Népal : 100 jours de l'énigme Balen Shah
11:18, 05/07/2026, dimancheM: Mise à jour: 11:20, 05/07/2026, dimanche
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SUBAAS SHRESTHA AFP
Le 100e jour du gouvernement BalendrashahCent jours après son arrivée au pouvoir, le Premier ministre népalais Balendra Shah intrigue par son silence médiatique et sa gouvernance par ordonnances, malgré ses réformes affichées.
Victoire écrasante d'un outsider
Peu d'analystes avaient anticipé la victoire écrasante de Balendra Shah aux élections législatives du 5 mars dernier. Ce rappeur de 36 ans, devenu maire de Katmandou en 2022, a su capter la colère de la Génération Z contre la corruption et le chômage qui avait déjà provoqué la chute du précédent gouvernement six mois plus tôt. Cette vague contestataire a littéralement balayé la classe politique traditionnelle qui se partageait le pouvoir depuis plusieurs décennies au Népal, ouvrant la voie à un outsider promettant une rupture totale avec les méthodes anciennes.
Dans ses rares prises de parole publiques avant son investiture,
"Balen"
Shah avait clairement affiché son intention d'agir vite et de réformer en profondeur l'appareil d'État. Dès le lendemain de sa prestation de serment, il a donné le ton en ordonnant l'arrestation de son prédécesseur KP Sharma Oli, interpellé par la police pour son rôle supposé dans la répression des manifestations des 8 et 9 septembre 2025, qui ont fait au moins 76 morts et plus de 2 600 blessés.Un rythme de réformes accéléré
Dans la semaine suivant son arrivée au pouvoir, son équipe a dévoilé un catalogue ambitieux de 100 engagements couvrant la gouvernance,
la lutte contre la corruption, l'économie, l'éducation et le système de santé.
Devant les cadres de son parti la semaine dernière, le Premier ministre a réaffirmé sa détermination sans faille : "Nous n'appuierons sur le frein que lorsque nous serons arrivés à destination". Par ailleurs, le gouvernement assure désormais que les deux tiers de ces réformes ont déjà été menées à bien, un rythme que justifie, selon l'exécutif, le recours fréquent aux ordonnances par souci d'efficacité, malgré la majorité écrasante dont dispose le chef de l'État à la Chambre.Toutefois, l'arrestation de M. Oli n'a pas débouché sur des poursuites judiciaires. Après dix jours de garde à vue, l'ancien chef de l'État, qui a toujours nié avoir ordonné à la police d'ouvrir le feu sur les émeutiers, a été remis en liberté sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui à ce jour. Le Premier ministre "a répondu aux exigences exprimées lors de la contestation", a observé Nimesh Shrestha, l'un des manifestants de septembre, avant d'ajouter : "Mais beaucoup reste à faire pour que justice soit rendue aux victimes".Discrétion et méthodes controversées
Plus que ses résultats, c'est le style de gouvernance de "Balen" Shah qui suscite l'interrogation. Hormis un clip de rap posté sur les réseaux sociaux à la veille de son investiture, le Premier ministre n'a prononcé aucun discours public ni accordé le moindre entretien aux médias durant ces trois mois. "En trois mois, nous en avons très peu appris sur l'homme que nous avons élu", a déploré le journaliste Pranaya Rana, ajoutant que cette fermeture communicationnelle jetait le doute sur les intentions réelles du pouvoir.
De plus, contrairement aux traditions diplomatiques, c'est le patron de son Parti national indépendant (RSP) ou son ministre des Affaires étrangères qui ont été dépêchés dans les capitales étrangères, Balendra Shah ayant promis de ne pas quitter son pays pendant un an pour se concentrer sur la situation intérieure. Cette discrétion s'accompagne de décisions contestées, notamment une réforme autorisant le Conseil constitutionnel à trancher à la majorité simple sur les nominations de magistrats, au risque de menacer leur indépendance, ainsi que l'intervention de bulldozers pour détruire les bidonvilles de la capitale, jugée brutale par de nombreuses ONG.
"C'est bien que le gouvernement veuille obtenir des résultats, mais si les réformes ne sont pas mises en place dans les règles, elles ne dureront pas"
, a mis en garde Yujan Rajbhandari, l'un des émeutiers de 2025. Selon l'analyste politique Anusha Khanal, du travail a certes été accompli mais selon des méthodes semble-t-il différentes, invitant à la vigilance désormais que la période de bienveillance initiale touche à sa fin.À lire également:

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