Libye : la Türkiye déjoue les plans de l'UE, de la Grèce et d'Israël en Méditerranée
09:30, 22/10/2026, jeudi
Yeni Şafak

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Saddam Hafter, Hakan Fidan, Halife Hafter et İbrahim Kalın, Abdulhamid Dibeybe.La Chambre des représentants libyenne a approuvé, le 20 octobre 2026, l'accord de délimitation maritime signé avec la Türkiye en 2019, malgré les objections de l'Union européenne, de la Grèce et d'Israël.
Après plusieurs années d'opposition, les autorités de l'est libyen ont finalement donné leur feu vert au texte, à l'issue d'une série de démarches diplomatiques menées par Ankara auprès de Tripoli et de Benghazi.La Türkiye a remporté une importante victoire diplomatique en Libye dans le dossier des frontières maritimes en Méditerranée orientale. Signé le 27 novembre 2019 avec le gouvernement libyen d'union nationale de l'époque, l'accord définissant les zones de juridiction maritime des deux pays a été approuvé, près de sept ans plus tard, par la Chambre des représentants siégeant à Benghazi, dans l'est de la Libye.
Le Parlement libyen a adopté le texte à l'unanimité et annulé ses précédentes décisions de 2020 rejetant les accords conclus avec Ankara. Ce revirement intervient après plusieurs années de contestation de la part d'Athènes et de ses partenaires régionaux, alors que la Türkiye a multiplié les contacts diplomatiques avec les responsables politiques et militaires des deux parties du pays.
La Grèce et l'Union européenne ont tenté de bloquer l'accord maritime
À l'initiative d'Athènes, le mémorandum maritime entre la Türkiye et la Libye avait été inscrit à l'ordre du jour du sommet des dirigeants de l'Union européenne du 26 juin 2025. Dans leurs conclusions, les responsables européens avaient estimé que cet accord portait atteinte aux droits souverains d'États tiers et ne pouvait produire d'effets juridiques à leur égard.
Ankara avait réagi dès le lendemain, accusant la Grèce et l'administration chypriote grecque de chercher à imposer leurs revendications à l'Union européenne. La diplomatie turque avait réaffirmé que le mémorandum était conforme au droit international.
Après cette initiative européenne, le ministre grec des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, s'était rendu à Benghazi le 6 juillet 2025 pour rencontrer Khalifa Haftar et plusieurs membres de sa famille occupant des fonctions officielles. Le 15 juillet, il avait également tenu des entretiens avec le Premier ministre libyen Abdelhamid Dbeibah et d'autres hauts responsables.
À l'issue de ces discussions, le chef de la diplomatie grecque avait annoncé la volonté des deux parties de relancer les négociations sur la délimitation de leurs frontières maritimes.
Les contacts d'Athènes avec l'entourage de Khalifa Haftar s'étaient ensuite intensifiés. Le 8 septembre 2025, Belgacem Haftar, président du Fonds libyen pour le développement et la reconstruction, avait rencontré à Athènes le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis et Giorgos Gerapetritis.
Le quotidien grec Kathimerini avait rapporté, à la suite de ces échanges, que les responsables de l'est libyen avaient donné des assurances selon lesquelles l'accord maritime entre la Türkiye et la Libye ne serait pas ratifié.
En octobre 2025, Khaled Haftar s'était à son tour rendu en Grèce pour discuter de coopération militaire et sécuritaire avec le ministre de la Défense Nikos Dendias et le chef d'état-major des forces armées grecques, Dimitrios Choupis.
En décembre de la même année, le président du Parlement grec, Nikitas Kaklamanis, avait demandé à Aguila Saleh, alors président de la Chambre des représentants libyenne, l'annulation de l'accord maritime conclu avec Ankara.
Ces démarches n'ont toutefois pas empêché le retournement de position du Parlement de Benghazi, qui a finalement approuvé le mémorandum le 20 octobre 2026.
Israël renforce ses alliances tandis qu'Ankara intensifie sa diplomatie
Israël avait parallèlement consolidé sa coopération avec la Grèce et l'administration chypriote grecque en Méditerranée orientale.
Le 22 décembre 2025, Benjamin Netanyahu, Kyriakos Mitsotakis et Nikos Christodoulides s'étaient réunis à Jérusalem lors d'un sommet trilatéral consacré notamment au renforcement de la coopération en matière de défense, de sécurité des routes maritimes et de protection des infrastructures critiques.
Cette coordination s'était poursuivie sur le terrain militaire. Du 15 au 17 juin 2026, le commandant de la marine grecque, Dimitrios-Eleftherios Kataras, avait effectué une visite en Israël, où il avait rencontré son homologue Eyal Harel.
En septembre 2026, Saddam Haftar, fils de Khalifa Haftar, aurait également rencontré secrètement Benjamin Netanyahu à Abou Dhabi. D'après les informations rapportées, les responsables israéliens auraient exprimé leur opposition à l'accord maritime entre la Türkiye et la Libye, considéré comme une menace pour le projet EastMed, destiné à transporter du gaz naturel depuis la Méditerranée orientale vers l'Europe. Ils auraient également exercé des pressions pour que les autorités de l'est libyen maintiennent leur opposition à Ankara.
De son côté, la Türkiye a poursuivi ses démarches auprès des différents centres de pouvoir libyens.
Lors de sa visite en Libye les 11 et 12 août 2026, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, avait rencontré les responsables du gouvernement de Tripoli avant de se rendre à Benghazi pour s'entretenir avec Khalifa Haftar, Saddam Haftar, Aguila Saleh et Belgacem Haftar.
Le 20 octobre, jour de l'approbation du mémorandum, le directeur de l'Organisation nationale du renseignement turc (MIT), Ibrahim Kalın, a rencontré Abdelhamid Dbeibah à Tripoli. Les discussions ont porté sur l'unité et la sécurité de la Libye. Il a également transmis les remerciements d'Ankara aux responsables libyens ayant contribué à l'adoption de l'accord.
Cette diplomatie menée simultanément auprès de Tripoli et de Benghazi a accompagné le rapprochement entre Ankara et les autorités de l'est libyen, jusqu'alors opposées au mémorandum maritime.
La décision du Parlement libyen marque ainsi un changement majeur par rapport à sa position de 2020, lorsqu'il avait rejeté les accords signés avec la Türkiye et appelé à la rupture des relations politiques avec Ankara.
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