Nouvelle-Calédonie : début de négociations très attendues sur « l'avenir institutionnel »

17:54, 26/02/2025, mercredi
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Nouvelle-Calédonie : début de négociations très attendues sur « l'avenir institutionnel »
DELPHINE MAYEURAFP
Le ministre français de l'Outre-mer, Manuel Valls, visite la brigade de gendarmerie de Saint-Michel, dans la commune du Mont-Dore, en Nouvelle-Calédonie, le 23 février 2025.

Les négociations sur "l'avenir institutionnel" de la Nouvelle-Calédonie ont débuté mercredi à Nouméa, sous l'égide du ministre français des Outre-mer, Manuel Valls.

L'ensemble des forces politiques locales, qu'elles soient indépendantistes ou non-indépendantistes, ont répondu à l'invitation, selon la presse française, marquant une reprise officielle du dialogue après les émeutes meurtrières de 2024.


Par voie d'un communiqué, le ministère des Outre-mer a indiqué que cette nouvelle phase de discussions vise à
"instaurer un dialogue sincère et apaisé"
, dans un territoire où les tensions demeurent vives.
Pour la première fois depuis longtemps, les principales formations politiques de l'archipel se sont réunies autour d'une même table au sein du haut-commissariat à Nouméa.

Après une séance plénière dans la matinée, les discussions se sont poursuivies en réunions bilatérales l'après-midi, avant une nouvelle rencontre en soirée. Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), principale coalition indépendantiste, qui avait suspendu le dialogue avec l'État après l'échec des discussions à l'Élysée en 2023, a confirmé sa participation la veille.


À l'issue de cette première journée, le député non-indépendantiste Nicolas Metzdorf, cité par la presse française, a évoqué des discussions
"bien passées"
et un climat constructif. D'autres participants ont également décrit un
"début de négociations serein"
, même si les positions restent profondément divergentes.

Un dialogue relancé après des mois de tensions


Les discussions interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Depuis l'échec du troisième référendum d'autodétermination en 2021, le processus politique calédonien est dans l'impasse. La tentative de l'Exécutif français de modifier le corps électoral, en mai 2024, avait entraîné de violentes émeutes, faisant 14 morts et causant plus de deux milliards d'euros de dégâts.


Les négociations actuelles portent sur trois axes définis par Manuel Valls : le lien avec la France, qui inclut la question de l'autodétermination et de la décolonisation, la gouvernance locale et la répartition des compétences, et enfin l'élaboration d'un
"nouveau contrat social"
axé sur la jeunesse.

Outre le FLNKS, plusieurs formations participent aux discussions : l'Union nationale pour l'indépendance (UNI), récemment dissociée du FLNKS, ainsi que le Rassemblement et les Loyalistes, regroupant les principales figures non-indépendantistes. Calédonie ensemble (CE) et l'Éveil océanien (EO), positionnés sur une ligne plus modérée, sont également présents.

Le ministère des Outre-mer a précisé que Manuel Valls a élargi les consultations en conviant
"l'ensemble des maires du territoire pour un échange approfondi, afin de nourrir les discussions en cours"
. Selon le communiqué, le ministre a insisté sur un point central :
"sans compromis politique, pas d'avenir économique ; sans dialogue, pas de paix durable"
.

Une négociation marquée par l'emprisonnement de Christian Tein


Si cette relance du dialogue est perçue comme un signal positif, l'issue des discussions reste incertaine. Le FLNKS réclame un accord aboutissant à l'indépendance d'ici septembre 2025, tandis que les loyalistes exigent le respect des trois référendums ayant confirmé le maintien de l'archipel dans la République française.


L'emprisonnement de Christian Tein, leader du FLNKS, en métropole, constitue un élément majeur du contexte politique actuel. Accusé d'avoir joué un rôle dans les violences de 2024, il est en détention provisoire depuis plusieurs mois. Sa nomination à la tête du FLNKS, malgré son incarcération, a été perçue comme un acte symbolique fort par ses partisans, mais une provocation par les loyalistes, qui y voient la preuve d'une radicalisation du mouvement indépendantiste.


L'ombre de l'accord de Nouméa, signé en 1998, plane sur ces négociations. Pour les indépendantistes, ce processus de décolonisation doit se poursuivre jusqu'à l'accession à la souveraineté. À l'inverse, les loyalistes estiment que l'accord n'a pas permis de
"construire un peuple calédonien"
et plaident pour une refonte des institutions locales.

L'un des points les plus sensibles reste le gel du corps électoral, établi pour préserver l'équilibre entre les différentes communautés calédoniennes. Ce verrou, dénoncé par les loyalistes qui réclament son élargissement, a été à l'origine des violences de 2024 et demeure un sujet de crispation majeur.


Dans ce contexte incertain, Manuel Valls a annoncé qu'il prolongeait son séjour en Nouvelle-Calédonie d'une journée supplémentaire, jusqu'à samedi, afin de
"donner toutes les chances à la discussion"
.

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