Avec un nouveau président, un protocole d’accord avec l’Éthiopie, et l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ce territoire de 175.000 km², situé sur la mer Rouge, espère progresser dans son objectif de devenir le 194e État de la planète.
Abdirahman Mohamed Abdullahi, surnommé "Irro"
, a été élu sixième président du Somaliland, selon des résultats proclamés mardi. Ancien ambassadeur en URSS dans les années 1980, il promet une approche diplomatique plus modérée pour sortir son pays de l'isolement politique et économique. Accords stratégiques en suspens
Le président sortant, Muse Bihi, avait signé en janvier un protocole d’accord avec l’Éthiopie, offrant 20 kilomètres de côtes en location à Addis-Abeba en échange d’une reconnaissance formelle. Cependant, ce texte, jamais rendu public, a suscité une vive controverse.
La Somalie, qui considère le Somaliland comme faisant partie intégrante de son territoire, a dénoncé une violation de sa souveraineté, provoquant une escalade diplomatique et militaire avec l’Éthiopie.
Le candidat Irro, avant son élection, déclarait: "Nous sommes ouverts à toute coopération avec l'Éthiopie, mais nous n'avons pas vu ce protocole.
" Omar Mahmood, analyste à l’International Crisis Group, estime que le nouveau gouvernement adoptera une approche plus prudente pour évaluer cet accord. Une opportunité américaine
L’arrivée de Donald Trump à la présidence américaine alimente également les espoirs. Si Trump n’a jamais évoqué le Somaliland, sa reconnaissance figure dans le "Projet 2025"
, feuille de route élaborée par la Heritage Foundation. Ce think tank conservateur voit dans le Somaliland un atout stratégique face à l’influence croissante de la Chine dans la région. Situé à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, ce territoire constitue une alternative à Djibouti, où Pékin a établi sa seule base militaire à l’étranger.
Le Somaliland entretient par ailleurs des relations privilégiées avec Taïwan et bénéficie du soutien des Émirats arabes unis, qui gèrent le port de Berbera via la société DP World.
Défis intérieurs
Malgré ces atouts, des défis subsistent. Depuis août 2023, une partie du territoire est tombée aux mains d’une milice pro-Mogadiscio après des combats violents. Pour Guleid Ahmed Jama, analyste politique, "régler les problèmes intérieurs renforcera le standing international du Somaliland"
. "La reconnaissance est un processus, ce n’est pas un travail ponctuel"
, ajoute-t-il. Omar Mahmood abonde dans ce sens: "Le statu quo ne perdurera pas. Ce qui est incertain, c’est jusqu’où ce changement ira."
Alors que la communauté internationale reste prudente, le Somaliland continue de bâtir son argumentaire pour devenir un État reconnu sur la scène mondiale.
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