Héritier d’une dynastie politique, Tarique Rahman, 60 ans, s’apprête à diriger un pays de 170 millions d’habitants, toujours traversé par de vives tensions politiques et confronté à une économie en difficulté.
Les membres du Jatiya Sangsad, la chambre unique du Parlement, ont prêté serment devant le président de la commission électorale, AMM Nasir Uddin, lors d’une cérémonie retransmise en direct à la télévision nationale.
Le président bangladais Mohammed Shahabuddin doit officiellement investir dans l’après-midi Tarique Rahman dans ses fonctions de Premier ministre, ainsi que les membres de son gouvernement.
Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), qu’il dirige, a remporté jeudi une victoire sans appel en obtenant 212 des 300 sièges du Parlement, contre 77 pour la coalition islamiste conduite par le Jamaat-e-Islami.
"Je dédie ma victoire au peuple du Bangladesh (...) et à ceux qui se sont sacrifiés pour lui"
, a-t-il déclaré samedi lors de sa première prise de parole publique depuis le scrutin. "À partir d’aujourd’hui, nous sommes libres."
Tarique Rahman succède au chef du gouvernement provisoire en place depuis la chute de Sheikh Hasina en août 2024, Muhammad Yunus.
Le prix Nobel de la paix, âgé de 85 ans, a annoncé lundi soir qu’il se retirait avec l’ensemble de son équipe, comme prévu.
"Aujourd’hui, le gouvernement provisoire démissionne. Mais il faut que la pratique de la démocratie, de la liberté d’expression et du respect des droits fondamentaux engagée ne s’arrête pas"
, a-t-il exhorté lors de sa dernière allocution télévisée en tant que "conseiller en chef"
.Reconstruction
Selon la commission électorale, le BNP a frôlé la majorité absolue en recueillant 49,97% des suffrages, contre 31,76% pour la coalition islamiste.
Après avoir dénoncé de nombreuses "irrégularités"
ou "manipulations"
et exigé une révision des résultats, le chef du Jamaat-e-Islami, Shafiqur Rahman, a finalement reconnu sa défaite et promis de mener une opposition "constructive"
au Parlement. "Nous reconnaissons les résultats et nous respectons l’État de droit"
, a-t-il écrit samedi dans un message diffusé sur les réseaux sociaux.Signe d’un apaisement entre les deux camps, Tarique Rahman a rendu dimanche une visite de courtoisie à son adversaire.
Issu du Parti national des citoyens (NCP), membre de la coalition islamiste, le député élu Akhtar Hossain a salué dans cette rencontre un signe "d’unité"
et "un changement dans la culture politique du pays"
. Au lendemain de sa victoire, Tarique Rahman a affirmé qu’il s’attaquerait en priorité à la reconstruction du pays.
Nous débutons notre mandat dans une situation où l’économie est fragile, abandonnée par un régime autoritaire, où notre Constitution et nos institutions sont affaiblies et où la sécurité publique est défaillante.
Inflation élevée, chômage en hausse, investissements en berne: l’économie bangladaise reste sous pression. Son industrie textile, la deuxième au monde, a été sévèrement affectée.
"Si le BNP parvient à redresser l’économie, tout le reste sera plus facile pour le gouvernement"
, a estimé Thomas Kean, analyste à l’International Crisis Group (ICG). "Cela créera le climat de stabilité nécessaire pour relever les autres défis"
du pays.À lire également:

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