Jeux mobiles gratuits : vos données voyagent en Chine, en Russie et en Israël
10:31, 30/09/2026, mercredi
Yeni Şafak

JOEL SAGET AFP
En France, 93% des jeux gratuits en ligne envoient les données des joueurs à Israël.Une étude de Proton, publiée le 29 septembre 2026, analyse les 100 jeux mobiles gratuits les plus téléchargés dans quatre pays. En France, 78 % des téléchargements envoient des données vers la Chine, 70 % vers la Russie et 93 % vers Israël. Un jeu compte en moyenne 29 traqueurs. Sept jeux suivent même la position des joueurs. Proton, qui vend un VPN, propose des gestes simples pour se protéger.
Votre jeu mobile gratuit n'est peut-être pas si gratuit. Une
étude de Proton
, publiée le 29 septembre 2026, passe au crible les jeux les plus téléchargés sur Android. Elle conclut que la plupart embarquent des dizaines de traqueurs.Ces petits outils collectent des données personnelles. Ils les transmettent ensuite à des sociétés publicitaires, parfois en Chine, en Russie ou en Israël. La France n'échappe pas au phénomène.
Une précision s'impose : Proton édite un VPN. L'entreprise a donc un intérêt commercial à alerter sur ce sujet. Nous présentons ses chiffres avec cette réserve.
Jeux mobiles gratuits: ce que révèle l'étude de Proton
Proton a analysé les 100 jeux gratuits les plus téléchargés sur Google Play. L'étude porte sur quatre pays : les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France. Ces jeux cumulent près de 20 milliards de téléchargements dans le monde.
Le résultat est net. Un jeu contient en moyenne 29 traqueurs, selon l'étude. Certains en comptent jusqu'à 36.
Un traqueur est un morceau de code glissé dans l'application. Il mesure l'usage, affiche des publicités ou construit un profil. Ainsi, il peut relever le modèle du téléphone, les habitudes de jeu, l'âge ou la position.
La plupart des applications ne détaillent pas ces collectes. C'est pourquoi le joueur ignore souvent ce qui quitte son téléphone.
Une méthode fondée sur Exodus Privacy
Proton s'est appuyé sur Exodus Privacy, une plateforme open source. Elle repère les signatures de code des traqueurs dans les applications Android. Les volumes de téléchargement viennent d'estimations d'AppTweak pour mai 2026.
L'entreprise a ciblé quatre zones. Elle a retenu la Russie et la Chine pour des raisons géopolitiques. Elle a ajouté les Five Eyes, l'alliance de renseignement des pays anglo-saxons, pour le nombre de consommateurs concernés. Israël complète la liste, en raison d'un secteur publicitaire très développé.
Notons une limite. L'étude ne couvre qu'Android. Elle mesure aussi la présence de traqueurs, pas le contenu exact des données transmises.
Les chiffres pour la France: un écosystème saturé de traqueurs
En mai 2026, les 100 jeux les plus populaires en France ont dépassé 4 millions de téléchargements. Voici la part concernée par chaque destination, selon Proton.
Pays des Five Eyes | 98 % |
Israël | 93 % |
Chine | 78 % |
Russie | 70 % |
Les quatre à la fois | 68 % |
Concrètement, 3,1 millions de téléchargements contenaient des traqueurs liés à la Chine. Pour la Russie, le chiffre atteint 2,8 millions. Plus de 330 000 téléchargements incluaient un traqueur de localisation.
Les trois jeux les plus téléchargés donnent le ton. Arrows Puzzle Escape compte 117 000 téléchargements en France et 30 traqueurs. Vita Mahjong en affiche 36. Subway Surfers en compte 32.
En revanche, certains titres se montrent plus sobres. Fortnite intègre 4 traqueurs, Brawl Stars 5 et Royal Kingdom 9. Ces trois jeux n'envoient pas de données vers la Chine ni vers la Russie, d'après l'étude.
Pourquoi Israël figure dans la liste
Le chiffre surprend : 93 % des téléchargements français envoient des données vers Israël. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, la part atteint 95 %. Proton l'explique par la maturité du secteur publicitaire israélien.
Cette donnée mérite pourtant une lecture politique. Israël a bâti un appareil de surveillance massif contre les Palestiniens. En 2023, Amnesty International a documenté à Hébron, en Palestine occupée (Cisjordanie), un système de reconnaissance faciale baptisé Red Wolf. Il scanne les visages aux points de contrôle, sans consentement.
Rien ne prouve un lien entre ces traqueurs publicitaires et l'appareil sécuritaire israélien. Cependant, la question reste légitime. Qui reçoit ces données, et pour en faire quoi ? Aucune transparence ne permet aujourd'hui d'y répondre.
La localisation, la donnée la plus sensible
La position GPS révèle bien plus qu'un simple lieu. Elle indique où vous dormez, où vous travaillez et quel médecin vous consultez. Elle montre aussi si vous fréquentez un lieu de culte ou une manifestation, y compris un rassemblement pour la Palestine.
Sur les 100 jeux les plus téléchargés au monde, sept suivent la position de l'utilisateur. Parmi eux figurent Pokémon GO, Chess Play and Learn Online, Arrows, Puzzle Escape et Jewel Coloring. Pokémon GO a une raison légitime de le faire. Un jeu de puzzle ou de coloriage n'en a aucune.
Le risque n'est pas théorique. Des agences fédérales américaines, dont le FBI, ont reconnu acheter des données de localisation à des courtiers commerciaux, rappelle Proton. Les critiques y voient un moyen de contourner le mandat judiciaire.
Des enfants exposés, un débat français en décalage
Ces jeux touchent aussi les enfants. Or le débat public français regarde ailleurs. En juillet 2026, le Parlement a voté l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le Conseil constitutionnel a censuré ce texte le 14 août 2026, selon la BBC citée par Proton.
Les juges ont invoqué la liberté d'expression et l'absence de garanties sur les données de vérification d'âge. Ainsi, la protection de la vie privée a pesé dans la décision. Pourtant, Subway Surfers ou Block Blast! envoient des données à des réseaux publicitaires étrangers, sans contrôle comparable, selon Proton.
Le risque du piratage s'ajoute au reste
Une donnée collectée peut aussi être volée. En novembre 2025, la plateforme d'analyse Mixpanel a signalé une fuite. Des attaquants ont dérobé des analyses historiques et des métadonnées identifiant des utilisateurs.
Selon Proton, Roblox envoie des données à Mixpanel. Le jeu dépasse le milliard de téléchargements dans le monde. Chaque traqueur supplémentaire élargit donc la surface d'attaque.
Que faire pour protéger vos données ?
Les auteurs jugent qu'aucun changement structurel n'arrivera de sitôt. Les boutiques d'applications ferment largement les yeux, et la réglementation reste lente. Le réflexe individuel compte donc. Voici quatre gestes simples :
-
Payer ses jeux:
un jeu payant n'a pas besoin de vivre de la publicité ciblée.-
Couper la localisation:
refusez l'accès à la position pour tout jeu qui n'en a pas besoin.-
Bloquer les requêtes publicitaires:
un bloqueur DNS empêche l'application de joindre les domaines de traqueurs. Proton vend son outil NetShield, mais d'autres solutions existent.-
Vérifier avant d'installer:
Exodus Privacy liste les traqueurs de chaque application Android.- Supprimez enfin les jeux que vous n'ouvrez plus.
Moins d'applications, c'est moins de fuites possibles.À retenir sur les jeux mobiles gratuits
La gratuité a un prix: vos données. En France, 68 % des téléchargements analysés envoient des informations à la fois vers la Chine, la Russie, Israël et les Five Eyes. Proton ne prouve pas l'usage final de ces données.
Toutefois, l'opacité du système suffit à justifier la vigilance. Chacun peut agir dès aujourd'hui, en commençant par la localisation.
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