Libye-Türkiye : accord sur les ZEE méditerranéennes
11:13, 25/10/2026, dimancheM: Mise à jour: 11:15, 25/10/2026, dimanche
AFP

L.EAFP
Exercice militaire de la marine turque.Le parlement de Benghazi a adopté mardi un accord maritime avec Ankara redéfinissant les zones économiques exclusives en Méditerranée orientale, permettant à la Türkiye de consolider sa présence stratégique dans la région, selon des sources concordantes.
Validation parlementaire à Benghazi
Le parlement libyen basé à Benghazi a adopté mardi un accord maritime avec Ankara qui redéfinit les zones économiques exclusives (ZEE) en Méditerranée orientale, selon des sources concordantes. Ce texte, d'une portée géostratégique majeure, permet un partage des eaux particulièrement riches en hydrocarbures entre la Türkiye et la Libye, mais empiète directement sur des zones revendiquées par Athènes, Nicosie et Le Caire.
Un revirement diplomatique majeur
La Libye demeure profondément divisée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, avec Abdelhamid Dbeibah reconnu par l'ONU à Tripoli tandis que le maréchal Khalifa Haftar et son clan contrôlent l'Est du pays. En 2019, Ankara était intervenu militairement aux côtés du gouvernement de Tripoli en déployant des conseillers, des blindés et des drones TB2, alors que les forces de Haftar bénéficiaient du soutien de l'Égypte, des Émirats arabes unis et de la Russie. Sept ans plus tard, la Türkiye a opéré une reconciliation complète avec les autorités de l'Est, consolidant ainsi sa présence sur l'échiquier libyen.
"C'est une grande réussite diplomatique pour Ankara, qui parvient à officialiser de bonnes relations avec les deux parties libyennes", a souligné à l'AFP Dorothée Schmid, de l'Institut français des relations internationales (IFRI). Par ailleurs, le chef des services de renseignement turcs (MIT), Ibrahim Kalin, se trouvait à Tripoli au moment précis où le texte était validé par le parlement de Benghazi, selon la télévision turque TRTHaber.
Les calculs du clan Haftar
Saddam Haftar, fils et héritier politique du maréchal, a fait ratifier ce traité après six ans de refus pour démontrer à Ankara "qu'il pouvait être un partenaire fiable qui tient ses engagements", a relevé pour l'AFP Claudia Gazzini, de l'International Crisis Group. Ce vote intervient également alors que Washington et l'ONU poussent activement à la réunification de l'État libyen, dans un contexte où le clan Haftar vise des postes-clés dans une éventuelle structure gouvernementale unifiée, comme l'a souligné le professeur de relations internationales Khaled al-Montasser.
Satisfaire Ankara représente un moyen de "sécuriser une opportunité compte tenu de l'influence de la Türkiye sur Tripoli", a-t-il précisé. "Haftar comprend que son avenir dépend dans une large mesure de la Türkiye, et qu'il doit faire des concessions tangibles pour prendre le contrôle de l'ensemble du pays".
Enjeux énergétiques et condamnations
L'enjeu énergétique est considérable depuis les découvertes de gaz naturel au large d'Israël et de Chypre en 2009, puis les champs de Zohr et Nour en Égypte en 2015. Ces gisements ont "mis fin au consensus tacite des Etats méditerranéens de ne pas prendre de ZEE dans leurs eaux maritimes", écrit Thierry Duchesne, de la Fondation pour la maîtrise des enjeux stratégiques (FMES) à Toulon. Chypre, Israël, l'Égypte, le Liban et la Türkiye revendiquent désormais des droits sur les mêmes eaux, créant des chevauchements complexes.
En juin 2025, la Turkish Petroleum Corporation (TPAO) et la National Oil Corporation (NOC) libyenne avaient déjà signé un mémorandum permettant des études géologiques et géophysiques, rappelle l'agence Anadolu. De plus, lors du premier appel d'offres libyen depuis dix-sept ans, la TPAO a obtenu un bloc onshore avec l'espagnol Repsol et un offshore avec Repsol ainsi que le hongrois MOL.
Toutefois, l'Union européenne, la Grèce, Israël et l'Égypte ont dénoncé l'accord comme une atteinte aux droits souverains d'États tiers et une violation du droit international. "La prochaine épreuve se jouera en mer, là où opèrent les navires de prospection, et déterminera si les projets de forage avanceront et si les liaisons énergétiques prévues pourront se concrétiser sous la pression", a estimé sur X Riccardo Gasco, analyste à l'Institut de recherche politique d'Istanbul (Istanpol). Par ailleurs, des projets d'infrastructures sous-marines, notamment des câbles, pourraient également pâtir de ces tensions persistantes, a évoqué Claudia Gazzini.
Ankara renforce son jeu régional
Dans ce contexte, Ankara exhorte depuis vendredi à la réunification de la Libye via la fusion des structures militaires rivales au sein d'une armée nationale unique. En outre, elle a invité exclusivement l'Égypte à la table des négociations pour une nouvelle délimitation des zones maritimes en Méditerranée orientale, isolant ainsi Athènes et Nicosie des discussions bilatérales.