Crise de Ceuta: pour l'UE, l'espace Schengen reste "la solution"
17:26, 04/08/2026, mardi
AFP

Henry NICHOLLSAFP
Des migrants ayant pu rejoindre à la nage l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord.Réunis mardi en visioconférence après l'afflux inédit de dizaines de milliers de migrants à Ceuta, les ministres européens de l'Intérieur ont convenu que l'espace Schengen n'était "pas le problème, mais la solution". Laurent Nuñez a dénoncé des ingérences informationnelles étrangères visant à diviser l'UE. Tous les Etats membres ont affiché leur solidarité avec l'Espagne et salué la coopération avec le Maroc, malgré des dissensions persistantes sur la politique migratoire.
Les ministres européens de l'Intérieur se sont réunis mardi en visioconférence. Cette
"réunion informelle"
faisait suite à l'afflux inédit de dizaines de milliers de migrants à Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord. Selon le ministre français Laurent Nuñez, tous les participants ont "convenu"
que l'espace Schengen
n'était pas "le problème".
Au contraire, la zone de libre circulation serait "plutôt la solution".
Une réunion informelle après la crise migratoire à Ceuta
La semaine dernière, des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière de Ceuta. La plupart sont arrivées par la mer, souvent à la nage. Le bilan humain est lourd. Au moins 72 migrants ont perdu la vie côté espagnol, et au moins 11 côté marocain.
Face à cette
crise migratoire
sans précédent, les Vingt-Sept devaient afficher une réponse commune. C'est pourquoi les ministres de l'Intérieur se sont retrouvés en urgence, à distance. En effet, la crise de Ceuta a ravivé les tensions entre partisans de la fermeté et défenseurs d'une approche plus ouverte.L'espace Schengen "n'est pas vraiment le problème"
À l'issue de la réunion, Laurent Nuñez a livré un message d'unité.
"Tous et toutes ont convenu que la question de l'espace Schengen n'était pas vraiment le problème, mais plutôt la solution"
, a-t-il affirmé à la presse.Cette mise au point n'a rien d'anodin. Plusieurs pays avaient demandé d'exclure l'Espagne de l'
espace Schengen
après l'afflux à Ceuta. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez avait alors dénoncé leur attitude "égoïste"
. Ainsi, la déclaration commune de mardi ressemble à un désaveu de cette ligne dure.Des "ingérences étrangères" pointées du doigt
Le ministre français a par ailleurs regretté les
"dissensions"
apparues au sein de l'UE après la crise. Selon lui, "un certain nombre de pays qui pratiquent l'ingérence étrangère (...) savent utiliser les positions divergentes des uns et des autres pour finalement attaquer l'Union européenne".
Les participants ont aussi
"déploré"
l'exploitation des images de Ceuta. D'après M. Nuñez, "on a eu un certain nombre d'ingérences informationnelles d'Etats étrangers qui ont utilisé ces images pour critiquer la politique de gestion migratoire de l'Union Européenne, essayer de diviser les Etats membres entre eux".
De plus, le ministre a insisté sur l'intérêt commun des Vingt-Sept.
"Aucun Etat membre n'avait intérêt à la division et tous avaient intérêt à la solidarité"
, a-t-il souligné. Les échanges de mardi ont été, "de ce point de vue, (...) très rassurants"
, avec des "messages de grande solidarité".
Solidarité avec l'Espagne et coopération avec le Maroc
La réunion a également permis d'afficher un soutien unanime à Madrid.
"Tous les Etats membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l'Espagne"
, a assuré Laurent Nuñez. Les ministres ont salué la gestion du gouvernement espagnol ainsi que "la coopération remarquable avec le Maroc".
Ce satisfecit tranche avec les critiques de la semaine passée. En effet, la gestion de la frontière hispano-marocaine avait nourri de vives polémiques en Europe. Rabat et Madrid avancent d'ailleurs des bilans divergents sur le nombre de victimes.
Des dissensions européennes toujours vives
Cependant, l'unité affichée mardi ne masque pas les fractures de fond. La semaine dernière, vingt-deux dirigeants de l'UE avaient appelé l'Europe à maintenir une ligne de fermeté sur l'immigration. Cette lettre commune était emmenée par l'Italie, le Danemark, l'Allemagne et la Hongrie.
La France, en revanche, ne s'était pas associée à ce courrier. Le texte répondait à une missive de Pedro Sanchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire. Le chef du gouvernement espagnol avait critiqué les pays réclamant l'exclusion de son pays de la zone de libre circulation.
La crise de Ceuta agit donc comme un révélateur. Elle expose les divisions européennes sur la politique migratoire. Elle illustre aussi la vulnérabilité de l'UE face aux campagnes de désinformation. Pour l'heure, les Vingt-Sept ont choisi de défendre Schengen. Reste à savoir si cette unité résistera à la prochaine crise.
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