Dans le nord-ouest de Mayotte, l'attente de l'aide et le sentiment d'isolement

13:01, 26/12/2024, jeudi
AFP
Dans le nord-ouest de Mayotte, l'attente de l'aide et le sentiment d'isolement
PATRICK MEINHARDTAFP
Des enfants regardent les habitants recevoir de la nourriture et de l'eau lors d'une distribution dans la ville de Mtsahara, sur le territoire français de Mayotte dans l'océan Indien, le 25 décembre 2024.

Des débris sont toujours entassés, l'électricité coupée, la nourriture et l'eau potable rationnées: près de deux semaines après le passage du cyclone Chido, les habitants du nord-ouest de l'archipel français de Mayotte, dans l'océan Indien, disent se sentir "abandonnés" et attendent des aides.

À Mtsahara, village côtier à la pointe nord, près duquel s'est engouffré le 14 décembre l'œil du cyclone,
"on vit dans le stress, psychologiquement c'est très difficile: on pense sans cesse à comment avoir assez d'eau, assez de nourriture"
, raconte Natidja Ali Saansa, 36 ans. Dans sa rue pendent des câbles électriques arrachés par le vent.

"À Mamoudzou, la vie reprend, il y a de l'électricité, du réseau. Ici on est abandonnés, alors qu'on est les plus touchés",
poursuit la jeune femme, qui tient sa fille par la main. 

Dans le village, la première distribution de nourriture a eu lieu mercredi matin. Après une longue file d'attente, les habitants sont repartis avec quelques boîtes de conserve, du sucre, de la farine et deux bouteilles d'eau minérale.


"Il n'y en aura pas pour tout le monde"
, avait prévenu Anli Mari Moussa, agent municipal supervisant la distribution.

On reçoit trop peu de nourriture. Et pour les déchets, les débris, c'est pareil, on se débrouille tout seuls.  

D'un village à l'autre, les routes sont bordées de branches et de tôles. Les arbres qui apportaient autrefois ombre et verdure ne sont plus que des troncs effilés: par endroits, le paysage rappelle les paysages lunaires après les feux de forêt.


"On s'entraide"


Sur la plage qui longe la commune d'Acoua se dressent de longs tas de tôle, de branches et de débris soufflés par le vent. Lassés d'attendre un déblayage qui tarde à venir, des habitants se sont mis au travail. 


En robe rouge et gants de chantier, Harouna Nadjaria, 46 ans, fait brûler sur le sable des branches de palmiers arrachées. Près du brasier, son fils sépare la tôle et les métaux des ordures dont s'échappe une odeur âcre. 


Harouna Nadjaria explique:  


Personne n'est venu déblayer, alors on essaye de faire ce que l'on peut. De grosses pluies arrivent, si on laisse ça comme ça, tout peut se répandre dans les rues ou bien pourrir ici.

Pour la sénatrice Salama Ramia, en visite mercredi à Acoua,
"il est temps que l'armée entre en jeu". "Je veux alerter notamment sur l'insalubrité: si on ne fait rien maintenant, on va devoir gérer une crise sanitaire en plus de la catastrophe naturelle"
, alerte l'élue auprès de l'AFP. 

Un peu plus loin, installé près de l'océan sous un abri en tôle, Chaydou Hamidouni, 45 ans, soupire:


On s'organise avec nos propres moyens, on s'entraide. Chacun vole avec ses ailes.

"Effet de communication"


D'après la préfecture,
"la distribution de l'eau, des denrées alimentaires et matériels de première nécessité à toute la population monte en puissance"
et
"toutes les communes ont été livrées une ou plusieurs fois"
au 24 décembre. 

Plus de 3.900 membres (dont 1.500 en renfort) de la sécurité civile, de la police, de la gendarmerie et des armées sont engagés à Mayotte, ont précisé les autorités mercredi. 

Sur le terrain cependant,
"on a beaucoup, beaucoup de mal à avoir des aides"
, constatait Saïd Salim, responsable départemental de l'action sociale de Mayotte, lors d'une réunion lundi entre élus et membres de l'Union nationale des centres communaux d'action sociale. 

Lui décèle dans la situation un
"effet de communication pour dire 'on maîtrise'". "Mais sur le terrain, il y a un écart."

À Mtsamboro, au nord d'Acoua, l'électricité est toujours coupée mais de l'eau coule depuis deux jours au robinet. L'eau potable, par contre, fait encore défaut. 


"Il y a des gens qui boivent du coup l'eau courante. À la dernière distribution, on avait une bouteille par personne",
raconte Khadja Ali Daoud, 32 ans.
"Combien de temps on va rester comme ça ? Les gens dépriment tellement..."

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