RDC : Kinshasa barre le fleuve Congo face à Ebola
17:00, 22/08/2026, samedi
AFP

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Kinshasa barre le fleuve Congo face à EbolaLes équipes sanitaires contrôlent rigoureusement les baleinières au port de Bende-Bende pour empêcher la propagation d'Ebola vers la capitale congolaise, alors que l'épidémie a déjà causé plus de 2 500 décès en trois mois dans l'est du pays, selon les autorités sanitaires.
Le verrou sanitaire de Bende-Bende
Mégaphone en main, Yves Matwa interpele les passagers des bateaux en bois qui remontent le fleuve Congo depuis les régions infectées du Nord et de l'Est. Le responsable de l'engagement communautaire au poste de Bende-Bende, situé dans la commune de Maluku à 70 kilomètres au nord-est de Kinshasa, passe en revue les consignes sanitaires avant toute autorisation de débarquement.
"Ils viennent des zones à risque où il y a la maladie alors quand ils arrivent ici, on doit faire le checking",
a-t-il précisé, ajoutant : "Je leur dis qu'ils doivent se préparer et que s'ils ne présentent aucun signe on pourra les libérer".
Sur le débarcadère, commerçants et familles attendent leur tour en file indienne tandis que trois baleinières chargées de marchandises, arrivées dans la nuit de Kisangani, subissent l'inspection sanitaire. Par ailleurs, les agents contrôlent la température de chaque passager et vérifient l'absence de symptômes de cette fièvre hémorragique dont le taux de mortalité avoisine 50%. Les coordonnées personnelles, l'adresse de départ et d'arrivée sont également enregistrées pour permettre le suivi épidémiologique en cas d'apparition tardive des symptômes.
"Le temps d'incubation est de deux à 21 jours, la personne peut présenter des symptômes plus tard à la maison, on pourra la retrouver",
a expliqué M. Matwa, portant un t-shirt floqué "Stop Ebola".
Selon l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), 30 cas suspects ont été testés négatifs à ce poste depuis sa mise en place début août.L'axe vital du fleuve et la menace sur la capitale
Le port de Bende-Bende constitue l'un des principaux points d'entrée vers la capitale de la République démocratique du Congo, vaste pays d'Afrique centrale de plus de 100 millions d'habitants frappé par la 17e épidémie d'Ebola de son histoire. Devenue en seulement trois mois la plus meurtrière, cette flambée a déjà causé plus de 2 500 décès, selon des données officielles. Toutefois, aucun cas n'a été déclaré jusqu'à présent dans la mégapole de près de 17 millions d'habitants.
Le fleuve Congo représente un axe vital pour la circulation humaine et les échanges commerciaux, drainant quotidiennement des milliers de voyageurs.
"La majorité des personnes n'ont pas assez de moyens pour prendre l'avion et passent par la voie fluviale, et leur destination finale, c'est Kinshasa",
a expliqué un médecin de la riposte, préférant garder l'anonymat. Il a averti : "Si un seul cas arrivait à Kinshasa, ça serait une catastrophe, les cas vont se multiplier".
Les équipes portant bottes et masques de protection doivent désinfecter chaque embarcation considérée à risque. En outre, la riposte sanitaire peine à suivre le rythme de l'épidémie déclarée le 15 mai avec plusieurs semaines de retard, selon des sources concordantes. "
On prend le temps d'inspecter minutieusement chaque bateau pour qu'aucun cas suspect ne nous échappe",
a insisté M. Matwa.Défiance et incertitudes thérapeutiques
La riposte se heurte à la défiance d'une partie des populations, dans un contexte de présence étatique fragile et de corruption répandue.
"C'est parfois difficile de les convaincre de descendre et de se faire dépister, certains ne croient pas à la maladie et pensent que nous l'avons inventée",
a regretté Cécile Kisangu, infirmière sur le terrain. Depuis les cales des baleinières, les passagers observent avec curiosité le ballet des équipes médicales sur la berge.Il n'existe à ce jour aucun vaccin ou traitement spécifique homologué contre la souche Bundibugyo à l'origine de cette épidémie. Toutefois, des essais cliniques sont en cours et 70 000 doses du vaccin Ervebo, homologué contre la souche Zaïre, ont été envoyées en RDC pour évaluer leur impact.
"J'ai entendu parler d'Ebola, ça tue rapidement, j'ai peur qu'il y ait des malades sur mon bateau",
a confié le capitaine d'une embarcation en provenance du Kasaï après une semaine de navigation sur le fleuve.Selon les données de l'OMS, le temps d'incubation du virus varie de deux à 21 jours. Le directeur général de l'organisation a souligné mardi que l'épidémie était "loin d'être maîtrisée".
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