Bosnie : Dodik bannit la police et de la justice centrales, les Bosniaques dénoncent un "coup d'Etat"

10:32, 06/03/2025, jeudi
AFP
Bosnie : Dodik bannit la police et de la justice centrales, les Bosniaques dénoncent un "coup d'Etat"
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Le leader des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik (C), prononce un discours en compagnie du président de la Serbie, à Banja Luka, dans le nord de la Bosnie-Herzégovine, le 26 février 2025, à la suite de la condamnation de Milorad Dodik à un an de prison.

Le chef politique des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, a mis davantage à l'épreuve la stabilité dans ce pays divisé des Balkans en promulguant mercredi une loi rejetant l'autorité de la police et de la justice centrales, se sentant galvanisé par les évolutions de la scène internationale.

Sa détermination à bannir dans l'entité des Serbes de Bosnie (Republika Srpska, RS) ces institutions cruciales de l'Etat central a provoqué de vives réactions des dirigeants bosniaques (musulmans), qui ont dénoncé un
"coup d'Etat".

Par ces lois
"la Republika Srpska se réapproprie son libre-arbitre et ses compétences",
a déclaré M. Dodik, le président de cette entité dont les actions représentent un test important pour les fragiles institutions centrales du pays.

"Je crois que nous avons fait un travail important pour la Republika Srpska"
, a-t-il dit, en évoquant les changements sur la scène internationale avec le retour au pouvoir aux Etats-Unis de Donald Trump, dont il a célébré la victoire.

"Je suis convaincu que, dans la constellation des relations à l'échelle globale, les Etats-Unis et autres grands acteurs ne soutiendront plus la création d'Etats impossibles et de nations artificielles"
, a dit celui qui est sanctionné depuis 2017 par les Etats-Unis pour sa politique séparatiste.

Depuis la fin de la guerre intercommunautaire (1992-1995), la Bosnie est composée de deux entités, la Republika Srpska et l'entité croato-musulmane, très autonomes et reliées par des institutions centrales dont les compétences, renforcées pendant des années, sont maintenant remises en question par le patron de l'entité serbe qui évoque régulièrement une sécession.

La loi promulguée a été adoptée le 28 février par le Parlement de la RS en riposte à la condamnation de Milorad Dodik, 65 ans, par la Cour d'Etat, à Sarajevo, à une peine d'un an de prison, assortie d'une interdiction d'exercer pendant six ans ses fonctions.


"Procès politique"


Il a été reconnu coupable, dans un procès de première instance, de non-exécution des décisions du haut représentant international, chargé de veiller au respect de l'accord de paix de Dayton, mais dont la légitimité est rejetée par les dirigeants des Serbes de Bosnie.


Il affirme être victime d'un
"procès politique"
visant à l'
"éliminer de l'arène politique".

Les institutions visées par la législation adoptée sont justement le Parquet d'Etat, qui avait inculpé M. Dodik, et la Cour d'Etat, qui l'a condamné. Quant à la police, il s'agit de la SIPA, seule force policière centrale du pays.

Les deux entités de Bosnie disposent de leurs propres forces policières et d'un système judiciaire. La justice centrale est chargée des affaires de crime organisé, de corruption, de crimes de guerre et d'éventuelle attaque à l'ordre constitutionnel du pays.


Le ministre bosnien des Affaires étrangères Elmedin Konakovic, un dirigeant bosniaque (musulman), a accusé les responsables politiques de l'entité serbe d'avoir commis
"un coup d'Etat classique"
et a invité
"les institutions de la Bosnie-Herzégovine"
à répondre à leurs actions
"de manière adéquate"
.

Il a qualifié M. Dodik d'
"instigateur principal"
, et a annoncé un recours auprès de la Cour constitutionnelle du pays pour faire annuler la législation.

M. Konakovic. affirme:


Je suis convaincu que la Cour constitutionnelle prendra la décision qui protégera l'ordre constitutionnel de la Bosnie.

Or, l'entité serbe a adopté en 2023 une loi pour rejeter aussi l'autorité de la Cour constitutionnelle. L'adoption de cette loi est justement à l'origine du procès en justice contre M. Dodik, qui l'avait promulguée malgré la suspension du texte par le haut représentant Christian Schmidt.

Mise en garde contre une "incursion"

Le président de la Republika Srpska a déclaré que la législation qu'il a validée entrerait en vigueur vendredi.


Peu avant de signer les décrets, il s'est rendu dans un centre d'entrainement de la police serbe bosnienne près de Banja Luka (nord), chef-lieu de l'entité serbe, d'où il a mis en garde contre toute tentative d'
"incursion"
dans l'entité serbe depuis l'entité croato-musulmane, en réponse à ses actions.

"Essayez de comprendre que toute tentative d'incursion (...) avec l'objectif de (nous) menacer par la force sera éliminée de la même façon"
, a-t-il déclaré aux médias.

"La Bosnie est un pays qui a échoué. (...) Elle n'a jamais trouvé sa capacité intérieur pour vivre. (...) C'est un patient de la communauté internationale qui n'est pas encore mort, mais qui, selon toute vraisemblance, survivra difficilement"
, a-t-il dit.

Le Premier ministre de l'entité croato-musulmane, Nermin Niksic, a écrit sur les réseaux avoir espéré que la
"raison allait l'emporter"
et que Milorad Dodik n'allait
"pas s'engager dans cette aventure dangereuse et conduire le pays dans l'incertitude".

"La justice doit agir tout de suite, tout comme les forces internationales de maintien de la paix (Eufor)"
, a-t-il ajouté.

M. Dodik a aussi décrété une modification du code pénal prévoyant une sanction maximale de cinq ans d'emprisonnement pour les employés de la RS qui refuseraient de quitter ces institutions communes concernées après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi.


"J'invite les gens dans l'ensemble de la Bosnie-Herzégovine à rester calmes"
, a-t-il dit, en garantissant
"la libre circulation des gens et des marchandises".

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