Bangladesh : des surfeurs défient la précarité aux Jeux asiatiques
14:11, 05/07/2026, dimanche
AFP

FUMINORI OGANE / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUNAFP
Les médailles des Jeux asiatiques ont été dévoilées pour la première fois lors d'une cérémonie commémorative marquant les 100 jours avant l'ouverture des Jeux asiatiques, qui s'est tenue au Théâtre de Nô de Nagoya, dans la ville de Nagoya, préfecture d'Aichi, au Japon, le 11 juin 2026.Mohammad Mannan et Fatima Akhter représenteront le Bangladesh aux Jeux asiatiques au Japon en septembre, fer de lance d'une équipe qui tente d'exister malgré des moyens dérisoires et les préjugés dans ce pays musulman.
Qualification historique aux Jeux asiatiques
Selon les informations recueillies sur place, Mohammad Mannan, 25 ans, représentera le Bangladesh aux Jeux asiatiques au Japon en septembre prochain, devenant l'un des premiers surfeurs de l'histoire du pays à participer à cette échéance continentale. Le jeune homme, qui a déjà pris part aux championnats d'Asie en 2023, 2024 et 2025 sans remporter de médaille, conserve le souvenir d'une expérience qu'il qualifie d'extraordinaire et d'un grand moment de fierté personnelle. Par ailleurs, il sera accompagné de Fatima Akhter, une surfeuse de 16 ans également qualifiée pour la compétition, tandis que le club peine à trouver les financements nécessaires à une préparation adéquate.
Des infrastructures dérisoires face aux standards internationaux
Le
"Club de surf des filles et des garçons du Bangladesh"
, installé dans une simple baraque adossée aux pins sur la plage de Cox's Bazar, manque cruellement de moyens et dépend exclusivement des dons pour fonctionner. Selon Rashed Alam, fondateur de la structure, aucun sponsor ne finance actuellement les stages d'entraînement à l'étranger qui permettraient aux athlètes de se frotter à des vagues plus hautes et de meilleure qualité. De plus, les rouleaux locaux culminent à peine au mètre de hauteur, très loin des conditions hawaïennes ou indonésiennes, ce qui complique singulièrement la préparation des compétiteurs face à des adversaires disposant d'équipements professionnels.Pionnières contre les préjugés religieux
Rashed Alam a créé le premier club de surf du pays en 2013 après un séjour en Californie, décidé à ouvrir la pratique aux filles malgré les préventions d'une société musulmane conservatrice. Cette initiative s'est heurtée aux pressions familiales qui exigeaient des adolescentes qu'elles continuent à vendre des babioles sur la plage plutôt que de surfer.
"J'ai un rêve"
, confie Fatima Akhter avec un large sourire, "je veux laisser ma marque dans ce sport"
. Toutefois, la jeune fille doit faire face aux moqueries constantes de ceux qui estiment que la glisse devrait être réservée aux garçons et aux injonctions à se marier au détriment de sa passion.La relève trouve refuge au club
En outre, la structure accueille des enfants des rues comme Mehedi Hasan, 10 ans, abandonné par son père malade et sa mère remariée, qui gagne sa vie en chantant pour les touristes contre quelques takas. Le fondateur assure leur éducation et leur hébergement en échange de leur engagement dans la discipline.
"Je suis petit et parfois les vagues me passent au-dessus de la tête. Mais quand j'arrive à les dominer, c'est fantastique"
, témoigne le jeune garçon. Selon la même source, ces émotions constituent l'essence même de la mission du club et justifient les efforts déployés malgré l'absence de reconnaissance institutionnelle.Des origines fortuites à une ambition olympique
La discipline serait apparue en 2004 lorsque quatre touristes américains originaires d'Hawaï ont introduit le surf à Cox's Bazar, réputée pour posséder la plage ininterrompue la plus longue du monde avec ses 120 kilomètres de sable. D'autres étrangers ont suivi leur exemple en laissant leurs planches à des autochtones passionnés qui n'ont pas tardé à imiter leurs gestes. Ainsi, le mouvement est né de manière informelle avant que Rashed Alam, revenu de Californie où il était moniteur, ne structure la pratique dans le pays. Pour rappel, les premières pionnières ont aujourd'hui renoncé à la compétition, contraintes par les obligations familiales, mais d'autres filles ont pris le relais pour porter ces rêves olympiques jusqu'au Japon.
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