Afrique du Sud : 160 000 étrangers ont fui le pays
11:34, 22/07/2026, mercredi
AA

X
Le mouvement March and March, devenu l'un des principaux acteurs de cette mobilisation, avait fixé au 30 juin une échéance pour le départ des personnes sans statut légal, alimentant un climat d'insécurité au sein des communautés concernées.Plus de 160 000 ressortissants étrangers auraient quitté l'Afrique du Sud depuis fin mai sous la pression des violences anti-migrants, tandis que plusieurs pays africains ont entamé des opérations de rapatriement, ont indiqué des sources concordantes.
L'ampleur de l'exode
Selon des données communiquées par plusieurs gouvernements africains, plus de 160 000 ressortissants étrangers auraient quitté l'Afrique du Sud depuis la fin du mois de mai.
Ce mouvement massif intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de l'immigration clandestine et de violences ciblées contre les communautés étrangères.
Contexte violent et mobilisations anti-migrants
Ces départs font suite à une série de manifestations organisées contre la présence de migrants en situation irrégulière.
Le mouvement March and March, devenu l'un des principaux acteurs de cette mobilisation, avait fixé au 30 juin une échéance pour le départ des personnes sans statut légal, alimentant un climat d'insécurité au sein des communautés concernées.
Les autorités sud-africaines ont confirmé la mort de plusieurs ressortissants étrangers dans des incidents liés aux tensions anti-migrants, notamment des citoyens éthiopien, malawite et mozambicains.
Par ailleurs, le Nigeria et le Ghana ont fait état de décès parmi leurs ressortissants, bien que Pretoria ait contesté ces affirmations en appelant à la prudence face aux informations diffusées sur les réseaux sociaux.
Opérations de retour organisées par les pays d'origine
Le Zimbabwe constitue actuellement le principal pays d'origine des personnes ayant quitté le territoire sud-africain.
Les autorités de Harare ont indiqué que plus de 108 000 Zimbabwéens étaient retournés dans leur pays depuis juin, une partie d'entre eux ayant bénéficié de dispositifs de retour mis en place par le gouvernement.
De plus, au Malawi, les autorités ont mobilisé plusieurs centaines d'autobus pour faciliter le retour de leurs ressortissants, permettant à plus de 46 000 personnes de regagner leur pays.
Le Mozambique a également enregistré des retours massifs après la mort de deux de ses ressortissants dans des violences survenues dans le sud de l'Afrique du Sud, Pretoria ayant indiqué avoir accompagné près de 2 000 Mozambicains jusqu'à la frontière.
Des ressortissants de plusieurs autres pays, dont le Nigeria, le Ghana, l'Ouganda, le Kenya, le Lesotho et la République démocratique du Congo, ont également quitté le territoire.
Le Nigeria et le Ghana ont notamment lancé leurs propres dispositifs de rapatriement, dans un contexte marqué par des inquiétudes croissantes concernant la sécurité de leurs citoyens.
Crise économique et historique de la xénophobie
La montée des tensions intervient alors que l'Afrique du Sud traverse une période difficile sur le plan socio-économique, avec un taux de chômage supérieur à 30 %.
La pauvreté et les difficultés d'accès aux services publics alimentent le mécontentement dans de nombreuses communautés, que les organisations anti-migrants exploitent en affirmant que les étrangers contribuent à la criminalité et concurrencent les Sud-Africains sur le marché du travail.
Toutefois, des spécialistes des migrations et des défenseurs des droits humains contestent cette lecture, estimant que les migrants sont fréquemment utilisés comme boucs émissaires pour des problèmes trouvant leur origine dans des facteurs économiques et sociaux plus profonds.
En outre, les tensions entre populations locales et communautés étrangères ne sont pas nouvelles : le pays avait déjà été confronté à une importante vague de violences xénophobes en 2008 ayant fait plusieurs dizaines de morts, suivie d'autres épisodes au cours des années suivantes.
Dans ce contexte, le mouvement Operation Dudula, qui avait précédé March and March, avait mené des campagnes contre l'accès des migrants à certains services publics dans les domaines de la santé et de l'éducation.
Durcissement des politiques et tensions diplomatiques
Parallèlement, le gouvernement sud-africain a renforcé les opérations de contrôle visant les personnes en situation irrégulière.
La police a récemment annoncé l'arrestation de 159 étrangers en situation irrégulière dans la province du Gauteng, dans le cadre d'une opération ayant conduit à l'interpellation de plus d'un millier de personnes pour différentes infractions, et les autorités ont annoncé vouloir renforcer les mécanismes de contrôle ainsi que procéder à des expulsions.
Cette politique intervient alors que la crise dépasse les frontières sud-africaines et provoque des réactions diplomatiques.
Le Nigeria et le Ghana ont dénoncé les violences visant les ressortissants africains et appelé à une mobilisation collective contre la xénophobie et l'afrophobie, souhaitant que la question soit portée au niveau de l'Union africaine pour favoriser une réponse continentale.
Ainsi, le Ghana a reporté une visite officielle prévue du président sud-africain Cyril Ramaphosa, dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes. De son côté, l'UNESCO a appelé à une plus grande vigilance face aux discours de haine et aux campagnes de désinformation susceptibles d'attiser les tensions entre communautés.
Pour rappel, les mouvements anti-migrants ont annoncé leur intention de maintenir la pression dans les rues à l'approche des élections municipales prévues en 2026, tandis que les autorités peinent à concilier lutte contre l'immigration irrégulière et prévention des violences visant les populations étrangères.
A lire également:

International
Afrique du Sud : plus de 53 000 étrangers expulsés dans le cadre d'une opération contre l'immigration clandestine

International
France-Afrique du Sud : accord de partenariat stratégique

International
Afrique du Sud: 25 000 étrangers rapatriés après ultimatum anti-immigrés

International
Afrique du Sud : vague de violences xénophobes

International
Afrique du Sud: la colère contre les migrants s'intensifie dans un contexte de crise économique