Brésil : Lula réélu pour un quatrième mandat historique
07:31, 26/10/2026, lundiM: Mise à jour: 08:24, 26/10/2026, lundi
AFP

Miguel SCHINCARIOLAFP
Le président brésilien et candidat à sa réélection sous la bannière du Parti des travailleurs (PT), Luiz Inácio Lula da Silva (à gauche), salue ses partisans après avoir remporté le second tour de l'élection présidentielle à São Paulo, au Brésil, le 25 octobre 2026.Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a été réélu dimanche avec 51,76 % des voix, décrochant un quatrième mandat inédit à près de 81 ans, selon des résultats quasi complets qui consacrent un retournement de situation historique.
Un come-back historique
Le président sortant a récolté 51,76 % des suffrages contre 48,24 % au sénateur conservateur Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien chef de l'État d'extrême droite Jair Bolsonaro. Selon des données officielles, il s'agit de la première fois depuis la fin de la dictature militaire en 1985 qu'un candidat parvient à renverser ainsi la vapeur au second tour, après avoir été devancé au premier. Cette performance intervient alors que le vétéran de la gauche brésilienne approche ses 81 ans et cumulera seize années au pouvoir d'ici 2030, un record pour un président démocratiquement élu.
Dans les rues de Rio de Janeiro et sur l'avenue Paulista de Sao Paulo, des foules de sympathisants ont célébré l'annonce des résultats par des feux d'artifice et des cris de joie.
"Je suis très émue. C'est une victoire historique pour le président Lula. Le peuple s'est mobilisé, s'est uni"
, a déclaré à l'AFP Mariana Andrade, avocate de 33 ans suivant le dépouillement sur un écran géant dans le centre-ville de Rio. Par ailleurs, Paulo Nascimento, commerçant de 41 ans à Brasilia, a affirmé : "C'est surréaliste, c'est encore plus fort que le foot. Mon équipe a perdu cette semaine, mais là c'est incomparable, c'est notre vie, tout le monde uni pour une cause".
Tensions lors du scrutin
La journée électorale a été marquée par une controverse majeure lorsque la Cour suprême a ordonné une prolongation de deux heures du vote, sur recours de l'équipe de Lula. Le président sortant a dénoncé
"une chose abominable"
, affirmant que des électeurs ont été "empêchés de voter"
par des restrictions de transport dans plusieurs villes. Selon ses déclarations, des bus ont été retirés de la circulation à Sao Paulo, dirigée par un maire de droite, ainsi qu'à Salvador de Bahia, située dans son fief du nord-est du pays.Défis d'un quatrième mandat
Toutefois, le quatrième mandat du chef de l'État s'annonce particulièrement contraint après le raz-de-marée conservateur observé lors des élections législatives il y a trois semaines. Cette configuration parlementaire réduira considérablement sa capacité à faire adopter des réformes structurelles, malgré les mesures sociales coûteuses déployées en fin de campagne.
En outre, Lula a notamment revalorisé la Bolsa Familia, programme phare destiné aux familles les plus démunies, afin de mobiliser son électorat traditionnel.
Cette réélection représente également le couronnement d'une trajectoire personnelle hors du commun pour l'ancien gamin pauvre du Pernambouc. Après avoir purgé 580 jours de prison à la suite d'une condamnation pour corruption finalement annulée pour vices de procédure, l'icône de la gauche latino-américaine a conjuré l'usure du temps et une lassitude prononcée à l'égard de son Parti des travailleurs, associé par beaucoup aux scandales des années 2000.
Souveraineté et ingérence numérique
Durant sa campagne, le leader du Parti des travailleurs a placé la défense de la souveraineté nationale au cœur de son discours, accusant son rival de vouloir
"gouverner avec le drapeau américain"
. Face aux pressions commerciales et diplomatiques des États-Unis, il a appelé les électeurs à "choisir un pays où le drapeau est respecté"
, selon ses propres termes après avoir voté. De plus, Donald Trump s'est gardé de tout soutien explicite au candidat conservateur, se contentant d'indiquer dimanche : "On observe".
Par ailleurs, l'équipe de campagne de Lula a vigoureusement accusé Meta, maison mère de Facebook et Instagram,
d'"ingérence"
électorale et de favoritisme envers Flavio Bolsonaro sur ses plateformes. Le géant technologique américain a réfuté tout parti pris politique tout en reconnaissant des "problèmes techniques"
ayant pénalisé la campagne de la gauche, selon des sources concordantes. Cette victoire maintient ainsi le Brésil
comme l'un des derniers bastions progressistes en Amérique latine, tandis que l'Argentine, le Chili et la Colombie ont récemment basculé à droite sous l'influence de l'administration américaine.A lire également :

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