RDC: Le ballet des armées étrangères

11:25, 24/05/2023, mercrediM: Mise à jour: 12:32, 24/05/2023, mercredi
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RDC: Le ballet des armées étrangères
Crédit Photo: Guerchom Ndebo / AFP

Depuis son indépendance le 30 Juin 1960, la République démocratique du Congo n’a eu de cesse d'accueillir des troupes militaires étrangères sur son sol.

Dans sa façade orientale, les armées du Kenya, du Burundi, de l’Ouganda et du Sud-Soudan ont été déployées à la demande de Kinshasa par la communauté des Etats d’Afrique de l’Est (EAC) pour faire face à la fourmilière des groupes armés.


La région en compte 252 locaux et 14 étrangers, selon une cartographie établie par le Programme de désarmement, démobilisation, réinsertion communautaire et stabilisation (P-DDRCS).


Le mouvement du 23 mars (M23) à l'origine des tensions depuis fin 2022 entre les autorités congolaises et le Rwanda en fait partie, mais n’est pas plus nocif que la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) et les Forces démocratiques allies (ADF) responsables de milliers de morts dans la région.


La région orientale est instable depuis plus de trois décennies. Elle s'étale du Nord-Est au Sud-Est et couvre onze provinces. Trois d’entre elles sont les plus instables de l’histoire : Le Nord-Kivu, l’Ituri et le Sud-Kivu.


L’omniprésente et indispensable MONUSCO


Avant le déploiement des troupes sous bannière de l’EAC, le pays comptait déjà sur son territoire l’armée ougandaise qui mène depuis deux ans des opérations militaires conjointes avec les forces armées de la RDC contre les ADF, mouvement terroriste d’origine ougandaise, affilié depuis 2019 à Daech. C’était sans compter les 19 armées et polices du monde qui composent la force de la mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), présentes sur le territoire depuis 24 ans pour
"imposer la paix"
.

Crée le 30 novembre 1999 afin d’élaborer des plans en vue de l’observation du cessez-le-feu de Lusaka signé en juillet 1999 entre la République démocratique du Congo et cinq États de la région (Angola, Namibie, Ouganda, Rwanda et Zimbabwe), du désengagement des forces, et de maintenir la liaison avec toutes les parties à l´accord, la MONUSCO (à l’époque MONUC) n’a plus quitté le pays. Ses mandats évoluent au gré des crises.


"En 2013, elle a imposé sa force contre la première résurgence du M23 au Nord de la ville très stratégique de Goma, mais la dernière décennie l’a exposée à des groupes utilisant des méthodes non conventionnelles, des terroristes et des conflits interethniques. C’est ce qui a poussé les autorités et la société civile à s’accorder sur son départ"
, analyse auprès de le presse, le professeur des sciences politiques de l’université de Kinshasa, Jeannot Kitenge. Les limites des Caques bleus ont poussé Kinshasa à faire intervenir d’autres forces.
"C’est dans ce cadre que des troupes de l’EAC ont été déployées"
, rappelle-t-il.

Les troupes est-africaines ont échoué, bienvenue à la SADC


Accueillies en grande pompe, les troupes de l’EAC ont établi leur quartier général à Goma avant de déployer des troupes dans des localités contrôlées par le M23.


"Le constat est amer. Les troupes de l’EAC ont échoué. Les nouvelles du front indiquent qu’une accalmie trompeuse s’observe à l’Est entre les FARDC
(forces armées congolaises, NDLR)
et le M23-RDF
(RDF : armée rwandaise, NDLR)
qui renforce ses positions. Les troupes de l’EAC coalisent et fraternisent avec les terroristes du M23. La force régionale se constitue en force tampon et ne veut pas combattre le M23 contrairement à son mandat offensif. Le M23 se pavane matin, midi, soit avec les soldats ougandais et kenyans de l’EAC et qui continuent de percevoir des prélèvements fiscaux dans le territoire de Rutshuru"
, a affirmé devant la presse, le 13 mai courant, Christophe Lutundula, le chef de la diplomatie congolaise.
"Ceux qui nous demandent de négocier avec le M23 veulent nous voir sombrer dans cette insécurité et cette agression pendant longtemps, c’est clair qu’ils en profitent. Je parle sans détour. C’est aussi clair que de l’eau dans un verre transparent. Sinon, nous n’aurions plus à parler du M23. Il n’est pas nécessaire de faire une démonstration particulière"
, a-t-il encore relevé.
La force de l’EAC pourrait être appelée à quitter la RDC d’ici le 30 Juin.
Kinshasa s’est tournée vers la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) qui a, à son tour a décidé, lundi 8 mai, d’envoyer des forces pour rétablir la paix et la sécurité dans l’Est.

L’Angola s’invite


Désignée médiatrice de la crise entre la RDC et le Rwanda, l’Angola s’était jusque-là tenue à l’écart du dispositif militaire dans la région. Elle avait réussi à faire adopter un cessez-le-feu entre la RDC et le M23.


Après l'échec du cessez-le-feu, l'Angola a fini par annoncer le 11 mars dernier qu'elle déploiera une unité de son armée dans l’Est de la République démocratique du Congo pour sécuriser les zones sous contrôle du M23 et protéger les membres du Mécanisme de vérification ad hoc (chargé d’examiner les accusations que se portent mutuellement la RDC et le Rwanda, NDLR). L’Unité devrait être composée de plus de 400 soldats.


"Les problèmes sécuritaires dépassent le seuil d’intervention des forces armées congolaises qui comptent moins de 200 000 soldats actifs, souvent sous-équipés. Sans doute, l’Etat comble son incapacité par des appuis extérieurs, des armées étrangères"
, affirme le professeur Jeannot Kitenge.

"Le plus inquiétant est que beaucoup parmi ces pays invités ont été impliqués dans les conflits, ont été acteurs du pillage des ressources"
, ajoute-t-il.

Début 2022, la Cour internationale de justice (CIJ), plus haute juridiction de l'ONU, avait fixé à 325 millions de dollars les réparations que l’Ouganda devrait verser à la RDC pour avoir envahi le Nord-Est congolais durant la Deuxième guerre du Congo (1998-2003). Cette somme est loin des 11 milliards de dollars que réclamaient les autorités congolaises.


L’enveloppe comprend 225 millions de dollars pour
"compenser"
les viols et les violences sexuelles
"systématiques et à grande échelle"
, l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans, les déplacements de population et la mort de 10 000 à 15 000 civils imputables à l’armée d’occupation ougandaise, selon la CIJ. Pour les destructions matérielles, la cour avait fixé les dommages à 40 millions de dollars et à 60 millions pour le pillage de l’or, du coltan, du diamant, du café, ainsi que pour l’exploitation forestière et les conséquences sur la faune et la flore.

"Nous sommes en train de nous demander à quel moment ces pays qui nous ont agressé dans le passé, ont payé pour leurs crimes et par quel mécanisme peuvent ils devenir nos messies aujourd’hui sachant qu’ils ont des intérêts croisés sur nos richesses"
, confie à Anadolu Mgr Sebastien Muyengo, évêque du diocèse catholique d’Uvira, dans l’Est.

L’opposition est particulièrement critique et qualifie ces interventions étrangères de sous- traitance sécuritaire du pays.


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