France: trois policiers jugés pour agression Michel Zecler
14:28, 07/11/2026, samedi
AFP

JOEL SAGETAFP
Le producteur de musique Michel Zecler pose dans ses bureaux à Saint-Cloud, à l’ouest de Paris, le 28 octobre 2026.Six ans après les faits, trois policiers comparaissent à partir de lundi devant la cour criminelle de Paris pour violences volontaires sur le producteur Michel Zecler, une affaire qui avait provoqué une onde de choc en France, selon des sources judiciaires.
Une affaire emblématique devant les assises
Six ans après l'agression filmée du producteur Michel Zecler, trois policiers comparaissent à partir de lundi devant la cour criminelle de Paris pour violences volontaires. Poursuivis également pour faux en écriture publique par personne dépositaire de l'autorité publique, les accusés encourent une peine de 15 ans de réclusion criminelle, tandis qu'un quatrième agent comparaît en correctionnelle pour des faits connexes avec une peine maximale de dix ans.
Cette affaire, révélée par les images de vidéosurveillance du studio musical, avait provoqué une onde de choc en France et fait réagir jusqu'au sommet de l'État. Le président Emmanuel Macron avait alors qualifié les faits de "honte". De plus, l'épisode avait relancé le débat sur les violences et le racisme dans la police, des voix établissant alors un parallèle avec l'affaire George Floyd aux États-Unis et le mouvement Black Lives Matter.
L'agression du 21 novembre 2020
Le 21 novembre 2020, alors que la France vivait son deuxième confinement sanitaire, Michel Zecler était interpellé devant son studio parisien pour non-port du masque et suspicion de consommation de cannabis. Poussé à l'intérieur du sas d'entrée, le producteur subissait alors un passage à tabac violent enregistré par la caméra de surveillance, que les enquêteurs ont décrit comme "une avalanche de coups" portés entre 19h42 et 19h47.
Au total, Michel Zecler recevait une trentaine de coups au visage et sur le corps, infligés à coups de poings et de matraque. L'expertise médicale relèverait un traumatisme crânio-facial, une plaie à la lèvre et au cuir chevelu, ainsi qu'une rupture complète du tendon du biceps, justifiant une interruption totale de travail de 45 jours. Toutefois, les images diffusées six jours après par le site Loopsider contredisaient radicalement la version policière initiale.
Faux et contestations judiciaires
Le procès-verbal d'interpellation des agents Aurélien L., Pierre P. et Philippe T. âgés aujourd'hui de 29, 37 et 50 ans, indiquait que le producteur leur avait porté des coups et tenté de s'emparer de leur matraque, motivant une garde à vue pour "violences" et "rébellion". Confrontés aux images, les trois hommes ont reconnu durant l'enquête que Michel Zecler n'avait pas porté de coups, tout en assurant avoir eu peur pour leur vie.
Les accusés ont par ailleurs contesté la dimension raciste de l'agression, qui n'a pas été retenue par la justice faute de preuves suffisantes, alors que la victime affirme avoir été traité de "sale nègre". Suspendus de leurs fonctions depuis les faits, deux d'entre eux avaient été incarcérés pendant un mois.
Séquelles et demande de justice
Aujourd'hui âgé de 47 ans, Michel Zecler présente encore des séquelles physiques, notamment une ancre en titane dans le bras gauche consécutive à la rupture de son tendon, et reste très marqué psychologiquement. "Six ans, c'est très très long", a-t-il confié à l'AFP, ajoutant qu'à l'approche du procès, "plein de choses reviennent, comme les cauchemars".
Le producteur, qui assiste régulièrement aux procès impliquant des policiers, "ne croit plus du tout" au concept de "brebis galeuses" dans la police et s'interroge sur "la facilité" de l'agression. "C'est une agression qui ne devait pas arriver", a-t-il souligné, espérant que ce procès permettra que "ce genre de choses se produise moins souvent". Toutefois, il constate amèrement que "il n'y a pas tout le temps de vidéo".
À la suite de cette affaire, sept mois de consultations avaient eu lieu au sommet de l'État entre le gouvernement et les syndicats sur la formation des agents. Michel Zecler juge ces discussions "une montagne qui a accouché d'une souris", conservant "l'impression d'être face à une institution qui refuse de croire que certains de ses membres puissent commettre des erreurs".

