La Chine place ses pions dans la course à l'extraction minière sous-marine
12:17, 10/06/2025, mardi
AFP

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Pékin multiplie les accords et les avancées technologiques pour sécuriser sa place dans la conquête des ressources marines stratégiquesMême si elle n’a pas encore lancé l’extraction minière en haute mer, la Chine déploie méthodiquement sa stratégie à travers les océans, combinant ambitions économiques et objectifs géopolitiques dans un monde en quête de minerais critiques.
Dans les eaux nationales comme internationales, les fonds marins regorgent de cobalt, de nickel et de cuivre, indispensables à la transition énergétique, notamment pour les batteries des véhicules électriques. Et la Chine, selon Julia Xue de l’université Jiao Tong de Shanghai,
"est un pays qui a de gros besoins en énergie. Elle cherche des ressources partout"
, y compris dans les grands fonds océaniques.Elle n’est toutefois
"pas particulièrement anxieuse",
précise la chercheuse, bien que la dynamique actuelle "puisse mettre la pression sur les scientifiques chinois".
Le dépôt par l’entreprise canadienne The Metals Company (TMC) de la première demande de permis d’exploitation dans les eaux internationales a marqué un tournant. Cette démarche a été rendue possible grâce à la politique initiée par l’ex-président américain Donald Trump, qui avait ouvert la voie à l’exploitation minière en haute mer en contournant l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), organisme chargé de réguler cette activité et dont les États-Unis ne sont pas membres. TMC a invoqué la lenteur de l’AIFM à adopter un
"code minier
" clair.Cette initiative renforce la probabilité que TMC inaugure cette industrie controversée, dénoncée par de nombreuses ONG environnementales. Pourtant, selon un observateur anonyme des négociations à l’AIFM,
"les Chinois ne s’inquiètent pas particulièrement de savoir qui va miner en premier. Pour eux, il s’agit surtout de domination et de rester compétitifs".
Une stratégie géopolitique affirmée
"La Chine développe les technologies et sécurise des accords stratégiques"
, explique Alex Gilbert, chercheur à l’École des mines du Colorado. Pékin a par exemple signé un accord avec les îles Cook pour explorer leurs eaux territoriales et envisage un partenariat similaire avec Kiribati. Un positionnement jugé "plus géopolitique qu’économique"
, selon Emmanuel Hache de l’Institut français des relations internationales et stratégiques, qui estime que la Chine utilise le levier de l’extraction minière sous-marine pour élargir son influence diplomatique.Actuellement, plusieurs entreprises publiques chinoises (China Minmetals, China Ocean Mineral Resource R&D Association, Beijing Pioneer Hi-Tech Development Corporation) détiennent cinq des vingt-deux contrats d’exploration attribués par l’AIFM — la surface la plus étendue — couvrant les trois principaux types de ressources minérales (nodules polymétalliques, encroûtements cobaltifères et amas sulfurés) dans le Pacifique et l’océan Indien.
Une avance relative, mais un soutien étatique solide
"D’un point de vue technologique, nous faisons de plus en plus de progrès"
, affirme Chen Xuguang, chercheur à l’Université des océans de Chine. En juillet 2024, le prototype Pioneer II a réussi un test à plus de 4.000 mètres de profondeur, un record national. Beijing Pioneer prévoit un test de collecte de nodules polymétalliques pour le second semestre 2025.Mais la Chine accuse encore un retard technologique par rapport à TMC, estimé entre deux et cinq ans selon les experts. Elle dispose toutefois d’un avantage clé: ses entreprises bénéficient du soutien de l’État et du contrôle des infrastructures de transformation des métaux, contrairement à des acteurs privés occidentaux plus dépendants de partenaires étrangers.
Aujourd’hui, la Chine n’a pas un besoin immédiat de l’extraction sous-marine pour son approvisionnement, mais elle entend conserver cette option ouverte. Tant que Pékin n’estime pas être stratégiquement prêt, il ne fera pas pression pour accélérer l’adoption du code minier international. En insistant sur le rôle de l’AIFM et en accusant les États-Unis de contourner le droit international, la Chine
"se place du bon côté",
affirme Emmanuel Hache : "du côté du droit"
.À lire également:

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