Islamophobie en Europe: "Face aux lieux de haine, construisons des lieux de solidarité"
15:36, 21/09/2026, lundi
Yeni Şafak

CCIECCIE
A l'occasion de la journée européenne de lutte contre l'islamophobie, le CCIE a lancé la plateforme Equitas.À l'occasion de la Journée européenne contre l'islamophobie, Kamel Ridwan, responsable des relations avec le réseau Equitas, détaille pour Nouvelle Aube l'ampleur de la discrimination anti-musulmans en Europe: 47 % des musulmans déclarent avoir subi une discrimination raciale, selon la FRA. Il revient aussi sur le vandalisme récent de deux mosquées en Belgique et présente Equitas, une application censée connecter les victimes à des réseaux de solidarité européens.
Entretien avec Kamel Ridwan, responsable des relations avec le réseau Equitas
À l'occasion de la
Journée européenne contre l'islamophobie
, le 21 septembre, Kamel Ridwan revient pour Nouvelle Aube sur l'ampleur du phénomène en Europe. Il détaille aussi le lancement d'Equitas
, une application censée relier les victimes de discrimination à des réseaux de solidarité.L'entretien intervient dans un contexte tendu. En Belgique, deux mosquées ont été vandalisées en quelques jours, début septembre. Kamel Ridwan y voit un rappel brutal de l'urgence du sujet.
La journée européenne contre l'islamophobie
Nouvelle Aube: Pourquoi est-il important de participer à la Journée européenne contre l'islamophobie ? Qui en est à l'origine ?
Kamel Ridwan:
Cette journée est importante parce qu'elle permet de rappeler que l'islamophobie
n'est pas un phénomène marginal. Chaque année, nous constatons une augmentation et une extension significatives du phénomène à travers le monde, et spécifiquement en Europe. Elle peut prendre différentes formes: discriminations dans l'emploi ou le logement, insultes, agressions, discours de haine, mais aussi attaques contre des mosquées ou des personnes identifiées comme musulmanes.Le 21 septembre a notamment été porté au niveau européen dans le cadre du No Hate Speech Movement du Conseil de l'Europe. Cette instance avait organisé, en 2014, une journée d'action contre les discours de haine visant les musulmans. Des organisations européennes de lutte contre le racisme et
l'islamophobie
s'étaient alors mobilisées ensemble.Pour nous, cette journée doit surtout être un moment de mobilisation. Mais elle doit aussi permettre de proposer des solutions concrètes.
Des chiffres de l'islamophobie en Europe
N.A.: Disposez-vous de chiffres sur l'islamophobie à l'échelle européenne ?
K.R.:
Oui, et les chiffres disponibles sont particulièrement préoccupants.L'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, la FRA, a publié en 2024 une étude sur les expériences des personnes musulmanes dans l'Union. Elle montre que 47 % des personnes interrogées ont déclaré avoir subi une discrimination raciale au cours des cinq années précédentes, contre 39 % en 2016.
La FRA indique par ailleurs que 50 % des personnes interrogées ont subi une discrimination, tous motifs confondus, sur cette même période. De plus, 27 % rapportent avoir subi du harcèlement raciste.
Un autre chiffre reste particulièrement frappant: seuls 6 % des victimes de discrimination ont déclaré avoir signalé ou déposé une plainte au cours de l'année précédente. Cela montre qu'une partie importante de cette réalité reste invisible dans les statistiques officielles.
Cette étude ne couvre pas tous les pays européens. Elle donne cependant une indication claire de l'ampleur du phénomène dans l'Union européenne.
Une progression documentée de l'islamophobie
N.A.: Constatez-vous une progression de l'islamophobie en Europe ?
K.R.:
Les données disponibles montrent en tout cas une aggravation de plusieurs indicateurs de discrimination visant les musulmans.La comparaison réalisée par la FRA entre ses enquêtes de 2016 et de 2022 montre que la discrimination déclarée est passée de 39 % à 47 % en cinq ans. Cette augmentation est particulièrement marquée dans l'emploi et le logement.
L'islamophobie
n'augmente cependant pas partout en Europe de la même manière. En revanche, les données montrent clairement qu'une part importante des musulmans continue de faire l'expérience du racisme et de la discrimination, avec une dégradation de certains indicateurs.C'est justement pour cela qu'il faut mieux documenter le phénomène et mieux accompagner les victimes.
Le lancement d'Equitas, temps fort du 21 septembre
N.A.: Qu'avez-vous prévu pour cette journée ?
K.R.:
Cette année, nous avons voulu faire de cette journée quelque chose de très concret.À l'occasion du 21 septembre, nous lançons officiellement la nouvelle version publique d'
Equitas
, avec nos partenaires européens.L'objectif est de faire connaître l'application. Mais surtout, il s'agit de créer une mobilisation autour d'une idée simple: face aux discriminations et à la haine, il faut aussi rendre visibles les solutions, les solidarités et les lieux où les personnes peuvent trouver de l'aide.
Le lancement s'inscrit dans une mobilisation européenne, avec nos partenaires et nos réseaux.
Comment fonctionne l'application Equitas ?
N.A.: Pouvez-vous nous expliquer votre application ?
est un réseau européen d'associations qui
lutte contre l'islamophobie et les discriminations
. C'est aussi une application qui permet de mettre cette solidarité directement à la portée des personnes.L'application répond à deux besoins. Le premier, c'est celui d'une personne qui rencontre une situation de discrimination et qui cherche où trouver de l'aide dans son pays, auprès d'une association ou d'une structure spécialisée.
Le deuxième besoin est différent. Il s'agit d'une personne qui cherche du soutien, des conseils ou un environnement bienveillant, notamment à travers un réseau de solidarité et des lieux de confiance.
Equitas
permet donc de connecter les personnes à des ressources, des associations et des lieux de confiance. L'application donne aussi davantage de visibilité aux acteurs qui agissent concrètement contre les discriminations. Notre ambition est de construire progressivement un véritable réseau européen de solidarité.N.A.: Le mot "islamophobie" n'apparaît pas dans votre clip. Pourquoi ?
K.R.:
C'est un choix volontaire.Nous voulions partir d'une réalité que tout le monde peut comprendre: quand une personne est rejetée, discriminée ou victime de haine, elle doit pouvoir trouver de l'aide et un endroit où elle se sent accueillie.
Le message du clip est donc davantage centré sur les solutions que sur la seule dénonciation.
Equitas
permet ensuite de mettre un nom sur cette réalité, de la documenter et d'orienter les personnes qui en sont victimes.Notre idée n'est pas seulement de montrer la haine. Il s'agit aussi de rendre visibles ceux qui la combattent.
Les mosquées vandalisées en Belgique, un signal d'alarme
N.A. : Que pouvez-vous dire sur les récents événements islamophobes en Belgique ?
K.R.:
Les événements récents montrent malheureusement que cette question reste très actuelle.Début septembre, la mosquée Tawfiq, à Schelle, près d'Anvers, a été vandalisée à deux reprises dans un temps très court. Des croix gammées, des inscriptions haineuses et des déjections canines ont été retrouvées sur place. Une enquête de police est en cours.
Le 13 septembre, une croix gammée a également été taguée sur les murs de la mosquée El Mouahidine, à Laeken.
Ces faits sont particulièrement préoccupants. En effet, une mosquée n'est pas seulement un bâtiment: c'est un lieu de culte et un lieu de rassemblement. Lorsqu'un tel lieu est ciblé, c'est aussi le sentiment de sécurité de toute une communauté qui est touché.
C'est précisément pour cela que nous voulons, avec
Equitas
, passer de la dénonciation à l'action. Il faut mieux documenter, mieux orienter les victimes, créer des réseaux de solidarité et identifier les lieux où chacun peut trouver de l'aide et du soutien.Notre message est clair:
face aux lieux de haine, construisons et rendons visibles les lieux de solidarité
.Propos collectés par David Bizet.
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