets. Bakou a levé les restrictions de transit visant l'Arménie.
Grâce à cette décision, 60 000 tonnes de marchandises ont transité par l'Azerbaïdjan en un an. L'Azerbaïdjan a par ailleurs fourni à l'Arménie 20 000 tonnes de produits pétroliers.
Les opérateurs télécoms des deux pays ont également signé un accord. Celui-ci doit diversifier la connectivité internet régionale et renforcer les infrastructures de télécommunications.
Washington élargit son influence dans le Caucase du Sud
Les États-Unis ne se contentent pas d'un rôle de médiateur. Ils multiplient les accords bilatéraux avec les deux capitales.
Ces textes couvrent des partenariats stratégiques et la sécurité énergétique. Ils portent aussi sur les infrastructures frontalières.
D'autres volets concernent l'intelligence artificielle et l'innovation dans les semi-conducteurs. Les minerais critiques figurent enfin au menu.
Ces secteurs sont au cœur de la compétition entre Washington et Pékin. De plus, ils confèrent aux États-Unis un ancrage durable dans une région longtemps dominée par Moscou.
Les trois pays réaffirment par ailleurs leur soutien à "la souveraineté, l'intégrité territoriale et la juridiction" de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan dans leurs frontières internationalement reconnues.
Gaza: l'entrée d'Erevan et de Bakou au "Board of Peace" interroge
Un point du texte dépasse largement le Caucase. L'Arménie et l'Azerbaïdjan ont rejoint le "Board of Peace", sur invitation américaine.
Cette coalition internationale se présente comme un instrument de paix et de reconstruction à Gaza. Elle regroupe des dirigeants venus de plusieurs continents.
Cependant, ce mécanisme suscite de fortes réserves du côté palestinien. En effet, de nombreuses voix y voient une tutelle internationale imposée à Gaza, sans souveraineté palestinienne réelle.
La reconstruction ne saurait remplacer le droit à l'autodétermination. Or la déclaration commune reste silencieuse sur l'avenir politique du peuple palestinien. Elle ne mentionne ni la fin de l'occupation, ni la situation en Palestine occupée (Cisjordanie).
Le rôle discret mais central de la Türkiye
La Türkiye n'apparaît pas parmi les signataires. Pourtant, aucun de ces projets n'aboutira sans Ankara.
Le corridor TRIPP débouche en effet vers l'ouest, sur le territoire turc. La frontière turco-arménienne, fermée depuis 1993, constitue donc un verrou déterminant.
Ankara a soutenu la démarche de normalisation dès le départ. La Türkiye reste ainsi le partenaire indispensable de tout désenclavement régional durable.
Un traité de paix complet n'est toujours pas ratifié. La délimitation de la frontière avance lentement, secteur par secteur.
Enfin, Aliyev et Pashinyan ont conjointement proposé Donald Trump pour le prix Nobel de la paix.
"Promesses faites, promesses tenues"
, conclut le président américain, cité dans la déclaration.En revanche, sur le terrain, la paix se mesurera à d'autres critères. La réouverture effective des routes, la ratification du traité et le sort des déplacés diront si ce "modèle" tient ses promesses.
A lire également:

Actualités Turquie
Erdogan et Zelensky discutent des relations bilatérales et des dossiers régionaux et internationaux

Actualités Turquie
Erdogan et Pashinyan discutent des pourparlers de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan

International
Erdogan: "Prendre sans délai les mesures nécessaires pour que les Nations Unies redeviennent l'espoir de l'humanité"
Titres : accord de paixpaix arménie-azerbaïdjanazerbaïdjanarménietürkiyesécurité énergétiqueankaracaucase du sudinfrastructures régionalesboard of peacegazanormalisation des relationswashingtonerevanbakoutransit commercialmaison-blanchealiyevdonald trumppashinyanerdogancorridor trippcorridor du milieurelations bilatérales


