Ce cyclone, le plus dévastateur qu'ait connu depuis 90 ans l'archipel français situé dans l'océan Indien, a fait 39 morts et environ 2.500 blessés, selon un bilan provisoire.
Nombre d'agents publics venus de métropole ont choisi de prendre un avion vers l'île de La Réunion, à plus de 1.400 km.
"Mayotte c'est l'urgence, c'est notre priorité",
a affirmé le nouveau ministre des Outre-mer Manuel Valls mardi, citant "l'école et la rentrée scolaire au mois de janvier"
parmi ses priorités.Sophie, agente d'une collectivité de Mayotte, dit s'être sentie insultée par la communauté mahoraise parce qu'elle souhaitait quitter l'île.
"Je laisse un gros poids derrière moi",
murmure la trentenaire, qui requiert de témoigner sous un prénom d'emprunt par crainte de sanctions à son travail et qui s'apprête à atterrir à La Réunion. Avec le cyclone, j'ai tout perdu.
"Mon boulot, c'est tout ce qui me reste"
, justifie-t-elle.Sur l'écran de son téléphone, Sophie montre la terrasse de son appartement, désolidarisée de la façade de son immeuble. Son intérieur ravagé.
Sophie affirme avoir vécu durant le cyclone "les trois heures les plus angoissantes de (sa) vie",
alors que des débris s'écrasaient contre ses volets et que l'eau montait dans son appartement. Un traumatisme auquel se sont ajoutées ensuite les critiques de la communauté mahoraise face à l'évacuation des fonctionnaires ou apparentés, comme elle, après Chido.
"Fuyards"
Sophie montre un groupe de discussion sur WhatsApp qu'elle partage avec ses collègues, dans lequel l'un d'eux explique que ceux qui quitteront Mayotte, même temporairement, seront "virés".
Un autre collègue qualifie de "fuyards"
les fonctionnaires aspirant au départ. Le processus est encadré par l'Etat français, alors que l'aéroport est fermé depuis le cyclone aux vols commerciaux. Les candidats à l'évacuation doivent d'abord s'inscrire, puis être appelés, avant de quitter Mayotte, ce qui peut prendre des jours.
Les syndicats CFDT et FSU fonction publique, ont indiqué à l'AFP ne pas avoir connaissance d'un dispositif d'évacuation réservé aux 21.000 agents publics qui travaillent sur l'île, selon un chiffre de la Direction générale de l'administration de la fonction publique (DGAFP).
Certains ont pu bénéficier d'évacuations, mais "pour les mêmes motifs que ceux qui pourraient en bénéficier dans la population générale"
, a précisé Mylène Jacquot, de la CFDT. Également contactés, ni le ministère de la Fonction publique, ni Matignon n'ont donné suite aux demandes de l'AFP.
Avant même le déclenchement du dispositif, l'AFP avait toutefois rencontré des Mahorais qui y étaient opposés, arguant que c'est au pire d'une catastrophe que tous les bras et cerveaux disponibles sont les plus nécessaires.
Que les fonctionnaires restent à Mayotte, où l'on n'a jamais eu autant besoin d'eux.
"Ils partiront après !",
s'insurgeait jeudi la cadre hospitalière Zena Abdiladi Halidani, quelques minutes avant la visite du président français Emmanuel Macron à l'hôpital du chef-lieu Mamoudzou.Dans une vidéo devenue virale, une Mahoraise va beaucoup plus loin. Depuis l'aérodrome de Dzaoudzi, où elle demande d'abord comment faire évacuer sa grand-mère malade, elle finit par suggérer que les siens "n'ont pas la bonne couleur de peau"
pour que l'Etat les prenne en charge. "Les colons veulent partir. (...) Vous avez même pas honte. Vous profitez du soleil, des primes (liées à un emploi dans les départements et territoires d'Outre-mer, NDLR), bande de profiteurs que vous êtes!"
, poste-t-elle en légende de cette vidéo."J'entends des gens dire: 'vous fuyez, vous n'êtes là que pour l'argent",
commente Sophie, qui vit à Mayotte depuis cinq ans. "Mais moi j'ai investi ici. J'y ai acheté un appartement. Et je vais revenir"
en janvier, malgré un "clivage entre Mahorais et blancs"
qui prééxistait avant Chido, affirme-t-elle."Pas coupable"
Dans l'avion de Sophie voyageaient également des enseignants, alors que ce sont les vacances scolaires à Mayotte, où nombre d'écoles sont endommagées ou utilisées comme centres d'hébergement d'urgence. Et qu'il est difficile d'imaginer que la rentrée scolaire puisse s'y tenir bientôt.
"On n'avait plus d'eau courante, ni d’électricité. Est arrivé un moment où l’on était obligé de se laver"
à l'eau de source en bouteille, raconte une professeure, un nouveau-né dans les bras, depuis la salle d'embarquement de l'aéroport de Dzaoudzi. "J'ai demandé au rectorat à partir. Je protège juste ma fille".
"Au début on ne voulait pas quitter le navire en marche"
, explique Delphine Petit, qui vit depuis neuf ans à Mayotte.Mais avec des conditions sanitaires dégradées, une aide humanitaire encore absente dans le bourg de Tsingoni (centre) où elle enseignait, et son petit qui avait des démangeaisons et la diarrhée, "on était devenu des boulets sur ce navire".
Chez elle vivront jusqu'à son retour des habitants d'un bidonville voisin, indique Delphine Petit, ajoutant avoir "donné toutes (ses) fringues"
aux victimes de Chido et aidé à réparer le toit de son école. "J'ai fait ma part"
, assure-t-elle. "Je ne me sens pas coupable de partir".
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