La France fait un geste mémoriel inédit dans le dossier du massacre de tirailleurs au Sénégal

Six tirailleurs africains, exécutés avec des dizaines d'autres sur ordre d'officiers de l'armée française en 1944 à Thiaroye au Sénégal, viennent d'être reconnus "morts pour la France" à titre posthume, une décision mémorielle inédite dans ce dossier douloureux entre la France et ses anciennes colonies.
Signant son message comme chef du parti Pastef-Les Patriotes et non du gouvernement, Ousmane Sonko a déclaré sur les réseaux sociaux:
Ce n'est pas à elle de fixer unilatéralement le nombre d'Africains trahis et assassinés après avoir contribué à la sauver, ni le type et la portée de la reconnaissance et des réparations qu'ils méritent.
Selon le bilan dressé par les autorités françaises à l'époque, au moins 35 tirailleurs avaient trouvé la mort, sur place ou des suites de leurs blessures. Un chiffre qui reste encore sujet à controverse, des historiens l'estimant beaucoup plus élevé.
Le lieu d'inhumation des soldats tués, dans des tombes individuelles ou des fosses communes, à Thiaroye ou ailleurs, fait également débat.
Le traumatisme et le souvenir de ce massacre sont toujours vifs au Sénégal et sur le continent africain.
"Regarder l'histoire en face"
Rompant avec une pratique du déni, l'ancien président français François Hollande avait rendu officiellement hommage lors de son mandat à ces tirailleurs massacrés par l'armée coloniale à Thiaroye.
Le corps français des "Tirailleurs sénégalais" - créé sous le Second Empire (1852-1870) et dissous dans les années 1960 - rassemblait des militaires des anciennes colonies françaises d'Afrique, notamment des Sénégalais, des Soudanais (actuels Maliens), des Voltaïques (aujourd'hui Burkinabè), des Ivoiriens.
Cette reconnaissance française est une grande étape vers l'apaisement d'une mémoire qui ne peut qu'être partagée entre nos deux pays.
Les quelque 1.300 tirailleurs rassemblés au camp de Thiaroye - d'ex-prisonniers de guerre des Allemands qui avaient participé aux combats de 1940 - avaient embarqué en France début novembre 1944 pour être renvoyés en bateau à Dakar.
Après leur arrivée au camp plus de deux semaines plus tard, ils se révoltent contre le retard du paiement de leurs arriérés de soldes, plusieurs refusant de rentrer dans leurs pays et foyers sans être payés.
Les évènements de décembre 1944 ont inspiré un film, "Camp de Thiaroye", réalisé en 1988 par le célèbre cinéaste sénégalais Ousmane Sembène et son compatriote Thierno Faty Sow.
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