Des voix palestiniennes se font entendre à Sundance
11:18, 28/01/2025, mardi
AFP

CINDY ORD / GETTY IMAGES NORTH AMERICAGETTY IMAGES VIA AFP
La scénariste et réalisatrice américaine d’origine jordano-palestinienne, Cherien Dabis assiste à l'avant première de "All That's Left of You" lors du festival Sundance, au Eccles Center Theatre, à Park City, Utah, le 25 janvier 2025."C'est très, très dur de faire un film en général, mais c'est particulièrement dur de faire un film palestinien": au festival de Sundance, la réalisatrice Cherien Dabis a présenté "All That's Left Of You", fresque historique sur une famille expulsée de ses terres en 1948.
Ce long-métrage, qui est l'un des deux films palestiniens au programme cette année du prestigieux festival américain du cinéma indépendant, suit trois générations d'une même famille forcée de quitter sa ville de Jaffa à la création de l'Etat d'Israël pour s'établir en Cisjordanie occupée.
La réalisatrice américano-palestienne, qui interprète dans son film le rôle d'une mère confrontée à un choix impossible après la blessure de son fils durant la première Intifada en 1988 explique que:
C'est compliqué de trouver des financements pour monter ces films... Je crois que les gens ont pu avoir peur de raconter cette histoire.
Avec un budget compris entre cinq et huit millions de dollars, "All That's Left Of You" est un rare exemple de film touchant à la question palestinienne qui fasse l'objet d'un lancement de premier plan dans le monde occidental.
Dans le film de Cherien Dabis, plusieurs scènes sont basées sur des expériences réellement vécues par sa propre famille, donnant à cette oeuvre à la large focale un ton également intimiste. Comme lorsqu'un père est humilié par un soldat israélien sous les yeux de son enfant, ce qui créera un gouffre entre le fils et son père que le temps ne comblera jamais.
"J'ai vu mon père humilié à la frontière ou aux check-points",
explique Mme Dabis, qui venait fréquemment en Cisjordanie occupée quand elle était enfant. "Prendre peur"
Dabis assure que son film, très personnel par nature mais très sensible de par son sujet, ne se veut pas une oeuvre politique, même si elle comprend qu'il puisse donner cette impression.
"On ne peut pas raconter nos histoires sans avoir à répondre à des questions d'ordre politique",
dit-elle à l'AFP. Mais on devrait pouvoir faire part de nos expériences et raconter nos histoires personnelles et familiales sans avoir à répondre à des attaques.
"Alors on finit souvent par prendre peur, parfois avant même d'avoir raconté l'histoire".
La réalisatrice était en Cisjordanie occupée pour tourner quand le mouvement de résistance palestinien Hamas a lancé son offensive contre les israéliens le 7 octobre 2023.
"Nous avons dû partir, c'était triste de devoir laisser derrière nous l'équipe (de tournage) palestinienne",
dit-elle. "Tout le monde était tellement impatient de travailler sur ce film historique qui nous paraissait être un moment important."
Les scènes devant se dérouler sur sa terre d'origine ont finalement été tournées en Jordanie, à Chypre et en Grèce.
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