Violences en France: à chacun son coupable, sauf le gouvernement
11:08, 20/10/2026, mardi
Yeni Şafak

Jim WATSON AFP
Le président américain Donald Trump a établi un lien entre les violences en France et la politique migratoire du pays, appelant les autorités françaises à fermer immédiatement les frontières.
Après un week-end de violences, Donald Trump accuse les migrants, Emmanuel Macron la gauche radicale et le gouvernement La France insoumise. Des partisans de Benjamin Netanyahu citent le Hamas, des plateaux télé Vladimir Poutine et les Frères musulmans. Pourtant, le mouvement est né de lycéens qui dénoncent le manque de professeurs, Parcoursup, des salles sans ventilateurs ni chauffage fiable et la vie chère. Un tour d'horizon ironique des boucs émissaires, faits à l'appui.
Donald Trump accuse les migrants. Emmanuel Macron désigne la gauche radicale. Le gouvernement vise La France insoumise (LFI), pendant que d'autres citent le Hamas, Vladimir Poutine ou les Frères musulmans. Pourtant, tout a commencé par des lycéens qui réclament des professeurs, des ventilateurs et des classes moins chargées.
Trump lie la crise à l'immigration
Lundi, Donald Trump a relié les
violences en France
à la politique migratoire du pays. Sur son réseau Truth Social, il a écrit que "les migrants ont pris le contrôle de la France"
. Selon lui, les autorités doivent "fermer les frontières, vite".
Devant la presse à la Maison-Blanche, le président américain a durci le ton. Il dit avoir averti Emmanuel Macron d'une
"grave erreur"
sur l'immigration. Paris, affirme-t-il, deviendra "une ville musulmane très bientôt"
. Cependant, il ne fournit aucun chiffre pour appuyer cette prédiction.Ces propos prolongent ceux de dimanche. Donald Trump estimait alors que l'immigration avait
"dévasté ce pays autrefois formidable"
. Selon la presse israélienne
, il a aussi jugé que la crise ne concernait pas l'école. Il y voit "l'islam"
qui veut "prendre le contrôle" du pays.Ce que réclament vraiment les lycéens
Le mouvement a démarré le 21 septembre 2026. Des lycéens bloquent leurs établissements pour obtenir plus de moyens. Ils dénoncent des classes de 30 à 35 élèves, des professeurs non remplacés et des bâtiments délabrés. Les élèves critiquent aussi Parcoursup, la plateforme d'accès aux études supérieures.
Ce malaise se vérifie dans les chiffres. En 2025, un lycée comptait en moyenne 30 élèves par classe, contre 27 en 2010. À Marseille, une lycéenne déplore l'ouverture d'une classe défense alors que l'argent manque pour des ventilateurs.
"On crève de chaud"
, dit-elle.À Lyon, l'assemblée interlycéenne
évoque aussi
les difficultés de chauffage en hiver. Par ailleurs, la contestation s'est élargie: enseignants et pompiers ont fait grève. Ensuite, des gilets jaunes ont appelé à manifester samedi 17 octobre contre la vie chère. Ces revendications n'ont rien d'une invasion venue de l'étranger.Violences en France: un week-end sous tension
Les violences se sont intensifiées durant le week-end. Plusieurs bâtiments ont brûlé, dont l'hôtel de ville historique de Limoges. Selon le ministère de l'Intérieur, près de 1 000 membres des forces de l'ordre ont été blessés.
De plus, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé plus de 2 330 gardes à vue. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé aux préfets d'instaurer des couvre-feux limités et localisés. Ainsi, il espère prévenir de nouvelles émeutes et de nouveaux pillages.
Dimanche soir, Emmanuel Macron a condamné une
"violence débridée"
. Il l'impute à des "éléments insurrectionnels issus de groupes de la gauche radicale"
, rejoints par de nombreux délinquants. En revanche, il distingue ces auteurs des manifestants aux revendications légitimes.Les cortèges dénoncent aussi la violence des forces de l'ordre. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l'usage d'un œil lors d'un blocage, rapporte l'AFP. Un autre, âgé de 14 ans, a eu la mâchoire cassée par un tir de grenade lacrymogène à Saint-Ouen-l'Aumône.
Une liste de coupables par procuration qui s'allonge
Depuis le début de la crise, chacun cherche un responsable. La liste grandit chaque jour. Elle a un point commun : elle épargne le pouvoir en place.
Le Hamas, argument universel des partisans de Netanyahu
Chez les partisans de Benjamin Netanyahu, certains y voient déjà la main du Hamas. Le réflexe est connu. En mai 2025, le Premier ministre israélien avait accusé Emmanuel Macron de se ranger du côté du Hamas. Le président français critiquait alors la politique israélienne à Gaza.
Trois mois plus tard, il écrivait à Emmanuel Macron qu'une campagne de violence visait les Juifs d'Europe. Selon lui, des
"extrémistes pro-Hamas"
la menaient. L'Élysée avait alors jugé cette analyse "erronée"
et "abjecte"
. Cette fois, nous n'avons trouvé aucun élément qui relie le Hamas au mouvement lycéen.Poutine et les Frères musulmans sur les plateaux télé
Sur plusieurs chaînes d'information françaises, des plateaux ont désigné Vladimir Poutine et les Frères musulmans. Une révolte lycéenne deviendrait ainsi une manœuvre de Moscou ou d'une confrérie islamiste. À ce stade, nous n'avons trouvé aucun élément public qui étaye ces thèses.
Ce procédé n'est pas neuf. Le Parlement européen a d'ailleurs adopté le 8 octobre une résolution sur
"l'entrisme islamiste"
, que Nouvelle Aube a analysée. De plus, le débat français désigne régulièrement les Frères musulmans dès qu'une crise éclate.LFI dans le viseur du gouvernement
Quant au pouvoir, il vise La France insoumise. Le 6 octobre,
Sébastien Lecornu
l'a accusée devant les députés de "souffler sur les braises"
de la révolte. Il lui reproche aussi de vouloir "bordéliser"
le pays.Le 15 octobre, il a dénoncé un
"mouvement de violences urbaines"
. Selon lui, certains partis veulent transformer la fatigue du pays en "carburant électoral"
. L'exécutif accuse LFI
d'"instrumentaliser"
le mouvement.Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, juge de son côté que les lycéens sont
pris
par des groupuscules ultra-violents. En revanche, le communiste Fabien Roussel rejette ces accusations
. Il demande que chacun réponde de ses actes: jeunes, policiers et commissaires.Le Hamas, LFI et Poutine responsables de la faillite scolaire en France ?
Les accusations des uns et des autres sont dénuées de bon sens.
Est-ce le Hamas qui n'installe pas de chauffage dans les salles de classe ? Non. À Lyon, les lycéens réclament un plan d'adaptation des bâtiments, contre le froid en hiver et la chaleur en été.
Est-ce Vladimir Poutine qui ne remplace pas les professeurs absents ? Non. Les élèves signalent des enseignants manquants, parfois en français en classe de première.
Est-ce les Frères musulmans qui ont mis en place Parcoursup ? Non. Cette plateforme date de 2018, sous la présidence d'Emmanuel Macron.
Est-ce à cause de LFI que la vie est chère ? Non plus. LFI siège dans l'opposition et ne gouverne pas le pays.
Répondre aux lycéens plutôt que chercher des boucs émissaires
Le procédé est limpide. Chaque camp désigne un adversaire commode, à Washington, à Paris ou à Tel-Aviv. Pendant ce temps, les questions des lycéens restent sans réponse.
Pourtant, Sébastien Lecornu a laissé
jusqu'à la fin octobre
à ses ministres pour proposer des mesures. Les organisations lycéennes préparent déjà la suite, avec une mobilisation dès le 2 novembre
et une journée syndicale le 5 novembre. Le gouvernement dispose donc de quelques jours pour répondre à des revendications simples. Il peut aussi continuer à chercher des coupables.A lire également:

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