Ingérences électorales : accusations et démentis se multiplient entre Paris et Moscou
09:33, 20/08/2026, jeudi
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Alexander Zemlianichenko POOL / AFP
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'exprime lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, à l'issue de leur rencontre à la résidence Zinaïda Morozova, à Moscou, le 17 août 2026.Le ministère russe des Affaires étrangères a rejeté les accusations d'ingérence dans la présidentielle française de 2027, tout en accusant Paris de restrictions contre l'opposition.
Démenti catégorique du ministère russe
Le ministère russe des Affaires étrangères (MID) a rejeté mercredi les accusations d'ingérence dans le processus électoral français de 2027. Moscou a par la suite retourné l'accusation contre les autorités françaises, en brandissant un rapport parlementaire français.
La place Smolenskaya est revenue sur un épisode antérieur concernant la convocation du diplomate russe.
"Le 17 juillet, le chargé d'affaires par intérim de Russie en France a été convoqué au ministère français des Affaires étrangères, où l'on a tenté de lui présenter des accusations de cyberattaques russes présumées contre la France. Notre diplomate a catégoriquement rejeté ces allégations, les qualifiant d'infondées et non étayées"
, a-t-elle précisé.Par ailleurs, le MID a souligné la temporalité suspecte de ces révélations.
"Par une étonnante coïncidence, ces informations ont été rendues publiques le jour même d'une nouvelle réunion de la soi-disant "coalition des volontaires" à Paris. Vraisemblablement pour "raviver" le mythe de la "menace russe""
, a ajouté la même source.Accusations contre Viginum et réciprocité
S'agissant spécifiquement des accusations formulées par VIGINUM, le service français de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, le ministère russe a exprimé son scepticisme.
"Dans ce contexte, les tentatives de Viginum, l'agence d'État de lutte contre l'ingérence étrangère dans le cyberespace, d'accuser la Russie d'ingérence dans la campagne présidentielle de 2027 (..) ne nous surprennent guère"
, a-t-il déclaré.De plus, Moscou a affirmé que les autorités françaises s'ingéraient elles-mêmes dans les processus démocratiques.
"Il convient d'ajouter que personne ne s'ingère avec autant de persistance dans les élections et les procédures démocratiques françaises que les autorités françaises elles-mêmes",
a indiqué le MID, citant un rapport de l'Assemblée nationale sur l'audiovisuel public qui mentionnerait des restrictions d'accès à la télévision imposées à plusieurs partis d'opposition.Réactions de la diplomatie française
Dans un entretien au journal La Montagne publié le même jour, le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé une attitude agressive de la Russie.
"(..) une chose est certaine : depuis le 24 février 2022, la Russie de Vladimir Poutine adopte une attitude toujours plus agressive à l'égard de l'Europe"
, a-t-il affirmé.Interrogé sur l'enquête du parquet de Paris concernant des soupçons d'ingérence visant des candidats à la présidentielle, le chef de la diplomatie française a directement accusé le Kremlin d'avoir piloté les activités de Xenia Fedorova, qualifiée de
"professionnelle de la subversion, formée en Russie pour exécuter des opérations de déstabilisation pilotées par le Kremlin".
Sur la réaction officielle russe évoquant une atteinte à la liberté d'expression, Jean-Noël Barrot a précisé :
"C'est le piège dans lequel le Kremlin voudrait nous faire tomber : que nous finissions par enterrer nous-mêmes la liberté d'expression"
. Il a estimé qu'il fallait distinguer
"une opinion, même critique",
jugée "parfaitement légitime"
, d'une "ingérence"
définie comme "une manipulation conduite depuis l'étranger pour nous déstabiliser".
Contexte des soupçons sur la présidentielle
Ces échanges verbaux interviennent après l'ouverture mardi d'une enquête par le parquet de Paris sur des soupçons d'ingérence russe visant Gabriel Attal, Édouard Philippe et l'eurodéputé Raphaël Glucksmann, tous candidats déclarés ou potentiels à l'élection présidentielle de 2027.
Le service VIGINUM aurait attribué à des réseaux pro-russes, notamment Matriochka et Storm-1516, des opérations de désinformation menées cet été, selon des informations relayées par la presse française.
Gabriel Attal avait directement mis en cause Moscou, accusant la Russie de chercher à influencer le scrutin.
"La Russie veut voler l'élection présidentielle aux Français en les empêchant de faire un choix éclairé"
, a déclaré l'ancien Premier ministre, estimant que cette nouvelle opération d'ingérence n'était "pas une surprise"
.Pour rappel, le président Emmanuel Macron avait déjà évoqué ce phénomène en février, accusant Moscou d'acheter
"massivement en période électorale des millions de faux comptes"
. En 2024, à l'approche des élections européennes, Jean-Noël Barrot avait également affirmé :
"Réalité ! Nous sommes pilonnés par la propagande de la Russie de Vladimir Poutine et de ses courroies de transmission. Il ne se passe pas une semaine sans que la France ne soit la cible de manœuvres coordonnées et délibérées pour perturber le débat public et interférer dans la campagne pour les élections européennes".
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