Journée de l’enfant africain : Les Bajenu Gox au cœur des actions pour les droits des enfants

Chaque 16 juin, l'Afrique commémore la Journée de l'enfant africain, instituée en mémoire du soulèvement des écoliers de Soweto, en Afrique du Sud, en 1976. Au-delà du devoir de mémoire, cette date constitue chaque année un moment de bilan et de mobilisation : acteurs humanitaires, institutions et organisations de protection de l'enfance rappellent les défis qui continuent de peser sur des millions d'enfants à travers le continent, qu'il s'agisse de l'accès aux soins, de la scolarisation ou de leur protection face aux violences et à l'exploitation.
Le soulèvement de Soweto, 16 juin 1976
Le 16 juin 1976, des milliers de collégiens et lycéens noirs descendent dans les rues de Soweto, township situé près de Johannesburg, pour protester contre les politiques éducatives du régime d'apartheid, et plus particulièrement contre l'imposition de l'afrikaans comme langue d'enseignement.
Cette contestation s'inscrivait dans un contexte marqué par de profondes inégalités structurelles. Instauré dès 1953, le système dit d'éducation bantoue organisait une séparation formelle entre les établissements destinés aux populations noires et ceux réservés aux Blancs.
Les écoles fréquentées par les élèves noirs souffraient d'un manque chronique d'infrastructures, d'une pénurie d'enseignants qualifiés et de moyens budgétaires nettement inférieurs à ceux alloués aux établissements de l'autre communauté. Depuis plusieurs années, élèves et parents dénonçaient des conditions d'apprentissage jugées discriminatoires.
La manifestation, organisée pacifiquement sous l'impulsion de mouvements étudiants et soutenue par le Mouvement de la conscience noire, a été dispersée par les forces de l'ordre au moyen de gaz lacrymogènes, avant que la police n'ouvre le feu sur les manifestants. Plusieurs élèves ont été tués, d'autres blessés.
Au cours des premières heures de la mobilisation, les forces de police ont ouvert le feu à balles réelles sur les manifestants. Parmi les premières victimes figure Hector Pieterson, âgé de 13 ans, dont l’image portée par un autre élève, aux côtés de sa sœur en état de choc, est devenue l’un des symboles les plus marquants de la lutte contre l’apartheid.
Au-delà des pertes humaines, les événements ont laissé des conséquences durables sur la société sud-africaine. Des centaines de personnes ont été blessées ou arrêtées, tandis que de nombreux jeunes ont quitté le pays pour rejoindre les mouvements de libération sud-africains en exil.
Des défis persistants pour les droits et le bien-être des enfants africains
Selon la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, de nombreux enfants sur le continent continuent de faire face à des défis majeurs liés à leur protection, leur santé et leur développement. Le texte met en évidence plusieurs problématiques persistantes, notamment les difficultés d'accès à l'éducation, les inégalités dans l'accès aux soins, la malnutrition et une mortalité infantile encore élevée dans certaines régions.
La charte attire également l'attention sur les risques liés à l'exploitation économique et au travail des enfants, aux abus et violences, ainsi qu'aux pratiques traditionnelles jugées préjudiciables, telles que les mariages précoces et les mutilations génitales féminines.
Les conflits armés, les déplacements forcés, la pauvreté et l'absence d'accès à certains services essentiels figurent aussi parmi les facteurs qui continuent d'affecter les conditions de vie des enfants africains. Le texte souligne enfin la nécessité de renforcer les mécanismes de protection afin de garantir les droits fondamentaux des enfants à travers le continent.
Droits de l’enfant en Afrique : entre progrès, participation des jeunes et ancrage culturel
Dans une interview accordée à Anadolu, Mame Fatou Gueye Cissé, militante des droits des filles, étudiante, scénariste et réalisatrice, a estimé que les défis auxquels sont confrontés les enfants africains varient selon les pays, tout en soulignant les progrès enregistrés ces dernières années dans le domaine de la protection de l’enfance.
L’activiste a également mis en avant les initiatives visant à renforcer la participation des jeunes dans les politiques publiques. Elle a évoqué la mise en place récente d’espaces d’expression destinés aux jeunes ainsi que les discussions en cours autour de la réactivation du Parlement des enfants.
Selon la militante, les associations et organisations telles que l’UNICEF ou Save the Children privilégient désormais une approche fondée sur la participation des jeunes aux décisions qui les concernent.
Revenant sur son implication dans le rapport complémentaire présenté à Addis-Abeba avec l’appui de l’UNICEF, elle a estimé que certaines initiatives avaient déjà produit des résultats concrets.
Mame Fatou Gueye Cissé a également souligné les résultats obtenus grâce à la coopération entre autorités et organisations locales, citant notamment la réduction des mutilations génitales féminines dans certaines zones frontalières.
Selon elle, ce programme s’appuie sur des femmes reconnues au sein des communautés, chargées d’assurer un rôle de médiation, de sensibilisation et d’accompagnement des familles sur les questions liées à la santé et aux droits de l’enfant.
Évoquant la situation des enfants touchés par les conflits armés, notamment en République démocratique du Congo, elle a plaidé pour une prise en charge globale intégrant un accompagnement psychologique.
Elle a également estimé que certaines traditions africaines pouvaient constituer un levier de protection des enfants lorsqu’elles sont adaptées aux réalités actuelles.
Pour Mame Fatou Gueye Cissé, la prise en compte des réalités sociales et culturelles reste essentielle dans les politiques de protection de l’enfance. Elle a salué les initiatives visant à réunir autorités publiques, leaders religieux, associations et jeunes autour d’un objectif commun : renforcer la protection des enfants tout en respectant les cadres juridiques existants.
Ancrage culturel et action communautaire : le modèle des Bajenu Gox au Sénégal
Le programme Bajenu Gox, lancé en 2009 sous la présidence d’Abdoulaye Wade, est devenu un pilier de la santé communautaire au Sénégal.
Il repose sur des femmes issues des communautés locales, inspirées du rôle traditionnel de la bajen dans la culture wolof, figure de médiation et de protection au sein des familles. Ce dispositif est profondément ancré dans les réalités sociales et culturelles africaines. Présentes dans les quartiers et villages, ces femmes jouent un rôle clé dans la sensibilisation et l’accompagnement des populations sur les questions de santé maternelle et infantile.
Le programme s’appuie sur une coopération étroite avec les institutions publiques, notamment le ministère de la Famille, ainsi que des ONG locales et internationales.
Il contribue à améliorer l’accès à l’information, à la prévention et à la prise en charge des problématiques liées aux femmes et aux enfants. Les Bajenu Gox jouent un rôle central dans la santé communautaire au Sénégal, en accompagnant les femmes dans le suivi des grossesses et la prévention des risques.
Ce modèle communautaire contribue ainsi à améliorer la prise en charge maternelle et infantile et à renforcer la prévention dans les zones urbaines comme rurales. En combinant ancrage culturel africain et action publique, le programme illustre une approche communautaire visant à renforcer durablement la protection et le bien-être des populations.
Dans la tradition familiale, la bajen est la sœur du père, figure centrale de la cellule familiale, tandis que le terme gox renvoie au terroir. Le programme étend ainsi ce rôle familial protecteur et structurant à l’échelle du terroir, en en faisant un levier d’action communautaire.
En 2023, le programme Bajenu Gox a pris une ampleur nationale confirmée par les autorités sénégalaises et les partenaires internationaux. Lors de la rencontre nationale du 12 juin 2023, le président Macky Sall a annoncé que le dispositif comptait 9 138 Bajenu Gox déployées sur l’ensemble du territoire. Ce chiffre a également été relayé par le Bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique dans un communiqué officiel.
Dans le même contexte, les autorités ont indiqué l’existence de 79 associations de Bajenu Gox, correspondant aux 79 districts sanitaires du pays, selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Lors du forum national consacré au programme, une subvention d’un million de francs CFA a été annoncée pour chacune de ces associations, afin de renforcer leurs activités au niveau communautaire.
Thème de l’année 2026
À travers cette thématique, l’Union africaine souligne l’importance de l’accès à l’eau et à l’assainissement comme levier essentiel de développement, de santé publique, de sécurité alimentaire, de résilience climatique et de transformation économique du continent.
L’organisation appelle ainsi les États africains à renforcer leurs investissements et leurs politiques en faveur d’une gestion durable des ressources en eau, en particulier pour garantir les droits et le bien-être des enfants.
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